Réflexion sur un symptôme: l’émétophobie

Dans sa série « Réflexion sur un symptôme », Omyzen partage avec vous des éléments pour découvrir un symptôme spécifique qui peut toucher nos patients. Aujourd’hui : l’émétophobie.

Description

Ce mot vient de la racine grecque Emein, qui évoque l’acte ou intention de vomir. Les émétophobes sont des patients qui ont une phobie de tout ce qui peut rappeler l’acte de vomir :

  • vomir bien sûr
  • avoir des nausées
  • se retrouver confronter à des situations où des personnes pourraient vomir

Quelques éléments déclencheurs ont pu être identifiés :

  • des déclencheurs émotionnels – comme un choc traumatique ou un stress intense
  • le souvenir traumatisant d’une maladie
  • la perte de confiance en soi et ou de perdre le contrôle
  • le souvenir traumatisant d’avoir vu un individu vomir
  • avoir vomi en public

Comportements d’évitement

Les émétophobes évitent progressivement les situations à risque :

  • prendre la voiture à côté de personnes lisant
  • environnements avec des enfants
  • endroits où de l’alcool est consommé
  • des foules

Des cas d’anorexie liée à l’émétophobie ont été identifiés.

Avec le temps les comportements d’évitement prennent de plus en plus de place et deviennent de plus en plus handicapants socialement en tournant à la pathologie obsessionnelle.

Comportements contraphobiques

Comme dans beaucoup de phobies, l’émétophobe multiplie aussi les comportements contraphobiques :

  • les rituels de prévention : se laver les mains pour éviter les maladies susceptibles de le faire vomir, ouvrir les fenêtre même par temps froid etc.
  • les comportements fétichistes et les pensées obsédantes jusqu’à des formes d’hypochondrie
  • Il devient dépendant de personnes ressources censées l’aider à affronter son symptôme.

Occurence

Ce n’est pas une phobie rare. Pour information, Il faut savoir que l’émétophobie est l’une des phobies les plus courantes, répertoriée en troisième position par le National Health Service britannique, derrière la phobie sociale et l’agoraphobie.

Traitement

Les études restent rares sur le symptôme mais les traitements habituels des phobies sont les pistes privilégiées. Pour les thérapies alternatives, l’hypnose est une bonne candidate, la sophrologie, le kinésiologie etc.

Et vous chers Omyziens ? Avez-vous reçu des patients émétophobes ? Comment les avez-vous pris en charge ? Cela a-t-il bien fonctionné ? N’hésitez pas à partager avec la communauté en commentaire sur la page Facebook ces précieux retours d’expérience. Vos succès … et vos non succès ! 😊

Consultez aussi …

Réflexion sur un symtôme « j’ai peur de conduire »

Je n’aime pas mon corps

Parler en public: les 10 commandements pour lutter contre le trac

5 critères essentiels pour choisir une formation et une école

Bien choisir votre formation et votre école est décisif pour votre réussite future.

Chez Omyzen nous voulons vous accompagner dans toutes les étapes de votre développement. Parce que nous aimons passionnément les thérapies alternatives et les Omyziens qui les exercent 😊

Vous trouverez dans ce 4 ième article de notre série « le guide du thérapeute alternatif » [highlight]3 points à prendre en compte pour choisir votre formation et une checkliste très pragmatique de 5 critères fondamentaux[/highlight] utilisable immédiatement pour choisir votre école.

Bonne lecture et n’hésitez pas à partager votre expérience en commentaires avec la communauté.

Choisir une formation dans une discipline qui vous passionne vraiment

La passion est la clé de voute de toute entreprise de reconversion ou de formation réussie. Les obstacles seront nombreux sur votre route comme nous l’avons décrit dans notre article sur les difficultés de la reconversion : cumuler une formation avec une vie professionnelle ou de famille parfois déjà bien remplie, les difficultés financières pour financer cette formation et vivre en même temps, la contrainte des WE et soirées passés à travailler etc.

Si vous n’êtes pas réellement passionné vous risquez fortement d’abandonner en cours de route.

C’est d’ailleurs ce qui se passe dans beaucoup d’écoles avec des taux d’abandon entre la 1ere et 2ième année très importants régulièrement au-dessus de 50% (comme en licence à la fac !).

De plus dans un contexte de reconversion il est facile de s’emballer pour une discipline et d’être « aveuglé » par la perspective d’une vie différente, promesse de plus de sens et de liberté.

Mais une passion ne s’improvise pas. Vous venez de découvrir l’hypnose par exemple à l’occasion d’un WE ou d’une conférence ? Cette discipline vous « parle » et semble correspondre à toutes vos attentes ? C’est un bon début mais ce n’est pas suffisant.

Mon conseil

Laissez-vous un peu de temps … lisez quelques livres sur le sujet, allez discuter avec des professionnels en exercice et surtout : patientez !

Si après plusieurs semaines ou quelques mois votre intérêt est toujours aussi vif, alors il se pourrait que cette discipline vous corresponde vraiment et devienne pour vous une véritable passion que vous nourrirez dans la joie année après année.

Choisir une formation compatible avec vos contraintes personnelles

Se former à une nouvelle discipline demande de la passion mais aussi du réalisme. Etes-vous capable de la financer ? Saurez-vous dégager le temps nécessaire pour vous former ? Pourrez-vous vous déplacer régulièrement pour vous rendre sur les lieux de la formation ? De subvenir à vos besoins le temps nécessaire pour finaliser votre formation et pouvoir en vivre après votre installation ?

Soyez réalistes … mais aussi persévérants ! Il ne s’agit pas de changer d’avis aux premières difficultés qui de toute façon se présenteront.

Mon conseil

Il est difficile (voir impossible) d’être objectif dans une telle situation. Vous avez tellement envie de changement, vous désirez tellement exercer ce métier que votre cerveau peut inconsciemment refouler ou minimiser certains obstacles.

Utilisez donc votre fameux « cerveau collectif ». Demandez leur avis à des proches en faisant l’effort deleur expliquer de manière pédagogique votre projet de formation: pourquoi je veux suivre cette formation, qu’est-ce que je pense qu’elle va m’apporter, pourquoi choisir cette école, comment je compte gérer les contraintes liées à la formation etc.

Ce petit exercice d’explication vous apportera énormément dans votre parcours de reconversion en vous aidant à approfondir votre décision.

Ensuite écoutez attentivement les remarques et critiques de vos proches.

Attention cependant: ne prenez réellement en compte que les avis constructifs et argumentés.

Certaines personnes projettent leurs peurs sur votre projet et tentent de vous dissuader sans raison rationnelle. Ne vous laissez pas démotiver par ces cassandres. Mais ne les fuyez pas non plus : leurs remarques « plombantes » constituent un test intéressant : si la moindre critique vous démotive totalement, c’est peut être que votre décision n’est pas encore assez mûre …

5 critères fondamentaux pour choisir la bonne école

Il existe de très nombreuses écoles dans les principales disciplines. Cependant toutes ne sont pas de qualité égale. Alors quels critères prendre en compte pour arrêter votre choix ?

1) La réputation de l’école et le bouche à oreille

Certaines écoles ont très clairement une réputation établie. La situation idéale étant que l’école soit recommandée par des membres de votre entourage qui l’ont déjà suivie. Nous vous conseillons :

– un minimum de 2 ou 3 personnes qui vous recommandent une formation

– de prendre le temps de les interroger précisément sur leur cursus au sein de cette école : pourquoi l’avoir choisie ? Ce qu’ils ont aimé ? Moins apprécié ? ce qu’elle leur a apporté etc.

Essayez également de recroiser ces informations avec des recherches sur internet. Certains avis existent peut être au sujet de cette formation. Pourquoi ne pas rejoindre notre groupe Facebook Omyzen et poser des questions aux autres thérapeutes.

Cependant la réputation ne fait pas tout. Votre projet de formation est unique. Croisez ce critère avec les autres détaillés ci-dessous.

2) L’ancienneté de la formation

Une école qui existe depuis de nombreuses années présente des garanties intéressantes.

  • Le fait qu’elle soit parvenue à rester ouverte est souvent le signe qu’elle propose un projet pédagogique cohérent et qui « rencontre » ses clients et le marché (désolé pour ceux dont les termes financiers écorchent les oreilles. Relisez notre article sur le rapport des thérapeutes avec l’argent😉) .
  • L’ancienneté augmente les chances pour l’école d’avoir pu régler ses principales faiblesses de jeunesse : manque d’organisation, parcours pédagogique incomplet ou incohérent etc.

Là encore ce critère n’est pas rédhibitoire à lui tout seul et certaines écoles récentes peuvent mieux vous convenir.

3) Votre première impression

Vous allez sur le site internet de l’école et vous lisez le contenu de son programme. Ensuite vous appelez l’école pour demander des renseignements complémentaires.

Quelle est votre première impression ? L’accueil a-t-il été de qualité ? Le contenu est-il bien écrit ? Le site internet est-il lair et bien structuré ?

L’impression que vous avez à travers ces éléments « publics » est très importante. Ils sont en effet des révélateurs fiables de la qualité de l’école, de sa bonne gestion et de l’adéquation entre son orientation et vos aspirations. Autant d’éléments très structurants dans votre parcours.

4) La qualité du corps enseignant

La qualité d’une école est avant tout celle de son corps enseignant. Trop d’écoles rognent sur les dépenses d’enseignement. Par ailleurs la qualité de ces enseignants – souvent d’anciens d’élèves – est le meilleur indice de la qualité de la formation !

Mon conseil

Demandez à pouvoir discuter 15 mins en présentiel avec 2 ou 3 enseignants des principales disciplines de votre cursus. L’école ne doit pas vous refuser cette possibilité. Ne soyez pas gênés de le demander. Demandez aussi le « CV » de tous les enseignants. L’école doit pouvoir vous les fournir facilement si ils ne sont pas déjà inclus sur le site ou les plaquettes.

Si vous ne deviez faire qu’une chose pour arrêter votre choix, ce serait celle-là : discuter avec le corps enseignant.

5) La taille du réseau des anciens

Vous choisissez d’abord une école pour la qualité de sa formation mais l’un des actifs les plus décisifs qu’elle peut vous apporter c’est la taille et la vitalité du réseau des anciens élèves.

Mon conseil

Demandez à l’école combien de thérapeutes ont été formés depuis le lancement ? Combien sont en activité en France et dans votre région ? Posez des questions sur ce qui existe pour «animer » ce réseau d’anciens ? Listes de diffusion ? Evènements réguliers ?

Un réseau de qualité peut être un atout incomparable pour votre future installation. Il vous apportera soutien, conseils, potentiels clients et de nombreuses opportunités de rencontres passionnantes.

Résumé

Le principal risque dans un choix aussi impactant est le manque d’objectivité et de rationalité. Temporisez pour ne pas vous laisser guider uniquement par votre enthousiasme (même si il est absolument nécessaire) et utilisez une approche rigoureuse en vous appuyant par exemple sur les critères proposés dans cet article qui peuvent constituer un canevas d’analyse solide.

Consultez aussi :

Les 3 précédant guides du thérapeute alternatif :

Les thérapeutes et l’argent: un rapport parfois complexe ou 5 bonnes raisons de faire payer ses séances

Vous avez sans doute déjà eu une conversation de ce type au moins 1 fois : « Tu utilises quoi comme mot toi ? Patient ou Client ? ». Avec des réponses parfois presque offusquées : « Ah non. Client moi je ne pourrais jamais ! »

Cette question qui pourrait sembler anecdotique et purement formelle nous parle souvent d’une chose bien plus profonde : notre rapport à l’argent.

[highlight]Nous faisons un métier qui entretient effectivement un rapport paradoxal à l’argent [/highlight]: nous gagnons notre vie en nous faisant rémunérer par des personnes qui sont dans la détresse physique et/ou psychique et/ou financière. D’une certaine manière, plus les gens souffrent et mieux nous gagnons notre vie.

