Message personnel à nos amis de FakeMed

Le collectif FakeMed a écrit un article dans l’Express le 12/08. Après s’être vanté d’avoir obtenu le déremboursement de l’homéopathie le collectif demande que cesse la complaisance de certaines mutuelles envers les thérapies alternatives. Je partage avec vous cette réponse qu’ils m’ont inspirée.

Chers amis de FakeMed, ne perdez pas votre temps et votre énergie à aller contre l’histoire et contre les aspirations profondes d’une société qui souhaite – dans tous les domaines et pas seulement celui de la santé – changer de paradigme.

Le mouvement est lancé, il est profond et vous ne l’arrêterez pas !

Nous voulons nous reconnecter à des valeurs plus humaines, plus « holistiques », qui respectent l’homme et son environnement. Nous sommes tous conscients que la rationalité est nécessaire, mais qu’elle devient limitante et peu épanouissante lorsqu’elle est excessive et bornée.

Vous préconisez une approche scientifique de la santé en justifiant vos actions par l’affirmation: « l’efficacité des médecines alternatives n’est pas prouvée ».

Alors il peut être utile de vous rappeler qu’à l’heure où j’écris ces mots des milliers de scientifiques de renom dans différentes disciplines et partout dans le monde dépensent des milliards (les milliards de vos impôts également 😉 ) pour tenter de mieux comprendre ou de « prouver » des phénomènes qui ont simplement été « supposés » ou dont nous avons simplement constaté les effets.

Pourquoi dès lors refuser aux médecines naturelles ce qui est plébiscité chez les physiciens fondamentaux, les astrophysiciens, les biologistes etc. ?

Car oui les effets bénéfiques des thérapies alternatives sont constatés chaque jour dans les cabinets de milliers de professionnels.

Vous préférez remettre en question la santé mentale, l’intelligence ou l’intégrité de milliers de thérapeutes et de millions de patients plutôt que de vous ouvrir avec curiosité à ces nouvelles disciplines pour mieux les comprendre et qu’elles vous aident à remplir plus efficacement votre mission: soigner vos patients !

Pourquoi selon vous les états et les citoyens acceptent de financer des recherches qui très souvent n’aboutissent pas à leur objectif initial ? Tout simplement parce qu’ils savent que ces recherches peuvent déboucher sur des découvertes non prévisibles et bénéfiques pour tous.

En vous ouvrant avec curiosité à nos pratiques, vous pourriez alors découvrir que la frontière entre les thérapies alternatives et la médecine allopathique n’est absolument pas étanche et que l’une et l’autre peuvent se nourrir mutuellement et évoluer ensemble.

Que dites-vous mes amis de FakeMed des interventions chirurgicales qui se font sous hypnose sans anesthésie générale ?

Que dites-vous de l’usage par la psychiatrie de la méditation et de thérapies comme l’ACT qui revendiquent leur filiation avec des pratiques de relaxation ancestrales et non « scientifiques » ?

Que faites-vous enfin de ces sourires de patients soulagés d’avoir retrouvé la santé en quelques séances de thérapie alternative alors qu’ils écumaient depuis des années les salles d’attentes de spécialistes dont les prescriptions étaient sans effet ?

Je suis conscient que ce ne sont pas des « preuves » que votre conditionnement académique ou culturel vous permettent d’accueillir pour le moment. Mais ce sont des constats factuels d’un effet bénéfique qu’il est absurde de nier et qui doit nous inciter à plus de curiosité.

Mais tout thérapeute sait que la peur n’incite pas à la curiosité et qu’elle pousse plutôt à l’enfermement et à l’agressivité …

Je suis convaincu que cette « concurrence » grandissante des thérapies alternatives sera bénéfique pour ce qui compte le plus: nos patients et leur santé ! Et je fais le pari qu’elle incitera aussi les médecins à améliorer leur « relation thérapeutique » avec les patients et à s’ouvrir à de nouveaux horizons comme nous le constatons déjà chez les jeunes praticiens.

Alors mes amis de FakeMed je comprends parfaitement que vous puissiez vous sentir menacés dans votre pré carré et vos certitudes.

Car le monde de la santé est en train d’être « disrupté ». Le mouvement qui est en cours est le même que celui que connaît l’industrie manufacturière ou alimentaire. Il trouve son origine dans les aspirations de la société à des pratiques potentiellement moins « productives » mais plus respectueuses de l’homme et de son environnement.

Je compatis et je comprends votre inquiétude car la menace pour vos pratiques arrive de plusieurs côtés:

– Les médecines naturelles qui s’imposent progressivement dans la société comme une alternative ou un complément efficace.

– La technologique à travers les objets connectés, le big data et l’IA qui permettent déjà et permettront de plus en plus un diagnostic, un suivi et une prise en charge plus efficaces selon vos références que les meilleurs experts

Mais je vais vous révéler un petit secret : nous autres thérapeutes alternatifs sommes très sereins.

Car ce qui est beau avec les médecines alternatives, c’est qu’elles ne sont pas menacées par ce progrès technologique. En effet elles ne se réduisent jamais à des chiffres, à de la productivité et de l’efficacité quantifiables et mesurables.

Elles s’intéressent plutôt et toujours à l’essentiel : le respect de l’individu dans sa globalité dans une démarche ouverte et sincère de contribuer humblement à l’amélioration de sa santé et de son bien-être.

Un processus qui passe par la relation profondément humaine entre le thérapeute et le patient. L’essentiel est là et sera toujours là quels que soient les progrès scientifiques.

Enfin je partage avec vous une petite citation qui m’a toujours inspirée : « Dans la vie nous n’avons finalement toujours que 2 choix : la Peur ou l’Amour ».

Je vous souhaite de choisir l’Amour plutôt que la Peur.

Julien.

Vous pouvez à tout moment :
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Vous trouverez des articles de contenu 100% dédiés thérapeutes, des invitations pour des ateliers gratuits, etc.

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J’y poste (quand j’ai le temps) des vidéos sur des sujets très concrets en rapport avec votre activité de thérapeute. Vous y trouverez aussi par exemple les enregistrements de mes ateliers LIVE etc.

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Les cosmétiques biologiques, est-ce vraiment mieux pour la santé ?

Les cosmétiques biologiques, est-ce vraiment mieux pour la santé ?