Cela peut heurter inconsciemment (ou non) des valeurs ou une éducation qui nous invite à « ne pas profiter de la misère d’autrui » et à faire preuve d’altruisme.

Dans ces conditions, il est facile de comprendre que certains soient mal alaise avec cette question pourtant essentielle dans la bonne gestion de notre activité.

Remarque : savez-vous que certains économistes américains attribuent à ce paradoxe le déficit chronique des systèmes de santé ? Ils remarquent qu’un système de santé ne peut être économiquement viable si les intérêts des patients-clients et ceux du thérapeute sont économiquement contradictoires. Ce conflit d’intérêt explique selon ces économistes en partie l’explosion des dépenses de santé. La solution pourrait bien s’inspirer de la médecine traditionnelle chinoise comme évoquée ci-dessous …

Sortir du paradoxe : la solution élégante de la médecine chinoise traditionnelle

Saviez-vous que les médecins chinois ont traditionnellement réglé ce problème en ne faisant payer les patients que lorsqu’ils allaient bien ? Quand le patient tombait malade il cessait les paiements. Une manière finalement très cohérente de régler ce paradoxe. Le client qui paye devient un patient dont la souffrance est prise en charge gratuitement.

Cette solution n’est pas compatible avec l’approche de la médecine allopathique qui ne gère pas la santé du patient dans sa globalité.

Mais pourquoi ne pas la proposer en tant que thérapeute alternatif ?

Un médecin chinois pourrait par exemple très bien proposer un forfait mensuel incluant des séances de puncture et de la pharmacopée aux changements de saison ou pour aider le patient à traverser certains événements difficiles. Si le patient tombe malade, sa prise en charge est gratuite et le versement s’arrête.

Si vous avez déjà tenté une expérience dans cet esprit, n’hésitez pas à la partager avec la communauté.

Pourquoi faire payer ses séances ?

Pour gagner ma vie bien sûr ! Au-delà de cette réponse très pragmatique voici [highlight]5 bonnes raisons pour faire payer ses patients[/highlight]:

1) L’engagement du client

Un patient qui paye souhaite « en avoir pour son argent ». Il est donc naturellement plus engagé dans le processus. Comme vous le savez, l’engagement dans la relation thérapeutique est un facteur clé de succès de la thérapie. Pour l’anecdote, en utilisant une approche paradoxale le psychiatre hypnothérapeute de génie Milton Erickson a mis fin à un comportement problématique d’un patient « prêt de ses sous » en exigeant qu’il verse une somme d’argent à chaque fois que le comportement recommençait.

2) Votre crédibilité

Certains le regrettent mais nous vivons dans une société dans laquelle les patients ont pris l’habitude de corréler la qualité d’une prestation à son prix. Inconsciemment pour eux un service gratuit ou peu cher n’est pas de bonne qualité et dévalorise le thérapeute.

Le saviez-vous ? Vous pouvez d’ailleurs participer au sondage Omyzen sur le tarif des thérapeutes pour évaluer le positionnement de votre tarif. Vous recevrez les résultats par email.

3) Favoriser l’autonomie

Un psychanalyste m’a confié une fois que le secret de la thérapie est qu’elle se termine lorsque le patient comprend enfin qu’il est seul face à sa souffrance et qu’il doit apprendre à faire « avec » plutôt que de se débattre avec ses regrets ou des reproches. Faire payer vos séances favorise cette indépendance car le patient sait qu’il ne pourra pas venir vous voir indéfiniment …

Note: cette perspective est très proche de celle de la thérapie ACT (Thérapie d’Acceptation & d’Engagement) basée sur le Pleine Conscience. Vous pouvez lire une introduction sur cette thérapie dans notre article: ACT – la Pleine Conscience au service de l’efficacité thérapeutique et tester vos capacités d’attention et de Pleine Conscience grâce à notre test en ligne

4) Eviter le sentiment de dette envers son thérapeute

Offrir gratuitement vos services peut sérieusement perturber certains de vos patients en leur donnant l’impression qu’ils vous sont redevables et fausser la mécanique essentielle du transfert en établissant une relation dissymétrique.

5) Fixer un cadre clair à la thérapie

Vous n’êtes pas un « théra-pote » qui rend service à un copain en lui faisant une séance à l’œil ! Vous êtes un professionnel qui apporte sa compétence le temps d’une séance payante au patient pour le soulager de sa souffrance. Une fois la séance écoulée, il ne vous doit plus rien.

Pourquoi ne pas les faire payer autrement qu’avec de l’argent ?

Beaucoup de thérapeutes se posent cette question et proposent à des patients en difficulté de régler « différemment » leur séance.

Je ne pense pas que c’est une bonne idée. L’avantage de l’argent est qu’il est « neutre ». Toute autre forme de règlement pourra être parfois inconsciemment utilisée par le patient pour sortir du cadre thérapeutique.

Un Gestalt-thérapeute m’a raconté qu’à ses débuts il a proposé à un de ses patients artiste en grande difficulté financière de le payer avec l’une de ses œuvres. La séance suivante le patient est arrivé avec une grande enveloppe craft : « Tenez, voilà des photos pour vous ». Le thérapeute le remercie, ouvre l’enveloppe et découvre 2 magnifiques portraits de son patient entièrement nu !

Un patient confronté à une souffrance réelle trouvera l’argent pour vous régler*. Si il ne le fait, ce n’est pas bon signe pour la suite du processus.

N’hésitez pas à proposer des facilités de paiement, en plusieurs fois par exemple.

*Note: certains cas très spécifiques peuvent bien sûr sortir du cadre de cet article. Je pense à certains engagements associatifs auprès de personnes dans le grand dénuement par exemple. Nous ne proposons que des pistes de réflexion. La décision finale vous appartient 😊

Le « problème » de l’argent comme révélateur : une invitation à travailler sur Soi

Et si votre malaise à appeler vos patients « clients » ou à les faire payer était révélateur d’une difficulté dans votre positionnement personnel ?

Qu’est ce qui génère ce malaise chez vous ? Un manque de confiance dans vos compétences ? Le sentiment d’un manque de légitimité ? Certaines croyances héritées de votre éducation ou de votre expérience ?

Rassurez-vous: c’est une difficulté très fréquente chez les thérapeutes alternatifs surtout au début de leur activité.

Pourquoi ne pas consulter un collègue thérapeute pour vous aider à travailler sur ce sujet ?

Il serait dommage que ces problèmes non réglés viennent entraver le développement de votre activité ou le plaisir que vous prenez à exercer !

Résumé

Sa neutralité et l’habitude qu’on les patients d’estimer la valeur d’un service à son prix font de l’argent un support parfaitement adapté pour les thérapies alternatives.

Un malaise au sujet de l’argent est souvent rencontré par les jeunes thérapeutes qui manquent de confiance dans leurs compétences.

Si c’est votre cas pourquoi ne pas en parler avec un professionnel pour travailler sur ces croyances limitantes ?

Vous pouvez aussi partager votre expérience en commentaires de cet article pour en faire profiter toute la communauté Omyzen.

Consultez aussi …

Réflexion sur un symptôme: « j’ai peur de conduire »

File 20180102 26139 18vfcsk.jpg?ixlib=rb 1.1
On peut être stressé au volant en raison d’une anxiété plus générale, du souvenir d’un accident ou bien de la crainte de commettre une faute sur la route.
ezra jeffrey/unsplash

Antoine Pelissolo, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

« Je n’ai rien contre les psys, et pour cause ! » écrit notre auteur, professeur de psychiatrie, en préambule de son livre Vous êtes votre meilleur psy ! (éditions Flammarion). Il a rassemblé dans cet ouvrage des principes dont l’efficacité est scientifiquement reconnue et que l’on peut appliquer par soi-même pour surmonter certaines difficultés. L’extrait que nous publions ci-dessous porte sur le stress au volant.

On trouve des noms exotiques et improbables pour toutes les phobies. L’amaxophobie est de ceux-là, et désigne une crainte bien plus fréquente que ce que l’on imagine : la peur de conduire un véhicule.

Difficile de connaître son étendue car il n’y a pas d’enquête rigoureuse sur la question. Beaucoup de personnes n’en parlent pas, par gêne ou même par honte.
Plusieurs cas de figure sont possibles. On trouve des personnes qui ont passé le permis avec difficulté et n’ont jamais conduit régulièrement ou en se limitant à de très courts trajets ; des conducteurs aguerris qui, parfois sans raison évidente, commencent à avoir peur de conduire assez soudainement à un moment donné ; des personnes âgées qui redoutent progressivement la conduite automobile.

Le handicap peut être léger ; on parvient malgré tout à prendre la route dans la vie de tous les jours. Parfois, il est nettement plus lourd : la conduite est totalement impossible. Dans tous les cas, des solutions existent pour surmonter cette crainte.

Une crainte moins absurde que d’autres

Si certaines phobies paraissent absolument irraisonnées et incompréhensibles, comme celles des papillons ou des poupées, la peur de conduire ne repose pas sur rien : c’est une activité à risque, qui nécessite un savoir-faire et une attention soutenue. Chaque année, le nombre d’accidents de la route est là pour nous le rappeler.

La peur de conduire est donc compréhensible, mais elle devient moins rationnelle et plus problématique quand elle empêche de se déplacer alors que l’on dispose des compétences normales pour le faire. L’apprentissage, l’expérience et des précautions adaptées à la situation doivent permettre de maîtriser les risques.

Plusieurs types de causes existent.

  1. Un manque de confiance en soi et une anxiété importante qui font redouter le pire.
  2. Le souvenir traumatisant d’un accident qu’on a soi-même vécu, ou auquel on a assisté, qui crée l’équivalent d’une phobie post-traumatique.
  3. Une peur proche de l’agoraphobie, c’est-à-dire l’anticipation d’un malaise au volant, ou d’un incident aggravé du fait de la situation de « blocage » dans le véhicule, notamment dans un embouteillage, un tunnel, un pont, une autoroute, etc.
  4. Des craintes proches des troubles obsessionnels-compulsifs : peur de commettre une faute et de provoquer un accident grave sans s’en apercevoir, ou peur d’avoir une impulsion dangereuse pour soi ou pour les autres (phobies d’impulsion).

En général, l’un ou l’autre de ces motifs d’anxiété est au premier plan, parfois plusieurs sont associés. Une personne anxieuse et peu sûre d’elle au volant sera nettement plus déstabilisée par un accident vécu, même peu grave, qu’un conducteur jusque-là très confiant.

Le stress de la conduite se traduit généralement par des accès d’affolement voire de panique. Le déclencheur ? Des incidents assez mineurs, comme un problème au redémarrage après un stop ou un feu rouge (la voiture qui cale), une hésitation entre deux routes à un carrefour, ou une voiture un peu pressante derrière vous. Ces pics de stress peuvent compliquer la conduite en absorbant l’attention disponible et en perturbant un peu les gestes, même si les réflexes essentiels sont le plus souvent conservés. Un cercle vicieux s’installe, l’anxiété et ses conséquences devenant en elles-mêmes un motif d’inquiétude supplémentaire : « Je vais perdre mes moyens, donc c’est dangereux ».

La spirale de l’évitement

Le renforcement de la peur par les évitements est un mécanisme constant, et souvent l’élément principal du problème. Ne pas se confronter à une situation redoutée accentue le réflexe de peur. Pour la conduite automobile, qui est un savoir-faire complexe, ce mécanisme très basique est aggravé par une perte de confiance en soi (« Je n’ai plus l’habitude de conduire »), voire parfois par une perte réelle de capacités. Après dix ou vingt ans sans avoir pris le volant régulièrement, les compétences peuvent en effet être émoussées.

Ainsi, si vous n’avez pas conduit pendant des années, ou si vous vous êtes restreint à certains parcours, il faudra travailler à la fois sur la peur de conduire et sur la conduite elle-même. Le mieux pour cela est de vous faire aider, par un proche de confiance ou même par un professionnel en auto-école, avec quelques cours de conduite le moment venu.

Conduire une voiture nécessite d’effectuer beaucoup de choses à la fois : les actions de pilotage de base, faire très attention à ce qui se passe à l’extérieur pour pouvoir réagir à tous les obstacles et aux autres véhicules, surveiller le compteur de vitesse, se souvenir du trajet et décider des directions à prendre, etc. La conduite nécessite donc une vigilance presque totale en permanence : impossible de consacrer, en plus, de l’énergie et du temps à gérer votre anxiété. C’est pourquoi beaucoup de choses doivent être apprises et préparées avant de prendre le volant, afin qu’elles deviennent mécaniques et applicables facilement le moment venu.

La conduite nécessite d’effectuer beaucoup de choses à la fois, piloter, faire attention à ce qui se passe à l’extérieur, surveiller le compteur de vitesse…
pan xiaozhen/unsplash

La préparation à la reprise du volant comporte deux ingrédients importants : le contrôle du stress physique d’une part, et la lutte contre les scénarios catastrophes qui peuvent vous parasiter d’autre part.

Les gênes physiques auxquelles il faut s’habituer

Les symptômes physiques, classiques dans tous les types d’anxiété, n’ont rien de dangereux en eux-mêmes, et la meilleure stratégie est théoriquement de les accepter pour les ignorer. Mais en voiture, certains de ces symptômes sont plus gênants, devenant une source d’anxiété supplémentaire pour le conducteur (« Je fais un malaise, je ne vais plus pouvoir conduire », etc.), et pouvant même réellement perturber le maniement du véhicule. Une tension musculaire importante ou des tremblements peuvent ainsi avoir un effet délétère sur la coordination des gestes, et modifier la conduite, le plus souvent modérément. Et il n’est bien sûr pas possible de maîtriser ces symptômes dans le feu de l’action, par exemple en fermant les yeux pour évacuer la tension, comme on le ferait dans un autre contexte…

Une partie de votre préparation doit porter sur ces signes physiques, pour vous y habituer et essayer de les contrôler en partie. Pour ceci, il faut d’abord bien les identifier, dans une situation proche de la réalité concrète.

Si vous arrivez à conduire un peu, l’idéal est d’observer « en vrai » ce que vous ressentez au volant. En général, les symptômes physiques touchent les muscles des bras ou des jambes (crispations, tremblements, maladresse), le cœur (palpitations), la respiration (sensation d’étouffement), ou l’équilibre (sensations de vertige).
Si vous ne parvenez pas encore à conduire réellement, vous pouvez vous mettre en situation simulée, chez vous ou dans une voiture à l’arrêt (ou en étant passager avec un autre conducteur), et identifier alors les sensations qui peuvent apparaître et qui vous dérangeraient le plus.

Après avoir repéré ces symptômes sensibles, il va falloir les apprivoiser. Il s’agit d’abord de bien vous convaincre de leur origine : ils sont liés au stress et à rien d’autre, notamment pas une maladie physique en train de vous assaillir. Vous pouvez observer leur évolution, en visualisant bien qu’ils sont arrivés en même temps que le stress, et qu’ils disparaissent rapidement quand vous êtes plus détendus. Par ailleurs, essayez de jouer avec ces symptômes en les provoquant de différentes manières : par exemple en courant pour ressentir des palpitations et un essoufflement, en tournant rapidement sur vous-même pour déclencher des vertiges, en crispant les muscles pour ressentir une tension ressemblant à celle du stress, etc.

L’essentiel est de vous habituer à ces désagréments physiques passagers, pour ne pas être affolé quand vous les ressentirez en conduisant. Essayez donc de les provoquer le plus souvent possible dans la vie quotidienne. Quand ils surviennent, contentez-vous de les observer un peu comme un objet extérieur à vous : tâchez de les localiser précisément, de définir une frontière avec le reste de votre corps, de les faire grossir ou au contraire se réduire. Ce jeu vous rassurera sur leur caractère bénin, et vous permettra de vous y habituer.

Des moyens simples pour déstresser au volant

Il vous faut également acquérir des moyens simples pour déstresser au volant. Le principal levier est le contrôle respiratoire, qui permet de lutter contre toutes les tensions musculaires et l’emballement du cœur et du souffle. Assis en voiture, vous pourrez toujours respirer calmement, et profiter d’un feu rouge pour vous concentrer quelques secondes sur votre rythme respiratoire. Entraînez-vous pendant quelques minutes, sur un fauteuil chez vous puis en voiture, même à l’arrêt, à suivre ce schéma : inspirez doucement par le nez, faites une pause de quelques secondes, expirez également doucement par le nez, puis faites une nouvelle pause. Tout ceci plutôt rythmé par les muscles de l’abdomen (le ventre) que par le thorax, et sans aller trop loin dans le gonflement des poumons.

Cette manière de vous concentrer sur votre respiration deviendra naturelle si vous vous entraînez régulièrement et produira automatiquement une sensation de bien-être. Avec l’habitude, vous pourrez même continuer à l’utiliser en restant concentré sur la conduite de la voiture, par exemple sur l’autoroute.

La gêne principale en conduisant peut être une tension musculaire importante dans les bras. Même si vous vous êtes habitué à cette sensation grâce aux exercices précédents, il est utile de disposer d’une technique de « détente express » si cette gêne est trop forte à un moment donné. Pour cela, la méthode classique de relaxation musculaire, basée sur le contraste entre tension et relâchement, est la plus intéressante.

Conduire d’une main pendant un temps permet de diminuer la tension musculaire dans l’autre.
mark jefferson paraan/unsplash

Elle s’apprend d’abord sur une partie du corps, par exemple le bras gauche qui est moins actif que le droit pendant la conduite. Contractez assez fort les muscles du bras et de l’avant-bras, en vous concentrant quelques secondes sur les sensations produites, qui peuvent aller jusqu’à des tremblements et de la tétanie. Puis, relâchez lentement cette contraction, en quelques secondes également, en vous concentrant aussi sur ce que vous ressentez dans votre bras. Grâce à ce contraste entre les deux états successifs et opposés, vous pouvez reprendre le contrôle sur la motricité de votre bras, et atténuer les sensations de tension involontaires engendrées par le stress. Après avoir fait environ 10 fois l’exercice sur le bras gauche, refaites la même chose sur le bras droit, toujours de préférence à l’arrêt ou en conduite simulée chez vous. Vous pourrez ensuite refaire des séries de contraction/décontraction des deux bras simultanément.

Au volant, en fonction de la vitesse et des autres actions à réaliser (chercher sa route, surveiller le flot de voitures, déclencher certaines fonctions comme les essuie-glaces ou les phares, etc.), vous pourrez vous consacrer plus ou moins facilement à cette détente musculaire. Il est possible de contracter le bras et la main avec le poing fermé, donc en lâchant transitoirement le volant, ou le faire en gardant la main sur le volant, avec une contraction des doigts sur celui-ci.

En route !

Maintenant que vous connaissez les outils anti-paniques, vous pouvez reprendre la route dans de bonnes conditions. Mais je vous conseille de le faire par étapes et en prenant le temps nécessaire. Si vous n’avez pas conduit depuis très longtemps, il est préférable de commencer par quelques cours d’auto-école. Et dans tous les cas, vous allez pouvoir vous tester à petite vitesse, sur des trajets courts, avec la possibilité de vous arrêter facilement. Une autre solution est de le faire avec une personne de confiance, qui pourra par exemple vous accompagner d’abord en conduisant votre voiture jusqu’à des routes vous convenant mieux.

Assez rapidement, vous allez pouvoir combattre certaines idées automatiques injustifiées qui risquent de vous assaillir chaque fois que vous dépasserez les 30 km/heures : « Je vais perdre le contrôle », « C’est dangereux, je ne sais pas conduire », « Je ne peux pas dépasser une autre voiture », etc. Ces pensées sont injustifiées si vous avez appris à conduire et si vous restez vigilant à ce qui se passe autour de vous.

En dehors de situations un peu extrêmes comme la neige, le verglas ou des routes de montagne très tortueuses, l’aménagement des routes en France permet de rouler en toute sécurité quand on respecte les consignes, quelle que soit la vitesse ou le type de route. Vous ne serez pas plus en danger sur l’autoroute qu’en ville par exemple, même si la vitesse semble plus effrayante à la plupart des anxieux de la route.

Vision grand angle

Pour réduire votre niveau de stress, pensez à utiliser les méthodes décrites plus haut, notamment la respiration calme et la détente musculaire. La question du regard et de l’attention visuelle est également importante. En effet, l’anxiété entraîne une réduction du champ de vision, dans le but de détecter des dangers, de petites tailles ou cachés, autour de soi. En voiture, comme il faut surveiller un champ très large, cette vision focalisée est très fatigante et assez peu efficace : on passe son temps à changer de cibles en permanence (les trois rétroviseurs, le compteur de vitesse, le levier de vitesse, la route à droite, la voiture à gauche, la route devant, etc.). La fatigue oculaire et attentionnelle peut se doubler de sensations vertigineuses à force de faire ces va-et-vient peu productifs.

Il faut donc se forcer à adopter une vision « grand angle » ou panoramique, qui permet d’être attentif à la plupart des éléments de la route, sans grande précision mais cela n’est pas nécessaire en continu. Si quelque chose d’anormal attire notre attention, on peut alors vérifier spécifiquement de quoi il s’agit, mais sans balayer systématiquement tous les points de l’environnement. Le principe est donc de regarder la route assez loin devant soi (et non pas juste les premiers mètres devant la voiture, car ceci crée aussi des sensations hypnotiques gênantes), avec une vision légèrement floue mais large. De temps à autre, un coup d’œil aux rétroviseurs et aux compteurs permet de vérifier que tout se passe bien.

Un entraînement programmé

S’exposer à la conduite en variant les contextes, ville, campagne…
steve halama/unsplash

La peur devrait s’atténuer progressivement avec l’expérience, et surtout la pratique de routes différentes dans des contextes variés : ville, routes nationales, campagne, jour et nuit, etc. Cela peut prendre quelques semaines, mais l’essentiel est de garder une certaine régularité durant cette période d’exposition à la conduite, pour ne pas perdre le bénéfice des exercices précédents. Si vous savez que certaines situations sont particulièrement angoissantes pour vous, essayez de les affronter par étapes, en commençant par des conditions facilitantes mais en augmentant le niveau de difficulté jusqu’au bout. Par exemple, si vous redoutez surtout la conduite sur autoroute, entraînez-vous d’abord sur des routes nationales à assez grande vitesse, puis sur quelques kilomètres d’autoroute, puis sur une distance plus longue, en faisant varier également la vitesse et la capacité à doubler d’autres véhicules.

Si vous redoutez plutôt les routes en hauteur, comme les ponts ou les voies en bretelles, habituez-vous d’abord au vide à pied sur un pont, puis empruntez des routes à des hauteurs croissantes. Cela toujours pour ne pas générer d’angoisses trop fortes mais pour vous habituer progressivement à supporter l’anxiété ressentie. Ceci peut prendre du temps et beaucoup d’exercice, mais vous allez forcément ressentir une détente et une meilleure confiance en vous avec l’expérience. Le principe de la confrontation progressive est le même pour la peur des tunnels ou d’autres routes « à risque » comme les rues très fréquentées en ville.

Couverture du livre, paru le 1ᵉʳ novembre 2017.
Flammarion, Author provided

The ConversationSi, malgré vos efforts et votre volonté, vous ne parvenez pas seul à surmonter votre peur de conduire, une évaluation et une aide par un thérapeute, médecin ou psychologue, peut être utile. Cela est souvent nécessaire pour les personnes qui ont vécu ou ont été confrontées à des accidents de la route très graves, et qui en conservent un véritable syndrome de stress post-traumatique. De même, des troubles obsessionnels-compulsifs sévères peuvent rendre les choses nettement plus complexes et nécessiter une prise en charge spécialisée. Les thérapies comportementales et cognitives sont aussi efficaces pour ces troubles, et les spécialistes peuvent aussi utiliser des supports facilitants comme des simulateurs de conduite.