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Benjah-bmm27/Wikimedia

Céline Couteau, Université de Nantes et Laurence Coiffard, Université de Nantes

Pendant longtemps, l’homme a utilisé ce qu’il avait à sa disposition pour réaliser des cosmétiques, plus ou moins efficaces, plus ou moins dangereux. Les différents sels de plomb utilisés pour blanchir la peau ou bien maquiller les pommettes ou les yeux de l’Antiquité jusqu’au début de l’ère industrielle en sont un exemple emblématique. Les ingrédients puisés dans la nature, contrairement à ce que l’on voudrait bien nous faire croire, ne sont pas tous bons pour la santé ! A contrario, les ingrédients de synthèse ne sont pas non plus tous aussi épouvantables pour la santé humaine qu’un certain marketing le laisse supposer !

Les produits biologiques, un concept qui évolue

Des années 1950 aux années 1970, parler de produits biologiques revient à évoquer des ingrédients d’origine humaine (placenta, liquide amniotique) ou animale (sérum, hormones…). On est bien loin de l’agriculture biologique mise à l’honneur dans les cosmétiques bio (bio pour biologique) de nos jours. La crème régénératrice Amnioderm du Dr Payot est un bon exemple. Formulée à base de liquide amniotique, « produit biologique naturel sélectionné et prélevé de manière aseptique selon une technique spéciale », aux dires de la marque, cette crème est présentée dans les années 1970 comme le produit « parfait ».

En 1995, une autre marque, Dr Pierre Ricaud, nous vante son Stimulateur biologique, un cosmétique renfermant trois acides de fruits « qui préparent le terrain aux autres soins ». Les années 2000 voient se multiplier les sociétés misant sur le côté naturel des produits formulés. Il faut dire que les ingrédients de synthèse sont assez malmenés : conservateurs antimicrobiens, filtres UV, autant de matières premières présentées comme de « dangereux perturbateurs endocriniens ». De nouvelles mentions apparaissent sur les emballages cosmétiques.

Désormais, le label « bio » ou « eco » peut être apposé sur les emballages à condition que le cosmétique renferme un pourcentage suffisant d’ingrédients naturels issus de l’agriculture biologique. Ce label est décerné par des associations type Cosmebio ; celle-ci date de 2002. Un organisme certificateur comme Ecocert entérine la véracité de l’assertion, vérifiant que le cahier des charges est bien respecté. Un certain nombre d’ingrédients sont ainsi mis à l’index.

Du produit naturel au produit biologique

De nombreux créateurs de laboratoires cosmétiques ont été inspirés par la nature et sont les précurseurs de nos sociétés de cosmétiques biologiques actuelles. Quelques dates-clés sont à retenir. En 1921, l’association de 3 personnalités, un chimiste, Oskar Schmiedel, un médecin, Ita Wegman et un philosophe, Rudolph Steiner, aboutit à la création de la société Weleda. En 1962, Rudolf Hauschka étend son activité au domaine cosmétique après avoir créé tout d’abord une société pharmaceutique spécialisée en phytothérapie (Wala) en 1935. 1972, la société Phyt’s naît de la rencontre de Jean-Paul Llopart, naturopathe et de Rosanne Verlé, esthéticienne. En 1992, Gérard Wolf réalise des élixirs floraux selon la théorie du Dr Bach et les incorpore dans « ses cosmétiques » sous la marque « Les fleurs de Bach ». Et en 1993, Charles Kloboukoff propose « une alternative naturelle aux produits agrochimiques de santé, d’alimentation, de beauté, d’hygiène » avec sa société Lea Nature.

L’image du naturel est un bon argument commercial.
saponifier/Pixabay

De nombreuses marques verront ainsi le jour : Floressance, Les premiers soins bio, So’Bio’Etic, Lift Argan, Natessance… En 2002, Caroline Wachsmuth, ex-mannequin, ex-journaliste et adepte de l’aromathérapie lance la marque « Doux me », première marque certifiée bio par Ecocert. À partir de cette date, les sociétés spécialisées dans le biologique se multiplient, chaque créateur d’entreprise apportant sa touche personnelle. On pourra noter que tous ces laboratoires développent un lien fort ou un attrait particulier pour le domaine médical. Certains sont médecins, d’autres pharmaciens, d’autres encore adeptes de telle ou telle branche de la pharmacie (phytothérapie, aromathérapie, homéopathie…).

Le produit biologique, un produit « sans… sans… »

Le cosmétique biologique se définit en premier lieu par l’absence de certains ingrédients pointés du doigt avec insistance. Sont ainsi mis au pilori les dérivés du pétrole. Paraffine et vaseline sont exclues péremptoirement des formules. C’est grand dommage ! Rappelons, pour mémoire, que c’est Karl Ludwig von Reichenbach (1788-1869), un chimiste allemand, qui découvre, au début du XIXe siècle, la paraffine, obtenue par distillation de produits organiques (goudron de hêtre, de charbon). Il choisit ce nom, composé à partir du latin pour qualifier l’inertie chimique de l’ingrédient découvert. Ce caractère est commun à tous les ingrédients de cette famille et présente un intérêt non négligeable en formulation.

Inertes, qui ne rancissent pas, non susceptibles de pénétrer au travers de la peau, ces ingrédients présentent de nombreux avantages. Dénuées de toute toxicité, ces matières premières forment un film à la surface de la peau, permettant ainsi de lutter contre le phénomène de déshydratation. Ces dérivés pétrochimiques très appréciés – à juste titre – de l’industrie pharmaceutique (on en retrouve dans la célèbre crème Biafine et dans de nombreuses préparations topiques) et de l’industrie des cosmétiques conventionnels (la crème Nivea en est le meilleur exemple) sont présentés comme des ingrédients indésirables.

Les parabènes (conservateurs injustement accusés d’être cancérigènes), les filtres UV (actifs nécessaires pour la réalisation de produits de protection solaire à hauts indices, présentés comme des perturbateurs endocriniens), les PEG (des molécules utilisées pour éviter la dessiccation du cosmétique), la plupart des tensioactifs (molécules indispensables pour la réalisation des émulsions), l’EDTA (un séquestrant entrant entre autres dans la composition des produits d’hygiène afin d’éviter le dépôt de calcaire sur la peau ou les cheveux)… autant d’ingrédients accusés à tort d’être dangereux pour la santé.