Antoine Pelissolo, Professeur de psychiatrie, Inserm, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Le guide du thérapeute : 7 critères essentiels pour choisir l’emplacement de son cabinet

Pour un thérapeute la question du choix du lieu d’implantation de son cabinet est essentielle.

Dans ce troisième article des guides du thérapeute alternatif nous listons pour vous 7 critères essentiels à prendre en compte pour vous aider dans votre réflexion et faire le choix le plus judicieux.

N’hésitez pas aussi à consulter notre article complémentaire sur le choix d’exercer en cabinet ou à domicile.

1) Un cabinet de thérapie n’est pas une boulangerie !

J’ai déjà vu des thérapeutes rentrer dans des comportements presque hystériques (affiches arrachées etc) par peur de la concurrence d’un confrère qui s’installait dans le même bâtiment !

Un cabinet de thérapie n’est pas un commerce de proximité. Les patients ne viennent pas majoritairement parce qu’ils habitent dans le même pâté de maison.

Alors ne soyez pas obsédés par la proximité d’autres thérapeutes et par le « passage » devant votre cabinet qui peut par ailleurs présenter d’autres inconvénients comme décrit ci-dessous.

2) Attention à la patientelle de « curiosité »

Vous espérez faire du chiffre rapidement ? Vous repérez un cabinet dans l’hyper centre, dans une rue très prisée de votre ville. Si votre thérapie est « à la mode », vous aurez certainement une patientelle de curieux qui auront remarqué votre plaque et auront décidé de vivre une « expérience » en s’offrant une séance d’hypnose pour arrêter de fumer avant d’aller faire leur shopping !

Très bien … mais cette patientelle que j’appelle de « curiosité » n’est pas forcément la plus épanouissante en tant que thérapeute:

  • Les patients sont moins engagés dans le processus de changement : votre taux d’échec risque d’être plus élevé. Attention à ne pas laisser s’installer un manque de confiance en vous démotivant surtout si vous démarrez !
  • Les patients viennent vous voir pour des problèmes plus « anecdotiques » : certains thérapeutes n’aiment pas toujours ça. Même si il est toujours possible d’utiliser ces problèmes comme point de départ à une prise en charge plus profonde et impactante
  • Vous serez confronté à un fort taux de roulement au niveau de votre patientelle: Cela peut être énergivore et peu épanouissant

Mon conseil :

N’hésitez pas à refuser certains patients ou à les rediriger vers d’autres collègues plus à l’aise avec certaines demandes.

Lisez aussi notre article sur les astuces pour éviter les annulation de RDV afin de générer de l’engagement chez les patients. Cela vous évitera bien des déconvenues et aidera ces patients de « curiosité » à approfondir leur objectif thérapeutique.

3) La Ville est souvent synonyme d’une concurrence plus importante

Plus de clients potentiels oui … mais plus de concurrence aussi !

Une amie thérapeute me racontait que dans sa ville quand elle s’est installée elle était la seule ostéo et qu’ils sont maintenant 4 ! Ce qui rend mécaniquement les fins de mois plus difficiles …

Personnellement, j’adore la concurrence. Elle nous pousse à nous améliorer, elle permet de sensibiliser les patients à notre discipline, nous permet d’avoir plein de collègues à rencontrer localement … Mais concurrence ne doit pas rimer avec saturation totale du marché !

Mon conseil :

Prenez quelques minutes pour aller sur les pages jaunes et regarder combien de thérapeutes sont référencés dans votre discipline et dans votre ville voir dans votre quartier si la ville est grande.

Idéalement, disons qu’il ne faut [highlight]pas dépasser un ratio d’un thérapeute dans votre discipline pour 3000 habitants[/highlight] si vous exercez l’une des disciplines « principales » (sophrologie, Hypnose, Naturopathie, Réflexologie, ostéopathie).

Au-delà cela peut vite devenir très compliqué. Ce chiffre ne vaut pas évangile mais c’est un seuil au-delà duquel vous devez vous poser des questions.

N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire pour en faire profiter toute la communauté.

4) Le « coup de cœur » ne doit pas être votre unique critère de décision

Les thérapeutes alternatifs sont souvent des personnes très sensibles, qui ont une intuition forte …

Ce sont de très belles qualités mais attention à ne pas choisir votre cabinet uniquement par « coup de cœur » ou intuition.

Encore une fois: un cabinet est aussi une entreprise qui doit être viable pour vous permettre d’exercer longtemps votre passion et faire profiter à vos patients de vos compétences.

Mon conseil :

Utilisez l’intelligence collective. Demandez leur avis à plusieurs personnes proches. Ces membres de votre « cerveau collectif » vous aident à sortir d’une vision trop « auto centrée » et vous font remarquer des détails qui vous échappent.

5) Favoriser la qualité de l’environnement

Si vous en avez la possibilité optez pour un environnement de qualité. Il peut s’agir de la qualité du quartier ou de la nature alentour pour une installation à la campagne par exemple.

Les patients préfèrent se rendre dans des endroits où ils se sentent bien et en sécurité. Aller chez son thérapeute alternatif est une expérience « à part entière », un voyage initiatique pour le patient dont chaque détail compte.

D’autre part vous aurez régulièrement des moments creux pendant lesquels vous pourrez profiter de la qualité de cet environnement pour aller vous promener ou faire quelques courses.

Mon conseil :

Si vous trouvez un cabinet et que vous ne connaissez pas bien la ville ou le quartier où il est situé, n’hésitez pas à interroger d’autres thérapeutes en exercice ou même des commerçants sur ce sujet : depuis combien de temps sont-ils installés ici ? Comment le quartier ou la ville a-t-elle évolué ou est-elle en train d’évoluer ? Sont-ils satisfaits ?

Posez des questions très ouvertes en leur expliquant que vous envisagez une installation, demandez-leur conseil et écoutez-les attentivement !

6) Développer une patientelle de qualité

A la campagne vous mettrez sans doute plus de temps à constituer une clientèle. Mais ce délai sera compensé par la qualité de la relation que vous pourrez développer avec vos patients.

Plus de continuité dans le suivi, un accompagnement à travers différentes phases de leur vie etc.

Vous croiserez les patients au marché le week-end, vous recevrez leurs enfants, ils vous offriront des légumes de leur jardin … et certains deviendront peut être des ami(e)s !

Ce type de relation ne convient pas à tous les thérapeutes (et à toutes les thérapies !) mais peut être très agréable à vivre et très satisfaisant en fonction de votre caractère.

Mon conseil

Vous devez idéalement « ressembler » à votre patientelle. Si vous possédez une forte sensibilité rurale, installez-vous à la campagne ! Les patients doivent pouvoir créer une relation thérapeutique forte avec leur thérapeute. Avoir en face d’eux un thérapeute « qui leur ressemble » et qui possède les mêmes codes peut y contribuer.

7) Le choix de l’accessibilité

Que vous soyez en ville ou à la campagne, c’est un des critères essentiels. L’accessibilité concerne aussi bien :

  • Une distance réduite depuis votre domicile : les horaires des séances sont parfois compliqués, vous aurez certains jours des plannings « à trous » . Si vous devez en plus jongler avec une vie de famille, autant ne pas trop vous éloigner de votre domicile.
  • La disponibilité d’éventuels transports à proximité : surtout en ville pour éviter par exemple aux patients de devoir affronter les bouchons synonymes de retard, de désorganisation de votre planning et de stress.
  • La qualité du réseau routier desservant votre cabinet : à la campagne, vos patients viendront souvent des alentours et même parfois de loin. Il est donc indispensable que le réseau routier soit de qualité.
  • La simplicité de votre adresse : pour ne pas passer à chaque fois 5 minutes au téléphone avec chaque nouveau client et recevoir des clients stressés par le trajet !
  • La possibilité de se garer : rien n’est plus pénible que de devoir tourner 10 minutes pour trouver une place. Ce simple facteur peut pousser un patient à ne jamais (re)venir.
  • L’accès pour personnes à mobilité réduite : aucune compromission sur ce sujet n’est possible pour des thérapeutes !

En résumé

Les critères possibles de choix sont illimités et les exceptions nombreuses : je ne vous ai livré que des pistes pour mener votre propre réflexion.

J’ai une fois entendu parler d’un thérapeute qui a ouvert en même temps 3 cabinets dans des endroits très différents … pour se focaliser après quelques mois sur celui qui lui convenait le mieux !

Cette stratégie a un coût mais peut être gagnante : certains critères de choix échappent parfois totalement à l’analyse et ne peuvent être découverts que par l’expérience !

Bonne chance à vous et n’hésitez pas à partager votre expérience avec la communauté dans les commentaires.

Consultez aussi …

Les 2 précédant guides du thérapeute:

Psychologie: « Je n’aime pas mon corps »


File 20171128 28899 1gshl6m.jpg?ixlib=rb 1.1
Le degré d’insatisfaction de son corps peut être extrêmement violent et insupportable.
Septian Simon/Unsplash , CC BY

Antoine Pelissolo, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

« Je n’ai rien contre les psys, et pour cause ! » écrit notre auteur, professeur de psychiatrie, en préambule de son livre Vous êtes votre meilleur psy ! (éditions Flammarion). Il a rassemblé dans cet ouvrage des principes dont l’efficacité est scientifiquement reconnue et que l’on peut appliquer par soi-même pour surmonter certaines difficultés. L’extrait que nous publions ci-dessous porte sur l’acceptation de son corps.

« Je n’aime pas mon nez », « Je n’aime pas mes jambes », « Je n’aime pas mes cheveux », « Je n’aime pas ma silhouette ». Les motifs d’insatisfaction corporelle sont infinis, au moins aussi nombreux que les parties de notre corps et que nos exigences à leur sujet.

Très peu de gens sont pleinement (et définitivement !) heureux de leur corps, et c’est même assez louche en général… Le degré d’insatisfaction, et surtout de souffrance liée à cette insatisfaction, est variable d’une personne à l’autre. Parfois tout à fait modéré et acceptable, il peut être extrêmement violent et insupportable. Si les petits complexes sont courants et bénins, les plus sérieux peuvent devenir pathologiques car obsédants, angoissants, voire handicapants au quotidien. On parle en médecine de « dysmorphophobie » : l’impression ou la conviction, exagérée ou fausse, d’une disgrâce physique majeure devient envahissante et très douloureuse.

Heureusement, ces obsessions sont modifiables. Retrouver une relation plus apaisée avec son corps est tout à fait possible.

La subjectivité par excellence

La représentation que nous avons de notre corps n’est pas du tout celle d’un objet banal. Elle vient d’un mélange complexe et intime de notre perception visuelle, forcément biaisée car non extérieure à soi, de nos perceptions sensorielles, de notre imaginaire conscient et inconscient, et également de ce que nous projetons dans le regard de l’autre car notre corps y est en permanence exposé. De nombreuses émotions peuvent être associées à cette représentation, complexes et subtiles, et elles peuvent aussi varier grandement dans le temps. Ces émotions peuvent être positives (satisfaction, fierté, plaisir, etc.), mais aussi – fréquemment – négatives vis‑à-vis de soi-même, avec un certain inconfort qui peut aller jusqu’à un dégoût très intense ; vis‑à-vis des autres, avec une gêne plus ou moins forte ou une véritable honte.

La représentation que nous avons de notre corps et les émotions associées varient dans le temps.
Larm Rmah/Unsplah, CC BY

Le jugement porté sur son propre corps n’est jamais objectif ni fondé sur des critères uniquement esthétiques. Non, il se nourrit de toutes nos émotions intimes, de notre histoire personnelle, et beaucoup de l’estime que l’on se porte à soi-même et que l’on a reçue, ou pas, des autres. L’environnement social et culturel joue aussi un rôle important, en particulier aujourd’hui, où l’image et l’apparence physique sont tellement valorisées.

Ces défauts que les autres ne voient pas

Parmi les motifs d’insatisfaction les plus fréquents figurent bien sûr le poids et l’apparence de la silhouette. Se trouver « trop » gros ou grosse est un sentiment banal que beaucoup ont rencontré un jour. Plus exceptionnellement, certains se trouvent trop maigres, ou en tout cas pas assez musclés, une plainte de plus en plus fréquente chez les garçons et les hommes de nos jours.

Tous les degrés de préoccupation sont possibles. On peut considérer que l’insatisfaction devient anormale quand elle dure dans le temps, quand elle perturbe l’esprit et fait émerger un ressenti pénible, et quand elle altère certains comportements : ne pas pouvoir s’habiller comme on le souhaiterait, ne pas avoir les activités voulues (piscine, sport, autres sorties, etc.), et modifier de manière excessive son alimentation.

Les cas extrêmes – les personnes souffrant d’anorexie mentale ou d’autres troubles du comportement alimentaire – s’expliquent par une perturbation de l’image du corps ; les conduites de restriction exagérées ou de régimes drastiques à répétition – moins graves – sont aussi sous-tendues par ce type de préoccupation corporelle.

Les autres complexes physiques et objets de dysmorphophobies courants concernent l’apparence d’une partie du corps (surtout le nez, les oreilles, le front, les cuisses ou les fesses), considérées comme laide ou anormale. La peau est aussi un sujet de préoccupation très important pour de nombreuses personnes, des femmes surtout. C’est par exemple l’impression d’avoir une couleur ou une surface de peau disgracieuse, ou bien des boutons ou d’autres rougeurs fortement dérangeantes. Dans chaque cas, peu importe finalement qu’il existe ou non un réel défaut physique sous-jacent. L’excès de préoccupation se traduit par un inconfort intense et par une attention trop souvent fixée sur le problème supposé.

Si vous passez beaucoup de temps à surveiller votre apparence, à scruter votre image dans le miroir, à vous comparer aux autres ou à poser des questions à vos proches sur ce qu’ils en pensent, cela va un peu trop loin. Il en est de même si vous passez beaucoup de temps à essayer de masquer ou de corriger les défauts supposés de manière artificielle ou si vous évitez des situations qui vous dérangent, comme vous faire prendre en photo, mettre des tenues peu couvrantes, ou tout simplement vous exposer au regard des autres.

Passer beaucoup de temps à surveiller son image traduit un excès de préoccupation corporelle.
Ali Marel/Unsplash, CC BY

Zoom arrière au lieu de zoom avant

Pour des changements à long terme, interrogez-vous d’abord sur les causes profondes de vos complexes. Essayez de travailler en particulier sur des souvenirs douloureux, sur l’estime que vous avez de vous-même, ou encore sur votre perfectionnisme.

Des changements plus concrets, centrés sur les préoccupations physiques dont vous souffrez, peuvent aussi être réalisés et donner de bons résultats à court ou moyen terme.

La première étape indispensable est de faire la paix avec votre corps. Pour cela, considérez-le de manière globale, sans vous focaliser sur une seule partie ou un seul aspect. Plutôt que de zoomer en permanence sur le défaut perçu, pour le surveiller, le comparer, ou aussi pour éviter de le voir, procédez à un « zoom arrière » vous acceptant en entier tel que vous êtes. Il ne s’agit pas de chercher à oublier totalement le détail qui vous préoccupe, ce qui serait irréaliste, mais de l’intégrer à un ensemble plus large, votre propre personne, avec toutes les qualités que vous pouvez vous attribuer. Vous réapproprier votre corps, et vous sentir bien avec lui. Selon ce que vous aimez et êtes en capacité de faire (marcher, courir, danser, faire du yoga, etc.), votre corps peut devenir une source de plaisirs et de confiance en vous. Cette prise de conscience et cette rencontre positive pourront se substituer progressivement à l’obsession de vos défauts supposés.

Comme un exercice, regardez-vous régulièrement dans un miroir ou sur des photos ou des vidéos en vous efforçant d’avoir une vision globale – et non-focale sur la partie qui vous préoccupe. Cet exercice, anxiogène au début, deviendra progressivement plus facile. Vous pouvez en même temps vous rappeler tout ce que vous aimez en vous et ce que les autres semblent apprécier (votre taille, votre sourire, vos cheveux, votre énergie, etc.). L’idée est d’associer à votre image des sentiments plus positifs pour « occuper le terrain » contre les pensées négatives qui risquent de s’y accrocher comme un Velcro si vous n’y prenez garde !

Il faut aussi tout bonnement vous réhabituer à voir votre propre corps. Chez vous, quand vous le pouvez, n’hésitez pas à rester en « petite tenue » plus longtemps que d’habitude et à poursuivre ainsi normalement vos occupations sans fuir les miroirs que vous pourriez croiser. Il ne faut plus que vous soyez surpris et dérangé par votre image quand vous y serez confronté à l’improviste à l’extérieur, dans le reflet d’une vitre, ou en photo.

Osez vous montrer

Le deuxième type d’exercice à réaliser consiste à ne plus vous cacher. Ce qui demande un effort de volonté. Votre tendance naturelle est plus probablement de dissimuler la ou les parties qui vous dérangent, pour ne pas risquer d’attirer l’attention et donc les jugements sur votre point sensible. Vous obtenez, certes, un sentiment de soulagement sur le moment, mais plus vous vous cacherez, plus vous accentuerez votre gêne ou votre honte à long terme.

Osez vous montrer tel que vous êtes, sans ostentation particulière mais sans dissimulation artificielle non plus. Ceci réduira votre anxiété, par habituation, et limitera vos obsessions en laissant votre esprit disponible pour tout autre sujet d’intérêt.

Pour chacune des parties du corps qui vous gênent, repérez les stratégies de dissimulation que vous utilisez, et supprimez-les progressivement :

Conseils tirés du livre Vous êtes votre meilleur psy d’Antoine Pelissolo (Éditions Flammarion).
Freepik/Flaticon, CC BY

Plus vous vous exposerez de manière volontaire aux yeux des autres, plus vous pourrez vous accepter tel que vous êtes, en tant que personne digne d’intérêt dans sa globalité.

Des exercices de « défilé de mode » sont très utiles pour cela. Seul d’abord, puis avec des amis de confiance. Marchez comme un mannequin, suffisamment longtemps pour vous y habituer (après un premier temps de gêne ou d’amusement inhérent à cette situation évidemment artificielle). Habituez-vous à être observé, scruté et donc admiré ! De même, confrontez-vous aux appareils photo et aux prises de vidéos, ce qui mobilisera la crainte profonde de s’exposer sans protection, et surtout de produire une image de soi qu’on ne maîtrise plus. Des séances de « shooting » vraiment prolongées (au moins quinze minutes) et répétées, seul puis si possible avec l’aide de complices informés de vos objectifs, vous aideront vraiment pour la mise à distance de vos complexes. Et vous pourrez les compléter par une nouvelle désensibilisation en contemplant ensuite les photos et vidéos !

Halte aux comparaisons et aux interprétations !

Deux tendances néfastes risquent de refaire surface régulièrement, pendant assez longtemps, dans la vie quotidienne lors de contacts sociaux.

La première est la tentation classique de vous comparer aux autres, sur les sujets qui vous préoccupent et en général à votre détriment ! Ces comparaisons sont dénuées de sens car elles ne sont jamais objectives, les critères esthétiques étant toujours discutables. Surtout, vous ne pourrez jamais avoir la même vision que les autres sur vous-même, l’angle de vue étant radicalement différent ! Que vous soyez rassuré ou non sur le moment, ces comparaisons ne contribuent qu’à entretenir votre obsession physique : la satisfaction que vous pourriez en tirer s’avère forcément artificielle et donc, très volatile.

La deuxième tendance à combattre est celle qui vous pousse à penser à la place des autres, à propos de votre apparence : « Il a vu mes défauts », « C’est évident qu’il me trouve trop grosse », « Elle a tout de suite repéré mes boutons », etc. Tout silence, propos ambigu, regard de travers ou souriant est interprété négativement si votre état d’esprit vous y pousse. Ces jugements à l’emporte-pièce ne s’appuient pourtant sur aucune certitude car vos interlocuteurs ne vous diront jamais ce qu’ils pensent vraiment sur ces sujets éminemment intimes. Le plus probable est que leur attention et leurs pensées soient plus attirées par votre attitude globale, par votre discours et votre disponibilité à leur égard que par les détails que vous redoutez.

Lors d’échanges, essayez donc de consacrer l’essentiel de votre vigilance au sujet de la conversation, aux questions posées par les interlocuteurs et aux réponses que vous pouvez leur faire, et intéressez-vous authentiquement aux autres, pas pour savoir à tout prix ce qu’ils pensent de vous…

Mieux accepter son poids

Le rapport de chacun à son propre poids est une histoire longue et complexe, déterminée par des facteurs individuels et socio-culturels multiples. Hélas, beaucoup d’éléments poussent à une insatisfaction, voire à un rejet de soi-même qui peuvent être très douloureux et délétères.

Prenons deux exemples :

  1. le changement naturel du corps lié à l’âge : pour beaucoup d’entre nous, les années qui passent se traduisent par la prise de quelques kilos, parfois plus. Certains refusent cette réalité biologique et s’obstinent à vouloir retrouver à cinquante ans la silhouette de leurs vingt ans, au prix de régimes acharnés et contre-productifs ;

  2. les normes de beauté et de poids transmises par la publicité et les médias : artificielles et incompatibles avec la « vraie vie », elles sont malgré tout dans nos têtes et influent sur l’image que nous avons de nous-mêmes.

Changez de référentiel

La prise de quelques kilos et les normes de poids peuvent entraîner un rejet de soi-même.
Jennifer Burk/Unsplash, CC BY

La question d’un surpoids éventuel, qui peut justifier d’être attentif à son alimentation et à son mode de vie pour des raisons médicales notamment, n’est pas du tout antinomique avec celle d’une meilleure acceptation de son corps et de son apparence. Au contraire, il est même impossible de perdre durablement du poids en luttant contre soi-même et en culpabilisant, les privations drastiques et quasi sadiques aboutissent fatalement à des rechutes.

Pour apaiser votre rapport à votre image, commencez par accepter que vous ne retrouverez probablement jamais le poids de votre jeunesse, ni celui des photos (transformées) des mannequins des magazines. En général, il est plus réaliste de viser la silhouette des personnes du même âge et du même sexe de sa famille, quand elles sont en bonne santé, du fait des facteurs génétiques qui jouent un vrai rôle. Une acceptation pas toujours simple, mais qui rejoint ce que nous avons déjà évoqué sur l’estime de soi : la valeur d’une personne dépasse largement sa seule apparence physique et ce que l’on imagine du regard des autres.

Éloignez la balance

Comme pour les autres obsessions physiques, il est important de vous concentrer sur des déterminants sains et utiles plutôt que sur des indices trompeurs. Une balance est bien sûr un outil nécessaire pour surveiller son poids, mais l’obsession de la pesée est dangereuse car elle peut engendrer des idées fausses et des comportements délétères. Se peser tous les jours ou tous les deux jours peut, du fait de variations quotidiennes du poids un peu aléatoires, conduire soit à se décourager si la balance est à la hausse, soit à espérer faussement une baisse durable dans le cas contraire. Il est donc préférable d’espacer les pesées. Je préconise une fois par semaine ou même toutes les deux semaines. Des variations franches seront alors nettement plus significatives.

Couverture du livre, paru le 1ᵉʳ novembre 2017.
Flammarion, Author provided

Plutôt que de vous peser, concentrez-vous sur vos comportements, ceux que vous devez modifier à long terme : manger plus équilibré, notamment moins de graisses et de sucre, pratiquer plus d’activités physiques, et mettre en place un rapport de bien-être avec votre corps. Sans que cela devienne non plus une obsession, il est préférable de surveiller plus souvent son podomètre (en visant par exemple au moins 7 000 pas par jour en moyenne) que sa balance…

The ConversationAu total, le but à viser est la réconciliation avec votre personne dans son ensemble, sur la base de vraies valeurs de vie et d’échanges sincères avec les autres, sans perfectionnisme excessif ni exigence totalitaire envers vous-même. Voilà qui diminuera d’autant les fixations stériles que vous pouvez avoir sur des aspects physiques superficiels.