L’accent est mis sur l’aspect naturel des ingrédients incorporés. Il faut, toutefois, faire attention à ne pas faire l’amalgame entre produit naturel et totale innocuité. Des concentrations importantes en métaux lourds retrouvées dans une argile (ô combien naturelle !) sont la preuve que la nature n’est pas toujours aussi douce qu’on veut bien nous le faire croire.

Le naturel est présenté comme un argument de vente, c’est pourquoi l’on vous précisera que la glycérine utilisée est végétale. La glycérine est de la glycérine, quel que soit son mode d’obtention ! Précisons que la glycérine retrouvée dans les cosmétiques conventionnels est également d’origine végétale et que cette glycérine est un sous-produit de la savonnerie.

La glycérine, un ingrédient de base du savon.
Chrysti/Flickr, CC BY-NC

Pour ceux que le terme « réaction chimique » affole, il est bon de relativiser les choses. La glycérine végétale est le fruit d’une réaction chimique, la réaction de saponification réalisée en traitant des corps gras (huiles végétales ou suif) par une base forte (soude ou potasse). En ce qui concerne l’alcool, largement utilisé comme conservateur et solvant dans les cosmétiques biologiques, sa présence est, à notre sens, une aberration. L’astérisque précisant qu’il provient de « culture biologique » ne constitue en rien un argument. Cet ingrédient cytotoxique et exhausteur de pénétration devrait être utilisé avec parcimonie par l’industrie cosmétique.

Attention aux huiles essentielles

Enfin, nous souhaitons mettre en lumière le cas de l’utilisation des huiles essentielles. Celles-ci sont les ingrédients phares d’un grand nombre de cosmétiques biologiques. Il convient de les regarder avec circonspection. En effet, ces huiles essentielles sont bien souvent source d’allergènes (le fait de préciser sur les emballages cosmétiques que les allergènes cités dans la liste des ingrédients sont « naturellement présents dans les huiles essentielles » ne diminue en rien leur caractère allergisant). Certaines huiles essentielles sont, par ailleurs, contre-indiquées chez la femme enceinte (tératogénicité, caractère abortif) ou l’enfant (effet pouvant provoquer des convulsions). Certaines sont photo-sensibilisantes, d’autres incompatibles avec certains traitements médicamenteux (c’est le cas de l’huile essentielle de gaulthérie, très à la mode actuellement). Ces huiles essentielles, loin d’être simples à manipuler, ne conviennent pas à tous les produits, ni à tous les publics. Il convient donc d’être prudent quant à leur utilisation comme ingrédient cosmétique.

Aucun cosmétique n’est testé sur l’animal

L’apposition sur les emballages des cosmétiques biologiques d’un logo particulier, type « leaping bunny » et/ou de l’expression « non testé sur animaux » laisse à penser que ceci constitue une spécificité caractéristique de ce type de produit. Il convient de rétablir la vérité en rappelant que les tests sur animaux sont interdits depuis 1998 ! Aucun cosmétique (qu’il soit conventionnel ou biologique) n’ayant plus recours à ce type de tests, il n’est pas éthique de se servir de ce levier pour capter l’attention de consommateurs trop crédules.

Pour conclure, il apparaît que l’argumentaire marketing des cosmétiques biologiques présente des failles qu’il serait bon de combler. L’abandon de termes discriminatoires vis-à-vis d’ingrédients autorisés par la réglementation européenne traduisant le retour à une « positive attitude » serait la bienvenue. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le cosmétique biologique n’est pas meilleur pour la santé qu’un cosmétique conventionnel. Il est donc nécessaire de détailler les listes d’ingrédients utilisés sans se prendre dans les fils tendus par des services marketing performants !The Conversation

Céline Couteau, Maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie, Université de Nantes et Laurence Coiffard, Professeur en galénique et cosmétologie, Université de Nantes

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !)

Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !)

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La sérotonine contribue à la régulation des émotions, ce qui lui vaut d’être parfois qualifiée un peu rapidement par certains d’« hormone du bonheur »,
Kinga Cichewicz/Unsplash

Antoine Pelissolo, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

« Docteur, je dois manquer de sérotonine ! »

J’ai entendu cette phrase des dizaines de fois au cours de mes consultations de psychiatre, et la sortie du dernier livre de Michel Houellebecq, intitulé « Sérotonine » risque fort d’amplifier le phénomène. Le narrateur y dompte en effet son mal de vivre à grands coups de « Captorix », un antidépresseur imaginaire qui stimule la sécrétion de… sérotonine, évidemment.

Suffirait-il donc d’ingérer la bonne dose de ce neurotransmetteur, parfois aussi appelé « hormone du bonheur », pour être heureux et reléguer mal-être ou dépression au rayon des mauvais souvenirs ? Les choses ne sont pas si simples.

Les limites des analogies

Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »).




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Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment.

Et souvent, nous finissons par sortir l’argument-massue : l’analogie avec d’autres maladies mieux connues, aux traitements mieux acceptés. « Quand on est diabétique, on prend de l’insuline puisqu’on en manque, et tout le monde trouve ça normal ». Sous-entendu : si vous êtes déprimé ou anxieux, c’est que vous manquez de sérotonine, donc il suffit d’en prendre un peu pour aller mieux.

La dépression serait juste liée à un problème de quantité de cette hormone du bien-être, rien à voir donc avec une quelconque fragilité psychologique, passez au garage pour remettre à niveau et circulez ! C’est un professeur de médecine qui vous le dit. « Finalement, ce qui compte, c’est que le patient le prenne, ce fichu antidépresseur. Quand il sera guéri de sa dépression, il sera content et peu importe que mes arguments soient simplistes voire abusifs ! ».

À cet instant, mon surmoi de psychiatre biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) sort le carton jaune anti- #FakeMed. Et menace d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique qui a appris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience.

En éthique médicale, on appelle ce déchirement intérieur un « conflit de valeur », lequel peut vite déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique. Car, s’il fallait être vraiment honnête (et, rassurez-vous, je le suis le plus souvent…), nous dirions avant tout à nos patients que le mécanisme d’action de nos médicaments reste aujourd’hui très mystérieux, que les causes réelles de la dépression sont encore largement inconnues, en tout cas très multiples et complexes, et que la sérotonine n’est sûrement pas l’hormone du bonheur.