Antoine Pelissolo, Professeur de psychiatrie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

11 bonnes raisons d’être Thérapeute Alternatif ou de le devenir !

J’ai écrit récemment un article mettant volontairement l’accent sur les aspects difficiles du métier de thérapeute alternatif pour aider les aspirants à réfléchir mûrement à leur choix de reconversion.

Je sens qu’il serait injuste de ne pas ré-équilibrer les choses en mettant en avant certains des avantages du métier de thérapeute alternatif. Je vous livre une « ode » à ce beau métier sous la forme de 11 bonnes raisons de l’exercer … un nombre qui n’est absolument pas restrictif 😉

1) Gérer son planning comme on le souhaite

Le métier de thérapeute permet de gérer son agenda comme on le souhaite. Bien sûr au lancement pour des raisons économiques vous devrez peut être accepter de travailler les samedis par exemple et tôt ou tard le soir. Mais quelle satisfaction lorsque votre notoriété et votre patientelle vous permettent de fixer vos règles, et de choisir quand vous souhaitez travailler.

Et puis quelle que soit votre niveau de réussite vous restez tout de même maître de votre agenda et vous pourrez toujours bloquer des créneaux dans la journée pour aller faire du sport par exemple. Vous aurez aussi la liberté de poser quelques jours à n’importe quel moment de l’année pour aller assister à une formation, un stage ou une retraite.

C’est un vrai luxe que peu de travailleurs peuvent goûter. Profitez-en !

2) Exercer dans le lieu de nos rêves

Vous avez envie de Soleil ? La grisaille du Nord vous pèse ? Vous avez toujours la possibilité d’aller tenter votre chance dans le lieu géographique qui vous convient le mieux. J’ai de nombreux exemples autour de moi de personnes qui ont sauté le pas et qui sont partis s’installer dans des endroits magnifiques pour suivre un conjoint ou seuls et par simple envie !

Alors prenez votre carte de France (pourquoi pas du monde), fermez les yeux et …

3) Faire un métier de passion

Qui n’a pas été frappé dans « sa vie d’avant » de voir les mines déconfites et démotivées de ses collègues de bureau ? D’écouter les conversations désabusées de ses collègues sur les vexations du patron, les injustices de la dernière augmentation ou les conséquences de la dernière réorganisation !

En devenant thérapeute alternatif, fini cette frustration du travail purement alimentaire auquel on va à reculons …

Les fins de mois sont peut être parfois dures mais quelle satisfaction de faire de sa passion un métier !

4) La satisfaction d’aider les autres

En fin de journée, même lorsque vous êtes fatigués, que des patients vous ont planté, vous pourrez toujours repenser à ce patient qui a vraiment été soulagé par vos soins, à ce sourire, à ces mots de remerciement, à ces larmes de libération … Votre journée – une fois de plus – a été concrètement utile : vous avez soulagé la souffrance d’une personne.

Mère Thérésa disait : « ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux. »

C’est votre quotidien de thérapeute alternatif. 😊

5) Donner du sens à sa vie

Le célèbre psychiatre Viktor Frankla tiré de son expérience des camps de concentration sa fameuse logothérapie. Il nous rappelle que l’être humain a besoin d’une « plénitude de sens ». Donner un sens à sa vie pour ne pas sombrer dans le vide existentiel, terreau de la souffrance.

En étant thérapeute alternatif, vous donnez clairement un sens à votre vie. Il peut être lié au physique, au psychique ou au spirituel en fonction de votre discipline ou de votre sensibilité. Mais c’est un métier plein de sens.

Une condition importante selon Viktor Frankl pour vivre une vie heureuse et épanouie …

Bravo ! Vous êtes sur une voie royale du Bonheur 😊

6) Apprendre tous les jours

Œuvrer dans une discipline « non conventionnelle » présente des inconvénients c’est certain. Mais c’est aussi la possibilité d’une ouverture permanente et sans frontière à la nouveauté, dans le respect du patient et dans la limite de vos compétences bien sûr !

Vous pouvez apprendre, vous former en permanence en rajoutant de nouvelles cordes à votre arc au service d’une efficacité plus grande pour le mieux-être de vos patients.

Il y a tellement de disciplines passionnantes mises au point par des thérapeutes de génie. La médecine conventionnelle est souvent prisonnière d’un carcan dogmatique. Ce n’est pas votre cas : profitez-en et laissez libre court à votre soif de connaissance.

7) Une formidable leçon de vie

Bouddha aurait eu sa première prise de conscience décisive en sortant de son Palais et en voyant que la souffrance était partout. Dans ce sens, vous êtes tous des bouddhas !

Quelle leçon de vie et d’humilité de recevoir et d’accueillir toute cette souffrance humaine. Quelle richesse de constater à quel point nous sommes uniques mais aussi tellement proches dans nos souffrances, nos amours, nos corps …

En tant que thérapeute alternatif vous occupez les premières places du spectacle fascinant de la condition humaine.

8) Recevoir la gratitude des patients

Vous connaissez ce merveilleux conte de Claude Steiner disciple d’Eric Berne le fondateur de l’Analyse Transactionnelle: « Le conte chaud et doux des chaudoudoux » ?

Il nous explique qu’un élément fondamental des relations humaines épanouies est notre capacité à être bienveillant envers les autres, à distribuer des « chaudoudoux » qui ont l’avantage d’être inépuisables et de générer toujours plus de satisfaction contrairement aux « froids piquants».

Le métier de thérapeute est un métier dans lequel on passe ses journées à distribuer et à recevoir des chaudoudoux : n’est-ce pas merveilleux ?

9) Rencontrer des gens formidables

Que ce soit parmi vos patients ou collègues, vous rencontrerez de nombreuses personnes formidables. Des gens qui incarnent quotidiennement de belles valeurs humaines.

Quelle chance : c’est là aussi un avantage fantastique de ce merveilleux métier !

10) Choisir un métier d’avenir

C’est une avantage très concret du métier. Vous entendez parler de la robotisation qui menace de plus en plus les emplois ? De travailleurs dépassés après quelques années par des compétences et technologies nouvelles ? de secteurs d’activités sinistrés ?

Le métier de thérapeute ne sera jamais obsolète. L’être humain aura toujours besoin de rencontrer d’autres êtres humains compétents pour se sentir « accueilli dans sa globalité » et se libérer ainsi d’une partie de la charge trop lourde que la vie l’amène parfois à supporter.

11) Grandir !

Etre thérapeute alternatif, c’est aussi s’engager sur un chemin de développement personnel permanent. Grâce aux connaissances acquises et grâce à vos patients qui sont des miroirs qui vous aident à grandir.

Vous êtes déjà des gens biens, vous allez devenir des gens formidables !

Conclusion

Ce métier est exceptionnel et nous avons la chance de l’exercer. Il n’y a qu’un mot qui vient sous ma plume : gratitude !

 

Consultez aussi …

Pour réfléchir à votre reconversion: Thérapeute Alternatif: Les difficultés de la reconversion

Si vous souhaitez vous lancer après avoir lu cet article, consultez nos guides:

Le guide du thérapeute alternatif #1: commmuniquer et se faire connaître

Le guide du thérapeute alternatif #2: créer un site internet et se référencer

 

Les stéréotypes de genre nuisent à la santé des femmes… et des hommes

File 20171213 27597 u91u6.jpg?ixlib=rb 1.1
En santé, les inégalités entre les sexes relèvent des mêmes mécanismes que dans le reste de la société.
Luke Porter/Unsplash, CC BY

Catherine Vidal, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et Muriel Salle, Université Claude Bernard Lyon 1

En matière de santé, femmes et hommes ne sont pas logés à la même enseigne. Le livre coécrit par Catherine Vidal et Muriel Salle Femmes et santé, encore une affaire d’hommes ? (Belin) se donne l’objectif de tordre le cou aux idées reçues, chez les soignants comme chez les patients, sur la santé des femmes et des hommes. Nous en publions ici un extrait ; les chiffres de l’infographie et le quiz sont également tirés de l’ouvrage ; les vidéos ont été coproduites par l’Inserm, le CNRS et l’université Paris Diderot.

Les différences entre les sexes dans la santé se retrouvent dans quasiment tous les champs de la médecine, au-delà du domaine de la reproduction : asthme, cancer, maladies des systèmes cardio-vasculaires et immunitaires, diabète, obésité, arthrose, ostéoporose, troubles mentaux, addiction, vieillissement, etc.

Mais les différences en question ne sont pas forcement d’origine biologique. Les codes sociaux de féminité (fragilité, sensibilité, expression verbale) et de masculinité (virilité, résistance au mal, prise de risque) influencent l’expression des symptômes, le rapport au corps, le recours aux soins de la part des patient·e·s. De même, chez les médecins et personnels soignants, les stéréotypes de genre influencent l’interprétation des signes cliniques et la prise en charge des pathologies. Le poids des représentations sociales est un facteur de risques et d’inégalités tant pour la santé des femmes que pour celle des hommes, comme en témoignent les exemples qui suivent.

Quand flanche le cœur des femmes

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes dans le monde, bien avant le cancer du sein qui occupe la dixième place. Les femmes sont plus vulnérables que les hommes aux maladies cardiovasculaires : 56 % en meurent contre 46 % des hommes. Elles développent ces maladies en moyenne dix ans plus tard que les hommes.

La raison couramment invoquée tiendrait à la ménopause susceptible de favoriser l’hypertension, le diabète, l’hyperlipidémie, l’obésité et autres troubles métaboliques. La baisse des estrogènes qui survient alors a longtemps été considérée comme responsable de cette vulnérabilité accrue des femmes. Un traitement hormonal substitutif était souvent préconisé à titre préventif chez les femmes ménopausées. Or, des études statistiques sur de nombreuses populations ont montré au contraire une augmentation du nombre d’infarctus chez les femmes qui reçoivent un traitement hormonal substitutif.

Dans l’état actuel des recherches, le rôle spécifique des hormones sur les maladies cardio-vasculaires chez les femmes avant et après la ménopause ne fait pas consensus. Néanmoins l’explication hormonale, qui conforte une vision stéréotypée des différences femmes/hommes, reste très répandue chez les médecins et les chercheurs.

Quand symptômes et diagnostics sont biaisés

Les normes sociales et les stéréotypes liés au genre féminin ou masculin jouent sur l’attitude des patient·e·s et du corps médical. Ainsi, l’infarctus du myocarde reste sous-diagnostiqué chez les femmes, car considéré comme une maladie « masculine », caractéristique des hommes d’âge moyen stressés au travail. Une patiente qui se plaint d’oppression dans la poitrine se verra prescrire des anxiolytiques, alors qu’un homme sera orienté vers un cardiologue.

D’après une étude internationale sur 27 000 patient·e·s, le symptôme le plus courant chez les hommes (94 %) et les femmes (92 %) concerne les douleurs au niveau du thorax. Elles peuvent aussi présenter des signes cliniques « atypiques ». Elles se plaignent plus fréquemment de grande fatigue, de nausée et de douleurs à la mâchoire. Ces types de symptômes, pourtant fortement corrélés aux maladies cardio-vasculaires, sont rarement pris en compte par les praticien·ne·s.

Une étude du Centre de santé de l’Université McGill à Montréal (Canada) a révélé que les femmes qui arrivent aux urgences pour une suspicion d’infarctus sont moins vite prises en charge et diagnostiquées que les hommes. L’enquête menée sur plus de mille patient·e·s dans des hôpitaux du Canada, des États-Unis et de Suisse indique qu’en moyenne les femmes sont 29 % à passer un électroencéphalogramme en moins de 10 minutes, contre 38 % des hommes.