Mais quand on sait qu’au moins la moitié de l’effet d’un traitement vient du pouvoir de conviction du médecin qui vous le prescrit, ce qui concourt grandement à l’effet placebo, ce type de déclaration d’ignorance risque de ne pas être très productif…

Et la sérotonine dans tout ça ?

En l’état actuel de la science, voici ce que l’on peut affirmer avec certitude sur la sérotonine :

1. Il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique.

Les officines qui le prétendent, et facturent très cher des dosages complètement inutiles, se livrent à de réelles pratiques frauduleuses. La grande majorité de cette substance se trouve dans le tube digestif et le sang, sans aucune influence sur les neurones. Si on voulait vraiment connaître le « niveau » de votre sérotonine cérébrale, il faudrait en doser certains dérivés dans le liquide céphalo-rachidien, c’est-à-dire vous faire une ponction lombaire… Par ailleurs, ce taux ne renseigne quasiment en rien sur l’activité réelle de la sérotonine dans vos neurones, ce qui nous amène au point suivant.

2. L’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau.

La sérotonine peut produire des effets quasiment inverses selon la zone cérébrale où elle se trouve, car elle module l’activité de multiples systèmes et pour cela se fixe sur des récepteurs très nombreux (il en existe au moins 13 identifiés à ce jour) et très différents dans leurs réactivités et leurs rôles). Surtout, la sérotonine est produite en permanence par des neurones spécialisés. C’est plus sa vitesse de production et de recyclage qui compte que sa quantité totale à un temps T.

3. Les effets de la sérotonine dépendent de nombreux paramètres.

À ce premier niveau de complexité se superpose un second, car les effets de la sérotonine dépendent aussi de l’état d’une multitude d’autres systèmes, et notamment de l’état des autres neurotransmetteurs, en particulier la dopamine, qu’elle vient en général freiner. Un taux de sérotonine à un moment donné ne veut rien dire si on ne connaît pas cet état général, lequel se modifie en permanence, générant une complexité d’interactions infinies.

4. La sérotonine ne régule pas uniquement les émotions.

L’effet de la sérotonine sur les émotions est indiscutable. Il s’explique par la présence de ses récepteurs dans des structures clés comme le système limbique (le cerveau émotionnel) et l’amygdale en particulier, des structures cérébrales très impliquées dans les réactions de peur et d’anxiété notamment. La sérotonine a aussi de très nombreux autres effets : sur la régulation de la température, du sommeil, de la sexualité, de l’alimentation, etc. Agir sur cette molécule peut donc modifier un grand nombre de fonctions de l’organisme, pour le meilleur (dans la dépression, plusieurs de ces systèmes sont effectivement altérés) mais aussi pour le pire (effets secondaires).

5. La sérotonine intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

Bien que souvent indirects (car provenant de travaux menés chez l’animal ou d’études très partielles chez l’être humain), de nombreux indices confirment aujourd’hui l’implication des systèmes sérotoninergiques dans les dépressions ainsi que dans beaucoup d’autres troubles psychiques, comme les troubles anxieux ou certains troubles de la personnalité. Plusieurs gènes contrôlant le recyclage de la sérotonine semblent conférer une vulnérabilité à différents troubles émotionnels ou comportementaux. Cet impact est toutefois faible et difficile à interpréter. Mais, surtout, les effets thérapeutiques des antidépresseurs favorisant l’action de la sérotonine, connus depuis plus de 50 ans, plaident fortement en faveur de l’implication de cette molécule dans les mécanismes de la dépression et de l’anxiété.

Il faut toutefois se souvenir que les systèmes neurobiologiques mis en cause sont complexes : les effets de la sérotonine entrent forcément en interaction avec les multiples autres facteurs en cause dans la souffrance psychique (personnalité, événements de vie, stress quotidien, représentation de soi et du monde, etc.).

Au-delà de ces faits avérés, des hypothèses, crédibles mais encore théoriques à ce jour, peuvent expliquer les effets des antidépresseurs.

Restaurer les capacités d’auto-réparation

L’un des rôles principaux de la sérotonine est de stabiliser et de protéger l’organisme contre le désordre intérieur et les comportements à risque. De manière imagée, elle favorise le calme et la stabilité, pour contrebalancer les effets d’autres systèmes qui visent à se défendre contre les dangers extérieurs (réactions de peur et pulsions impulsives ou agressives) et à se motiver pour agir pour notre survie (système de la dopamine qui favorise l’action coûte que coûte…).

La sérotonine atténue les émotions défensives les plus douloureuses que sont notamment la peur et la tristesse. Sans toutefois les faire disparaître complètement, ces réglages étant toujours subtils et autorégulés en permanence.

En phase dépressive ou en cas d’anxiété pathologique comme dans le trouble panique ou les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), l’organisme est en mode d’hypersensibilité émotionnelle et de détection des problèmes, de manière exagérée et surtout constante car échappant aux régulations normales. Ceci peut entraîner une cascade de réactions inappropriées, comme le repli sur soi, des pensées négatives, le dérèglement des systèmes du sommeil ou de l’appétit, etc.




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La plupart des antidépresseurs renforcent les effets de la sérotonine, en stabilisant sa production, et surtout en limitant sa destruction (il serait inutile d’administrer directement de la sérotonine, qui n’accéderait pas au cerveau). En renforçant les effets naturels de ce neurotransmetteur apaisant, on rétablit probablement la balance des émotions et des modes de pensée vers une polarité moins négative, ce qui réduit la douleur morale et ses effets secondaires. L’organisme et l’esprit retrouvent ainsi sans doute plus de sérénité et de clairvoyance, restaurant les capacités d’auto-réparation qui existent chez les êtres humains.

Ce renforcement n’est pas immédiat : il prend au moins quinze jours, car de nombreuses réactions et contre-réactions d’adaptation des récepteurs se mettent en place au début du traitement. Cela peut expliquer que les antidépresseurs n’améliorent pas immédiatement les symptômes, et que certains effets secondaires présents dans les premiers jours d’un traitement disparaissent ensuite.