Les maladies cardio-vasculaires étant perçues comme masculines, les femmes sont sous-représentées dans les essais cliniques et les recherches biomédicales. Les enquêtes menées au niveau international et en France montrent que sur l’ensemble des protocoles de recherche clinique, seulement 33,5 % des participants sont des femmes. Cette sous-représentation est particulièrement visible dans les recherches sur les facteurs de risques d’hypercholestérolémie, d’ischémie et de crises cardiaques.

Les os des hommes… même pas durs

L’exemple en miroir de l’infarctus du myocarde est celui de l’ostéoporose. En Europe et aux États-Unis, les hommes sont sous-diagnostiqués pour cette pathologie. Or un tiers des fractures de la hanche chez les hommes est liée à l’ostéoporose. Les femmes ont certes un risque plus élevé de fracture, mais l’évolution médicale de l’ostéoporose chez les hommes est plus grave : une fracture de faible intensité chez une femme multiplie par deux le risque d’en faire une autre, alors que chez l’homme, le risque de refaire une fracture est multiplié par trois.

L’ostéoporose a longtemps été considérée comme une maladie « des femmes » liée à la baisse des hormones à partir de la ménopause. Les traitements hormonaux de substitution n’ont pas donné les résultats escomptés (en particulier pour l’industrie pharmaceutique). Ils entraînent au contraire des effets secondaires délétères, avec un risque accru d’accidents cardiaques. Du coup les chercheur·e·s se sont intéressé·e·s à l’ostéoporose chez les hommes. Ce n’est qu’en 1997 que, dans les examens d’ostéodensitométrie, des normes de densité osseuse ont pu être définies spécifiquement pour les hommes. Auparavant, les normes en vigueur étaient celles établies chez des jeunes femmes blanches de 20-29 ans. Des efforts de formation des personnels de santé restent nécessaires.

L’ostéoporose n’est pas seulement liée à l’âge, elle dépend aussi des modes de vie, en particulier de l’exercice physique et de la nutrition. La minéralisation du squelette peut être défectueuse chez les jeunes filles qui font souvent moins de sport et de travaux physiques que les garçons. Les femmes chinoises qui travaillent tous les jours dans les champs ont des os plus robustes que les hommes qui échappent à ces travaux.

Quand on les pense douillettes

Les femmes souffrent plus fréquemment de douleurs chroniques : migraine, fibromyalgie, arthrite rhumatoïde, colon irritable. Ces différences n’existent pas chez les enfants et émergent à l’adolescence. Les recherches sur ces pathologies ont révélé l’implication de nombreux facteurs à la fois biologiques, psychologiques et sociaux. La perception, l’expression et la tolérance à la douleur diffèrent selon le sexe. Comparativement aux hommes, les femmes se plaignent davantage et décrivent des douleurs plus intenses et fréquentes. D’où vient cette différence face à la douleur ? La constitution biologique des femmes les rendrait-elle plus sensibles et vulnérables que les hommes ?

D’après une revue des recherches menées ces 10 dernières années sur les différences entre les sexes dans la sensibilité à la douleur, les résultats des expériences ne permettent pas de dégager de causes physiologiques qui fassent consensus. En particulier, l’hypothèse d’un rôle des oestrogènes dans la douleur n’est pas démontrée. Les mesures de la sensibilité douloureuse au cours du cycle menstruel ou lors de la prise de contraceptifs ou de traitement hormonal substitutif chez les femmes ménopausées donnent des résultats mitigés et contradictoires.

Des examens par IRM du cerveau n’ont pas non plus révélé de différences entre les sexes dans les circuits neuronaux qui traitent les informations douloureuses. Par contre, il existe un consensus scientifique sur le fait que ces différences sont en partie explicables par des facteurs culturels et sociaux.

Si ça fait mal, ça fait pas mâle…

Les représentations sociales liées au genre influencent le vécu et l’expression de la douleur. Les femmes, supposées vulnérables physiquement et psychologiquement, s’autorisent davantage à exprimer leurs émotions et leur douleur, à l’inverse des hommes censés être durs au mal et stoïques (« un garçon ne pleure pas »). L’intériorisation de ces stéréotypes se répercute sur le ressenti de la douleur de façon inconsciente. Par exemple chez des acteurs et actrices soumis à un test de douleur thermique, la tolérance à la douleur est meilleure après avoir joué un rôle de héros ou d’héroïne. À l’inverse, leur tolérance est moindre après un rôle d’âme sensible…

Le seuil de douleur est aussi influencé par le sexe de la personne qui mène l’expérience. Dans un test de douleur thermique, la tolérance est plus forte chez les hommes quand la personne en charge de l’expérience est une femme. Et si l’expérimentatrice est attractive sexuellement, le seuil de douleur est encore plus élevé ! Inversement, les femmes sont moins tolérantes si l’expérimentateur est un homme séduisant. Les vieux clichés de la femme fragile qui cherche la protection de l’homme et du mâle viril qui défie la douleur sont manifestement encore bien ancrés dans nos inconscients…

Quand les états d’âme sont genrés

Les normes de genre jouent un rôle important dans les troubles qui touchent à la vie psychique, comme la dépression. Le syndrome de dépression majeure touche deux fois plus les femmes que les hommes. On a longtemps pensé que la dépression des femmes était liée à leur constitution biologique qui les rendrait plus fragiles et plus vulnérables. Les recherches actuelles montrent que les troubles dépressifs résultent d’une intrication complexe entre des facteurs de tous ordres : biologique (gènes, hormones), psychologique, socio-culturel, hygiène de vie, etc.

Les codes sociaux féminins et masculins influencent l’expression des symptômes. Les signes classiques tels que tristesse, pleurs, anxiété, perte d’énergie, troubles du sommeil, fatigue, irritabilité, stress, sont fréquents chez les femmes. En revanche, les hommes présentent davantage d’autres types de symptômes : colère, agressivité, consommation d’alcool et de drogues, comportements à risque, hyperactivité. La faiblesse émotionnelle, signe de vulnérabilité, n’est pas socialement admise chez les hommes.

Pour eux, l’alternative est d’extérioriser leur souffrance psychique sous des formes qui satisfont aux critères de la virilité. Or beaucoup d’enquêtes sur la prévalence de la dépression ne considèrent que les symptômes classiques qui sont ceux exprimés majoritairement chez les femmes. En conséquence, la dépression est sous-diagnostiquée chez les hommes. Mais si les questionnaires des enquêtes incluent l’ensemble des symptômes exprimés par les femmes et les hommes, alors le pourcentage d’hommes présentant des troubles dépressifs est équivalent à celui des femmes, soit environ 30 %.

L’autisme sous-diagnostiqué chez les filles

L’autisme est un autre exemple de trouble influencé par les normes de genre. Les troubles autistiques sont en moyenne quatre fois plus fréquents chez les garçons que chez les filles. Les raisons de la différence de prévalence entre les sexes restent hypothétiques : origine génétique, trouble du développement du cerveau in utero, influences des hormones, de substances toxiques, environnement psychologique familial, etc.

Une théorie très médiatisée postule que le comportement autiste est l’expression d’un fonctionnement « extrême » du cerveau masculin sous l’effet de la testostérone pendant la vie fœtale. L’hormone aurait un effet masculinisant sur le cerveau des garçons, les rendant plus aptes à comprendre les systèmes complexes, les mathématiques, les sciences et des techniques. À l’inverse, chez les filles l’absence d’influence de la testostérone sur leur cerveau, les rendrait plus sociables, empathiques et attentives aux autres.

Dans cette logique, chez les autistes, le repli sur soi et les difficultés de communication, seraient l’expression d’un déficit des aptitudes cognitives à l’empathie, tandis que les capacités d’analyse des systèmes de type mathématiques serait exacerbée. On expliquerait ainsi la fréquence plus forte de l’autisme chez les garçons, et aussi des aptitudes de certains autistes pour les mathématiques. Mais les preuves expérimentales font cruellement défaut pour conforter cette théorie car le rôle de la testostérone n’est pas démontré. Les recherches se poursuivent…

Une piste pertinente pour expliquer la différence de prévalence entre les sexes dans l’autisme tient aux normes sociales liées au genre. Le retrait sur soi, le défaut d’interactions sociales sont considérés chez une petite fille comme de la réserve et de la timidité. Ces mêmes attitudes sont davantage interprétées comme un indice de trouble de communication chez les garçons, car en décalage avec les représentations sociales des comportements des garçons censées plus expansifs et dynamiques. En conséquence, l’autisme est sous-diagnostiqué chez les filles.

Dans une enquêté menée aux États-Unis sur un échantillon de 14 000 enfants présentant des troubles autistiques avérés, 18 % des filles avaient été détectées dès le plus jeune âge contre 37 % des garçons.

Éditions Belin

Nul ne conteste que les différences entre les sexes dans la santé soient le résultat d’une interaction complexe entre des facteurs biologiques, sociaux et culturel. Néanmoins, les normes sociales et les stéréotypées liées au genre font encore obstacle à la prise en charges efficace et équitable de pathologies graves telles que les maladies cardiovasculaires, l’ostéoporose ou la dépression.

The ConversationSensibiliser les soignants à la question du genre conduit à poser de meilleurs diagnostics et à prendre en charge les patients plus efficacement. Dans la recherche, la prise en compte de l’interaction entre sexe et genre permet de formuler de nouvelles hypothèses pour comprendre les pathologies et élaborer de meilleures stratégies de prévention et de traitement. L’information à donner aux patients est tout autant nécessaire pour la prévention des pathologies, pour le plus grand bénéfice de la santé des femmes et des hommes.

Catherine Vidal, Neurobiologiste, membre du Comité d’éthique de l’Inserm, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et Muriel Salle, Maîtresse de conférences en histoire, Université Claude Bernard Lyon 1

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Conversation avec Julia Csergo : « Assimiler le surpoids à l’obésité est violent »

File 20171219 5004 1g87hq6.jpg?ixlib=rb 1.1
Julia Csergo à Bordeaux en décembre 2017.
uqam.ca

François Simon, Université Bordeaux Montaigne

Après avoir étudié l’hygiénisme en France au XIXe siècle, Julia Csergo s’est intéressée à l’histoire de l’alimentation, où peu de recherches avaient été menées jusque-là. C’est dans une approche pluridisciplinaire qu’elle a dirigé l’ouvrage « Trop gros ? L’obésité et ses représentations », publié en 2009 (éditions Autrement). Rencontre dans le cadre des Tribunes de la presse, à Bordeaux en décembre 2017.


Qu’est-ce qui différencie l’obésité du surpoids ?

On fait à tort l’amalgame entre l’obésité et le surpoids. Les incidences ne sont pas du tout les mêmes : l’obésité comporte des risques sanitaires pour l’individu qui en souffre. Le surpoids relève, lui, plutôt de la normativité, d’un modèle corporel. Assimiler le surpoids à l’obésité est violent. C’est pourquoi j’ai décidé de réunir des auteurs pour porter un regard critique sur la façon dont était traitée la question et l’approcher par les représentations culturelles. L’idée était de dénoncer les discours stigmatisant. C’est un coup de gueule.

La façon dont les pouvoirs publics et les journalistes traitaient jusque-là le sujet était insupportable. On ne montre pas les minces en train de manger, mais les gros. On ne tolère plus le surpoids, qui déroge à la norme de la minceur, érigée en norme esthétique et morale. On accuse le surpoids d’entraîner les mêmes risques que l’obésité alors que ce n’est pas le cas. Le surpoids a toujours existé. Ses représentations dépendent des catégories sociales, des cultures. Ce qui était l’embonpoint, signe de bonne santé, est devenu aujourd’hui du surpoids, signe de risque pour la santé. Un modèle esthétique s’est imposé.

Quelle photographie pouvez-vous dresser du comportement actuel des Français par rapport à l’alimentation ?