La sérotonine, une ressource pour retrouver l’équilibre intérieur

Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère.

Il ne consiste toutefois pas à « rendre heureux » par un dopage artificiel, mais seulement à réduire le déséquilibre émotionnel anormal lié à la pathologie. Un antidépresseur bien prescrit ne rend pas euphorique, et n’a aucun intérêt chez une personne non déprimée. Il rétablit juste un équilibre naturel, et redonne ainsi au patient plus de liberté de penser et d’agir sereinement selon sa propre volonté.

La sérotonine est l’une des ressources mobilisables pour retrouver cet équilibre intérieur. Ce n’est pas l’hormone du bonheur, et c’est très bien comme cela !


Pour aller plus loin : Antoine Pelissolo (2017), « Vous êtes votre meilleur psy ! », Flammarion.The Conversation

Antoine Pelissolo, Professeur de psychiatrie, Inserm, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Malades chroniques : l’activité physique et la psychothérapie, aussi efficaces pour préserver sa santé mentale

Malades chroniques : l’activité physique et la psychothérapie, aussi efficaces pour préserver sa santé mentale

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La prescription d’activité physique peut améliorer la santé mentale des personnes touchées par des maladies chroniques, par exemple le cancer.
Shutterstock

Bernard Paquito, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Les personnes touchées par une maladie chronique, comme un diabète, une bronchopneumopathie chronique obstructive, une lombalgie ou un cancer, doivent affronter un quotidien parfois difficile. Celui-ci peut être source d’anxiété, ou entraîner une dépression.

Pour les aider à préserver leur santé mentale, différentes alternatives aux médicaments leur sont couramment proposées. Parmi celles-ci, des psychothérapies comme la thérapie cognitive et comportementale, ou encore du sport, dans une version adaptée à leur pathologie, qu’on qualifie « d’intervention d’activité physique ».

Notre équipe du département des sciences de l’activité physique, à l’Université du Québec à Montréal, en association avec l’université de Montpellier et l’université de Lyon, a décidé de vérifier si la combinaison des deux se soldait par une plus grande efficacité. L’analyse des articles scientifiques disponibles sur la question nous a permis de publier en mai une méta-analyse dans la revue Health Psychology. La conclusion est négative, incitant les patients à se tourner, au choix, vers la thérapie ou vers l’activité physique.

La maladie chronique, source possible d’anxiété

Les personnes touchées par une maladie chronique peuvent ressentir des symptômes au quotidien. Vivre avec une maladie chronique, même si elle est bien traitée, peut entraîner des contraintes importantes et les complications ne peuvent pas toujours être évitées. Ces circonstances peuvent susciter de l’anxiété plus fréquemment ou plus intensément que chez d’autres personnes.

Parmi ces pathologies, certaines font naître des sensations de fatigue ou de douleurs accrues qui ont tendance à se répéter ou se prolonger – par exemple la lombalgie chronique. Elles peuvent aussi entraîner le déclin de la mobilité, de l’autonomie ou rendre un appareillage obligatoire. Ces difficultés peuvent être associées à des troubles dépressifs.

Pour les personnes malades chroniques comme pour tout un chacun, il n’y a pas de bonne santé sans une bonne santé mentale.

Des traitements non pharmacologiques

Il existe des traitements non pharmacologiques pour agir sur les symptômes affectant la santé mentale, comme les troubles anxio-dépressifs, les douleurs ou la fatigue. Deux types d’interventions en particulier ont fait l’objet d’un nombre élevé d’études cliniques : les thérapies cognitives et comportementales (TCC) et les interventions d’activité physique (AP).

Les thérapies cognitives et comportementales sont une famille de psychothérapie centrée sur la modification des pensées, des émotions et des comportements problématiques. Elle est généralement qualifiée comme étant active (c’est-à-dire demandant l’implication du patient), directive (le thérapeute propose différents exercices au patient), structurée (avec des étapes à franchir pour obtenir le résultat souhaité).

L’intervention d’activité physique, elle, consiste en des séances de marche, de danse ou encore d’entraînement sur un vélo fixe avec des critères précis d’exécution (concernant par exemple l’intensité de l’effort) et une adaptation aux besoins de la personne. Elle peut être supervisée par un professionnel qui encadre des sessions régulières durant plusieurs semaines. Mais elle peut aussi être conseillée par le thérapeute afin que la personne incorpore elle-même plus de moments actifs dans son quotidien. Ces deux approches peuvent même être utilisées conjointement.

Plusieurs méta-analyses, incluant des essais randomisés contrôlés offrant le plus haut niveau de preuve, ont exploré les effets respectifs de la TCC et de l’AP sur la santé mentale. Mais aucune n’a porté sur la combinaison des deux. Or des dispositifs proposant un suivi psychologique et de l’AP sont déjà proposés aux malades chroniques dans les hôpitaux de jour, les centres spécialisés ou les réseaux de santé. C’est pourquoi notre équipe a décidé de mener à bien ce travail.

Quels effets sur l’anxiété, la dépression, la fatigue et la douleur ?

Nous avons souhaité répondre à deux questions. D’abord, une intervention de TCC combinée à de l’AP entraîne-t-elle une diminution du niveau d’anxiété et de dépression, de fatigue et de douleur chez des adultes avec une maladie chronique ? Ensuite, les personnes malades chroniques retirent-elles plus de bénéfices à mener de front une TCC couplée à l’AP, ou bien une des deux interventions uniquement ?

Trente essais randomisés contrôlés portant sur la combinaison d’une TCC et d’une AP ont été identifiés, avec des participant·e·s majoritairement affecté·e·s par un syndrome de fatigue chronique, une lombalgie chronique, un cancer ou une bronchopneumopathie chronique obstructive.

L’analyse fine des interventions de TCC a suggéré une grande diversité dans les intervenants, qui pouvaient être une infirmière, un psychologue ou encore un travailleur social. Les modalités d’intervention étaient également variables : en groupe, en individuel, par téléphone.

Une importante diversité dans les programmes d’activité physique était aussi relevée. Ainsi, plus de la moitié des interventions incluaient de l’AP supervisée par un professionnel, par exemple un enseignant en activité physique adapté. Le type d’AP proposé incluait des efforts physiques liés à l’endurance cardio-vasculaire et/ou des exercices qui visent le gain de force musculaire.

Un bénéfice pour la santé mentale des malades chroniques

L’analyse statistique nous a permis de constater qu’une amélioration de la dépression, de l’anxiété, de la douleur et fatigue était bien présente en fin d’intervention, avec des tailles d’effet modérées à élevées. Autrement dit, oui la combinaison TCC et AP entraîne un bénéfice pour la santé mentale des malades chroniques.

En revanche, la comparaison des interventions couplant TCC et AP face à la TCC seule ou à l’AP seule ne montrait pas de différence notable dans les effets. On peut donc penser qu’il n’y a pas de bénéfice supplémentaire à mener de front une TCC et une intervention d’AP pour les malades chroniques.

Comment expliquer que la combinaison TCC et AP n’entraîne pas d’effet supérieur ? Une explication possible pourrait être que la TCC et l’AP agissent grâce à des facteurs communs. Plusieurs sont déjà connus. Il s’agit notamment de l’alliance thérapeutique, c’est-à-dire le désir de collaborer avec le soignant durant l’intervention, fondé sur des affects positifs. Jouent également les effets de l’apprentissage, par exemple le fait d’avoir l’impression d’être plus à l’aise physiquement au cours d’une intervention d’AP, ou encore des croyances envers une intervention, par exemple se dire « le sport c’est la pilule magique pour moi ». Ces facteurs sont d’ailleurs souvent mis en avant pour expliquer l’absence (ou les faibles) différences d’efficacité entre différents types de psychothérapies.

Laisser le choix à la personne en fonction de ses envies

Nos conclusions, cependant, trouvent certaines limites. Plusieurs interventions de TCC semblaient être plus « inspirées » de la TCC que réellement construites sur ses principes directeurs. Autrement dit, toutes les interventions présentées comme des TCC ne sont pas forcément aussi rigoureuses qu’attendu. Le manque de détails à ce sujet dans les articles scientifiques pose un problème récurrent de fiabilité au stade de l’analyse.

Cette première étape de notre projet de recherche permet d’établir un état des connaissances sur la combinaison de la TCC avec l’AP. Par la suite, des études mieux réalisées avec des comparaisons directes entre la combinaison TCC et AP et la TCC seule, puis entre la combinaison des deux et l’AP seule, devraient être menées.

Pour l’instant, faut-il proposer la TCC seule, l’AP seule, ou la combinaison des deux ? D’un point de vue clinique, les résultats suggèrent que la TCC combinée à l’AP entraîne des améliorations mais que celles-ci ne sont pas supérieures à chacune des interventions proposée seule. Il y a peut-être des profils de personnes aux prises avec une maladie chronique qui répondent mieux à une des trois options. En attendant que de nouvelles études permettent de le savoir, le choix pourrait donc être tout simplement laissé à la personne, en fonction de ses envies.The Conversation

Bernard Paquito, Professeur adjoint, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

À quoi est due la sclérose en plaques ? Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

À quoi est due la sclérose en plaques ? Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

Une femme atteinte de sclérose en plaques avec son chien
Les personnes exposées à un faible ensoleillement et les femmes sont plus susceptibles d’être atteintes de sclérose en plaques.

Trevor Kilpatrick, Florey Institute of Neuroscience and Mental Health

L’actrice américaine Selma Blair a annoncé récemment qu’elle avait reçu un diagnostic de sclérose en plaques (SEP). « J’ai probablement cette maladie incurable depuis au moins 15 ans, a-t-elle écrit. Au moins, je suis soulagée de le savoir. »

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune qui survient lorsque le corps attaque par erreur le cerveau et la moelle épinière. Plus précisément, il endommage la myéline, la couche protectrice qui entoure les nerfs. Or, lorsque la myéline est endommagée, les messages émanant du cerveau et de la moelle épinière ne peuvent plus être correctement transmis aux autres parties du corps.

Les symptômes qui en résultent sont multiples : fatigue extrême, perte de concentration et de mémoire, engourdissement, sensibilité à la chaleur et au froid, difficultés à marcher et à s’équilibrer, spasmes, étourdissements et irascibilité.




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Selma Blair, 46 ans, est l’une des 400 000 personnes aux États-Unis atteintes de SEP. La prévalence de cette maladie est similaire à celle de l’Australie, où environ 25 000 personnes vivent avec cette maladie (ndlr : environ 100 000 personnes sont affectées en France). L’âge moyen d’apparition de la SEP est 30 ans, et environ les trois quarts des personnes touchées sont des femmes.

Selma blair, une personne atteinte de SEP comme 400,000 personnes aux Etats-Unis.

Nous ignorons encore beaucoup de choses sur les causes de la SEP, mais les recherches menées jusqu’à présent indiquent que nos gènes et notre environnement jouent un rôle dans la susceptibilité à la maladie.

Génétique

La génétique joue un rôle important dans le développement de la SEP : plus de 200 marqueurs génétiques ont été impliqués dans la maladie. Toutefois si, collectivement, les gènes identifiés peuvent représenter jusqu’à 25 % de la composante génétique du risque de SEP, chaque gène pris isolément ne représente qu’un risque faible.

Pour cette raison, il n’est pas possible d’établir un « score de risque génétique » qui refléterait précisément le risque qu’une personne court de développer la SEP. Il n’est donc pas possible de distinguer les personnes les plus à risque des autres, même si l’on connaît leur proportion dans la population.

Les chercheurs tentent désormais de développer une approche génétique plus sophistiquée pour aider à identifier les personnes à risque. Pour cela, ils se concentrent sur les familles dans lesquelles plus d’une personne est atteinte par la maladie. On sait qu’il arrive que dans certaines familles, des membres qui ne présentent pas de symptômes soient quand malades. L’existence de ces SEP asymptomatiques peut signifier plusieurs choses : soit la maladie en est à un stade précoce de son développement, soit elle est moins grave, soit elle est « bloquée » à un stade où elle ne s’est pas manifestée cliniquement.

L’identification des mutations communes aux différents membres de la famille touchés pourrait aider à comprendre quels gènes sont susceptibles d’être directement impliqués dans l’origine de la SEP. Ces résultats, obtenus dans des familles touchées par la maladie, peuvent-ils être extrapolés à l’ensemble de la population ? Cette question doit encore trouver une réponse.