La situation ne me semble pas dramatique. La France n’est pas le pays où il y le plus d’obésité, loin de là : c’est même le deuxième pays au monde le moins touché par l’obésité. C’est également celui où il y a le plus de sous-poids, notamment chez les jeunes femmes. Cependant, il est difficile de dégager une tendance uniforme par rapport au comportement alimentaire des Français. Selon les origines sociales et culturelles, les modèles alimentaires ne sont pas les mêmes. Les Français issus de la diversité ont des modèles culturels qui sont très différents. Au Maghreb et dans certains pays d’Afrique, la beauté des femmes passe par le poids. La norme esthétique est la femme ronde. Dans ces pays, cela témoigne d’un niveau de revenu plus élevé que celui des pauvres.

Dans la société française actuelle, c’est différent. Les études du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) définissent un modèle français d’alimentation avec entrée-plat-dessert, une recherche d’équilibre et de diversité, avec un souci de convivialité lié à la présence du vin. Ce modèle expliquerait le fait qu’en France, il y aurait moins d’obésité que dans d’autres pays. Mais la France est plurielle et multiculturelle, il n’y a pas qu’un seul modèle.

Dans l’appréhension de l’obésité, est-ce que la représentation sociale ne l’a pas emporté sur le problème de santé publique ?

Au 19e siècle, le bourgeois doit être gros. C’est le signe de sa réussite sociale : il a accès à l’abondance. Le gastronome devait avoir de l’embonpoint. On disait qu’avant de choisir de manger dans un restaurant, il fallait voir le cuisinier. Si il n’était pas gros, cela voulait dire que ce n’était pas un bon restaurant.

Le basculement s’opère au début du XXe siècle, avec la naissance de la première industrie agroalimentaire et des premières enseignes de grande distribution avec Félix Potin. L’industrialisation de l’alimentation va mettre sur le marché des denrées qui seront accessibles à des catégories sociales qui n’avaient pas accès jusque-là à l’abondance. Des études montrent alors que « les pauvres mangent trop ».

L’image du gros bon vivant disparaît pour laisser place à celle du gros pauvre qui ne sait pas résister, qui n’a pas de volonté, qui est d’une adiposité dégoûtante… C’est comme si le pauvre prenait subitement trop de place. Ainsi, en réaction, des modèles de minceur se mettent en place au sein des élites. C’est un peu ce qui disait Pierre Bourdieu : maintenant que l’embonpoint est accessible aux plus pauvres, les élites définissent de nouvelles normes. La question de la santé apparaît justement au moment où les pauvres se mettent à grossir.

C’est en partie grâce au mouvement naturiste du docteur Carton, qui expliquait que l’homme et son alimentation devaient être en harmonie avec la nature. L’idée d’un corps sain s’oppose à tout ce qui est aliment industriel. Pour moi, il y a quelque chose de dérangeant, de ce qui serait une sorte de sélection naturelle où il y aurait d’un côté le corps sain, sportif, bien nourri, et de l’autre, ces masses adipeuses qui sont incriminées pour toutes ces raisons.

Vous faites référence à la démarche de Pierre Bourdieu. La recherche scientifique est-elle compatible avec une forme d’engagement citoyen ?

Oui, je suis une universitaire qui n’hésite pas à revendiquer son engagement. Pour moi, la science n’est pas neutre. Le reconnaître, c’est ne pas prétendre à une objectivité, car ma pensée est colorée de ma sensibilité citoyenne et humaine. En revanche, le chercheur doit être transparent sur ses méthodes d’enquêtes, sur le respect absolu de ses sources. Il s’agit d’une éthique du chercheur.

Votre travail peut-il jouer un rôle préventif ?

Oui, il faut donner l’exemple. À l’école, il vaudrait mieux éduquer les enfants à l’équilibre alimentaire de manière ludique plutôt que de façon contraignante. Cela rejoint l’idée d’éduquer l’enfant pour éduquer la mère, comme on disait sous la IIIe République. Par exemple, on pourrait réintroduire les cours de cuisine. Quand on cuisine, on mange moins. De toute façon, pour y arriver, il faudra du temps, peut-être deux ou trois générations.


The ConversationPropos recueillis par Axel Bourcier et Victor Lengronne, étudiants en master professionnel à l’Institut de journalisme Bordeaux Montaigne/Université Bordeaux Montaigne.

François Simon, Maître de conférences hors classe en sciences de l’information et de la communication, Université Bordeaux Montaigne

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Certaines infections jouent un rôle protecteur vis-à-vis du cancer


File 20170721 18148 hqv2fr.jpg?ixlib=rb 1.1
Les infections que nous avons contractées durant l’enfance et à l’âge adulte peuvent, selon les cas, minorer ou majorer le risque de cancer.
Shutterstock

Camille Jacqueline, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Lorsque vous pensez au cancer, il est probable que vous soyez assaillis par un certain nombre d’images frappantes. Cela peut être les nouvelles photographies-chocs sur les paquets de cigarettes. Ou l’ablation des deux seins choisie par l’actrice américaine Angelina Jolie en raison de prédispositions génétiques à cette maladie. Ou encore la hausse des cancers de la thyroïde après les retombées radioactives de Tchernobyl. Pourtant, une part non négligeable des cancers, 20 %, est liée à un ennemi auquel on les associe moins spontanément : les infections.

Une infection résulte de l’installation d’un autre organisme (par exemple bactéries, champignons, vers intestinaux) dans notre corps et parfois même (dans le cas d’un virus) jusqu’à l’intérieur de nos cellules. De nombreux virus sont connus pour leur capacité à induire des cancers. Les plus familiers sont le papillomavirus humain responsable de cancers de l’utérus, ainsi que ceux de l’hépatite B et C, qui peuvent causer des tumeurs au foie. Mais de nouveaux travaux de recherche montrent que des infections peuvent, à l’inverse, jouer un rôle protecteur contre le cancer.

Le questionnement sur les liens possibles entre infections et cancer ne date pas d’aujourd’hui. En 1964, la découverte du premier virus « oncogène », c’est-à-dire ayant la capacité de rendre cancéreuse la cellule qu’il infecte, a bouleversé le domaine de la virologie. Il s’agit du virus d’Epstein-Barr. Discret, celui-ci peut cependant persister plusieurs années à l’intérieur de nos cellules immunitaires et aboutir – dans de rares cas – à un cancer.

Des vers intestinaux peuvent conduire à un cancer

Les virus, néanmoins, n’ont pas le monopole du cancer. Certaines bactéries et certains vers intestinaux ont également fait l’objet de recherches pour leur caractère oncogène. L’infection par les vers intestinaux s’accompagne généralement, en effet, d’un épisode inflammatoire pouvant endommager des cellules saines et les conduire, parfois, à une transformation cancéreuse.

Les infections représentent donc des facteurs cancérigènes d’importance bien plus considérable qu’on ne l’imagine. Mais ont-elles toutes cette influence négative, favorisant la maladie ? La réponse penche vers le « non ». Car d’autres infections sont, à l’inverse, capables de protéger les individus vis-à-vis du cancer.

Les chercheurs ont ainsi identifié des virus dits « oncolytiques », dont le mode de vie consiste à infecter une cellule cancéreuse et à s’y reproduire pour finir par la faire exploser. Certains virus présentent naturellement cette préférence pour les cellules cancéreuses, tels que le virus des oreillons ou celui de la maladie de Newcastle. Avec les récents progrès en ingénierie génétique, il est également possible de modifier génétiquement d’autres virus, comme les virus de la rougeole et de l’herpès, pour leur conférer artificiellement cette préférence.

William Coley en 1892.
Wikimedia Commons, CC BY

Par ailleurs, de nombreuses bactéries ont été étudiées pour leur potentiel thérapeutique. L’idée que celles-ci puissent stimuler la réponse immunitaire permettant de détruire les cellules cancéreuses a émergé dès le début du XXe siècle. Le chirurgien américain William Coley développa à cette époque une « toxine » composée de deux bactéries. Celle-ci permit d’augmenter spectaculairement le taux de survie chez la moitié des patients traités. Les travaux de Coley, longtemps oubliés, ont récemment inspiré de nombreuses recherches pour élaborer des thérapies basées sur l’utilisation de bactéries.

Un risque de cancer variable selon l’histoire personnelle

Au cours de notre vie, nous sommes exposés à un nombre incalculable d’agents infectieux au travers de notre alimentation, de l’air que nous inhalons et des contacts avec d’autres individus. L’ensemble de ces infections, plus ou moins courantes, de la grippe à la tuberculose, constitue ce qu’on appelle notre histoire personnelle d’infection. De nombreux exemples démontrent que celle-ci pourrait modifier le risque de développement d’un cancer, en le minorant ou en le majorant.

Ainsi, l’infection par les oreillons dans la petite enfance protégerait contre le cancer des ovaires à l’âge adulte. Les infections respiratoires, comme la pneumonie, augmenteraient à l’inverse le risque de développer certaines leucémies.

Les vaccins, qui n’ont d’autre rôle que de mimer les infections, ne sont sans doute pas neutres non plus vis-à-vis du risque de cancer. Pour ne citer qu’un exemple, le BCG, le vaccin contre la tuberculose, est reconnu pour la protection qu’il confère contre le mélanome.

À l’image des infections, les vaccins ne sont sans doute pas neutres vis-à-vis du risque de cancer.
Shutterstock

La mémoire des infections passées

Comment expliquer l’influence de l’histoire personnelle d’infection dans les processus cancéreux ? Le système immunitaire semble jouer un rôle clé. Il est maintenant admis que les infections sont primordiales pour la maturation de notre immunité, notamment par l’acquisition d’une mémoire immunitaire. Or, les agents infectieux et les cellules cancéreuses comportent parfois des molécules semblables : la mémoire acquise en réponse aux premiers peut ainsi s’avérer efficace pour éliminer les secondes.

À l’inverse, certaines infections, dites immunosuppressives, réduisent l’efficacité du système immunitaire et donc sa capacité à contrôler l’apparition et la croissance des tumeurs. C’est le cas notamment du sida, qui augmente le risque cancéreux chez les personnes infectées. De manière moins soupçonnée, des virus communs, comme la grippe, pourraient aussi produire de courtes périodes d’immunosuppression – mais l’influence que ces épisodes pourraient avoir sur le développement cancéreux est encore à l’étude.

Enfin, des processus clés pour l’élimination des infections peuvent également avoir des effets secondaires sur la croissance de la tumeur. L’inflammation en est un bon exemple : cette première ligne de défense contre les infections s’accompagne d’une production de molécules favorisant la survie et la prolifération des cellules, y compris – malheureusement – celles qui sont cancéreuses.

L’espoir d’un vaccin contre le cancer

L’approfondissement de nos connaissances sur le rôle de l’histoire personnelle d’infection dans le risque cancéreux ouvre de nouvelles opportunités de traitement et de prévention. Il est permis d’imaginer l’élaboration de traitements basés sur l’utilisation d’agents infectieux atténués ou de molécules mimant leurs effets. Serait-il alors possible de créer un vaccin contre le cancer ? C’est l’espoir de plus d’un chercheur. De manière plus pragmatique, la prise en compte de l’histoire personnelle d’infection comme facteur de risque pourrait permettre l’élaboration de nouveaux programmes de dépistage précoce des cancers.

The ConversationAu-delà de la prévention, il existe aussi une perspective d’application dans le cadre des thérapies. La dernière décennie a connu l’essor de l’immunothérapie, qui vise à stimuler le système immunitaire pour qu’il vienne lui-même à bout des cellules cancéreuses. Si l’on considère que l’efficacité du système immunitaire dépend des infections rencontrées au cours de la vie, le succès de l’immunothérapie pourrait également être affecté par l’histoire personnelle d’infection du patient. Ainsi, une nouvelle vision de la santé s’impose, où le monde des infections et celui du cancer sont intimement connectés, bien plus que ce qui avait été supposé jusqu’alors.

Camille Jacqueline, Doctorante en immuno-écologie, Institut de recherche pour le développement (IRD)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.