Illustration des régions du corps affectées par la sclérose en plaques
Illustration des régions du corps affectées par la sclérose en plaques
Lorsque la myéline est endommagée, les signaux nerveux ne peuvent plus être transmis correctement entre le cerveau ou la moelle épinière et le reste du corps.
Shutterstock

Virus

Le virus d’Epstein-Barr, qui provoque souvent une fièvre glandulaire chez les jeunes adultes, est fortement associé au développement de la SEP. Si vous n’avez pas été exposé au virus, vous n’attraperez probablement pas la maladie.

Il existe de nombreuses théories sur la façon dont le virus d’Epstein-Barr pourrait être impliqué dans la SEP. Celui-ci infecte un type de globule blanc important pour le système immunitaire. L’infection de ces cellules affecterait la réponse immunitaire, provoquant les réactions auto-immunes à l’origine de la SEP.

Mais le virus d’Epstein-Barr ne suffit pas à déclencher la SEP, puisque plus de 90 % des personnes non affectées par la SEP ont été exposées au virus.

La lumière du soleil

La lumière du soleil, ou plus précisément l’exposition aux rayons ultraviolets (UV), diminue avec l’éloignement de l’équateur. Or, plus on s’éloigne de l’équateur, plus le risque de développer la SEP est élevé. En Australie, les personnes qui vivent dans le nord du Queensland sont sept fois moins susceptibles de développer la SEP que celles qui vivent en Tasmanie.

On sait que la lumière ultraviolette a de nombreux effets sur le système immunitaire et sur notre synthèse de vitamine D. En particulier, les UV semblent avoir un impact sur l’activité immunitaire, rendant les cellules immunitaires plus tolérantes et, dans certains cas, inhibant l’activité immunitaire.

Hormones

Le fait que les femmes soient plus susceptibles de développer la SEP que les hommes pourrait être lié à des différences hormonales.

On sait en effet que l’activité de la maladie diminue pendant la grossesse, et que les femmes qui ont plusieurs enfants sont en moyenne moins susceptibles de contracter la maladie. Par ailleurs, si elles la contractent, il y a de fortes chances pour que la forme de la maladie soit moins sévère.

Lifestyle

Fumer augmente significativement le risque de développer la SEP. Les fumeurs et les personnes exposées au tabagisme secondaire sont presque deux fois plus susceptibles d’être touchés par la maladie. Ils ont en particulier plus de risques de développer des formes de SEP progressives.

Image d'une cigarette entièrement consommée
Image d’une cigarette entièrement consommée
Fumer augmente considérablement le risque de développer une sclérose en plaques.
Mathew MacQuarrie/Unsplash

Par ailleurs, il existe des preuves solides établissant que l’arrêt du tabac réduit la gravité de la progression de la maladie chez les personnes qui en sont atteintes.

Les recherches sont toujours en cours, mais il semble que le tabagisme influence la production de certaines protéines dans les poumons, lesquelles peuvent accroître la vigilance des cellules immunitaires. À l’extrême, ces modifications pourraient déclencher la réponse immunitaire.

Pistes de recherche et de thérapies

On s’intéresse aujourd’hui beaucoup au rôle que la nutrition et l’alimentation pourraient jouer dans le développement de la SEP, et dans la gestion de la maladie une fois qu’elle s’est déclarée. Ces études sont toutefois complexes, en raison des nombreuses composantes nutritionnelles qui constituent potentiellement notre régime alimentaire.

Le maintien du taux de cholestérol et de lipides à un niveau correct pourrait aider à atténuer certains symptômes de la SEP, comme la fatigue. Les recherches sur ce sujet sont néanmoins actuellement encore en cours.

Les données sont plus probantes en ce qui concerne les liens entre poids, obésité et risque de SEP. Des études ont démontré que l’embonpoint ou l’obésité, particulièrement à l’adolescence, sont associés à un risque accru de développer la SEP. Chez les personnes atteintes de SEP, surpoids et obésité sont également associés aux plus mauvaises situations médicales. On ne sait toutefois pas grand-chose sur les mécanismes responsables qui en sont à l’origine.

Pour les malades, le recours à la physiothérapie donne des résultats variables, néanmoins cette approche a été associée, au moins à court terme, à certains bénéfices, tels qu’un meilleur équilibre et une meilleure coordination.The Conversation

Trevor Kilpatrick, Professor of neurologist and clinical director, Florey Institute of Neuroscience and Mental Health

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Les meilleurs aliments pour atténuer les symptômes de l’arthrose

Les meilleurs aliments pour atténuer les symptômes de l’arthrose

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L’arthrose est une forme courante de rhumatisme. Alimentation et exercice peuvent soulager ses symptômes.
Shutterstock

Ali Mobasheri, University of Surrey et Margaret Rayman, University of Surrey

Il existe plus de 200 formes d’arthrite, et l’arthrose est la plus répandue d’entre elles : elle affecte plus de 20 % de la population. Malheureusement, il n’existe actuellement aucun traitement efficace ou médicaments spécifique pour traiter cette maladie handicapante qui rend les articulations douloureuses et raides. Certes, de nouvelles molécules sont dans les tuyaux de la recherche clinique, mais il faudra des années avant que ces médicaments ne soient testés en essais cliniques, puis approuvés par les autorités sanitaires.

De nombreuses personnes souffrant d’arthrose prennent une variété effarante de suppléments diététiques. Parmi eux, ceux qui rencontrent le plus de succès sont la glucosamine et la chondroïtine. Toutefois, leur efficacité n’a pas été démontrée scientifiquement.

Une bonne nouvelle toutefois : notre récente revue de littérature montre que combiner les bons aliments à la pratique modérée d’exercices physiques à faible impact (pour ne pas faire souffrir les articulations) peut être bénéfique pour les personnes touchées par l’arthrose.

Pour les patients souffrant d’arthrose et désireux de soulager leurs symptômes, perdre du poids et faire de l’exercice sont les deux premières choses à mettre en œuvre. La perte de poids réduit en effet la charge sur les articulations et diminue le niveau d’inflammation dans le corps, ce qui réduit la douleur arthritique. L’exercice aide à perdre du poids tout en renforçant les muscles, ce qui protège les articulations et leur permet de mieux fonctionner. Les personnes en surpoids ou obèses qui souffrent d’arthrose doivent donc trouver des programmes de perte de poids qui incluent aussi des exercices destinés à augmenter leur force musculaire et à améliorer leur mobilité.

Consommer des poissons gras

La consommation de certains aliments peut également aider à diminuer les symptômes des patients et à réduire leurs douleurs articulaires quotidiennes. Il a été prouvé que manger plus de poissons gras, tels que le saumon, le maquereau et les sardines, peut diminuer la douleur et améliorer la récupération fonctionnelle de personnes touchées par l’arthrite rhumatoïde, une autre forme d’arthrite. Ceci est dû aux acides gras oméga-3 à longue chaîne que contiennent ces aliments : ces molécules réduisent la quantité de substances inflammatoires produites par notre corps. La prise de 1,5 g de d’huile de poisson par jour, sous forme de complément alimentaire, peut également être utile.

Mais consommer uniquement des huiles de poisson ne suffit pas. Il est également important de réduire, sur le long terme, la consommation des viandes rouges grasses, et de remplacer les graisses animales saturées par des huiles végétales telles que l’huile d’olive et de colza.

Un régime sain et riche en Oméga-3 peut réduire les risques de l'arthrose
Une alimetation saine et riche en Oméga-3 peut réduire les risques de l’arthrose
Le meilleur remède.
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Limiter le cholestérol

Les patients souffrant d’arthrose sont plus susceptibles d’avoir un taux de cholestérol sanguin élevé. Adopter un régime alimentaire qui diminue le cholestérol sanguin peut aider à lutter contre cette affection, tout en améliorant plus généralement la santé cardiovasculaire. Pour y parvenir, il faut réduire la quantité de graisses saturées dans l’alimentation et augmenter les quantités d’avoine et des autres fibres solubles.

Les autres façons de réduire le cholestérol sanguin consistent à manger chaque jour une portion de 30 g de noix, de 25 g de protéines de soja (sous forme de tofu, de lait de soja ou de fèves de soja), et de 2 g de substances appelées stanols et stérols. Ceux-ci se trouvent en petites quantités dans les végétaux, mais la manière la plus facile de se les procurer est de consommer des boissons enrichies, des pâtes à tartiner ou des yaourts dans lesquelles ces substances ont été ajoutées.

Prendre des antioxydants ?

L’arthrose résulte d’une inflammation des articulations dû à la présence dans le corps de quantités accrues de composés chimiques réactifs contenant de l’oxygène. Consommer davantage d’antioxydants, qui peuvent neutraliser ces produits chimiques, devrait donc permettre de mieux protéger les articulations.

Les vitamines A, C et E sont des antioxydants puissants, et il est important de s’assurer de s’en procurer les quantités requises, afin notamment de garder les tissus conjonctifs de l’organisme en bon état. Cependant, en ce qui concerne l’arthrose, les preuves que les antioxydants jouent un rôle bénéfique demeurent discutables.

La vitamine A est abondante dans les carottes, le chou frisé (kale) et la patate douce. Les fruits frais et les légumes verts sont riches en vitamine C, en particulier les agrumes, les poivrons rouges et verts et le cassis. Enfin, les noix et les graines sont une importante source de vitamine E, tout comme les huiles dérivées des graines de tournesol.

Certains résultats suggèrent en revanche qu’augmenter la consommation de sources de vitamine K, telles que le chou kale, les épinards, le brocoli et les choux de Bruxelles, est bénéfique pour les personnes souffrant d’arthrose.

On sait que la vitamine D, produite par le corps lorsqu’il est exposé à la lumière du soleil, est importante pour la santé osseuse, et que beaucoup de gens n’en produisent pas assez. Toutefois, il faudra rassembler plus de preuves avant de pouvoir recommander les compléments alimentaires à base de vitamine D aux patients souffrant d’arthrose.

Bien que plusieurs livres de régimes à succès préconisent d’éviter certains aliments pour lutter contre l’arthrite, il n’existe actuellement aucune preuve clinique que cette discrimination présente un quelconque avantage pour les patients souffrant d’arthrose.

Avec l’aide de collègues diététiciens, nous avons résumé les conclusions de notre travail dans une fiche d’information nutritionnelle portant sur les liens entre alimentation et arthrose, laquelle a été approuvée par l’association britannique de diététique.The Conversation

Ali Mobasheri, Professor of Musculoskeletal Physiology, School of Veterinary Medicine, University of Surrey et Margaret Rayman, Professor of Nutritional Medicine, University of Surrey

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Comment bien vieillir et se prémunir contre Alzheimer

Comment bien vieillir et se prémunir contre Alzheimer

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Lutter contre l’isolement social est un facteur de prévention dans la maladie d’Alzheimer.
nathalia bariani/unsplash

Christophe Trivalle, Université Paris Sud – Université Paris-Saclay

Près d’un quart de la population vieillit en bonne santé au-delà de 85 ans, sans problème de mémoire ni troubles cognitifs. Cette observation est tirée d’une étude réalisée dans les dix provinces canadiennes en 2008 et 2009. Des résultats qui suscitent, dans la communauté scientifique, une réflexion légitime : si cela est possible pour certains, pourquoi pas pour tous ?

On sait aujourd’hui qu’il est possible, dans certains cas, de retarder la survenue de la maladie d’Alzheimer suffisamment longtemps pour que les symptômes n’apparaissent jamais, ou alors très tardivement. Et ce, en appliquant des mesures de prévention assez simples. Ainsi en intervenant sur neuf des principaux facteurs de risque identifiés dans cette maladie, il est possible de diminuer de 35 % les nouveaux cas d’Alzheimer, selon l’article publié en décembre dernier dans la revue de référence The Lancet.

Il s’agit du faible niveau d’instruction, du tabagisme, de l’inactivité physique, de la dépression, de l’hypertension artérielle, de l’obésité, du diabète, de la baisse de l’audition et de l’isolement social. Ces facteurs de risques sont aussi, par définition, des facteurs de… prévention, comme je l’expliquais lors de la journée d’étude consacrée à l’impact de l’environnement sur la santé, organisée en fin d’année dernière par la MGEN. On les retrouve aussi dans l’ouvrage que j’ai coordonné à l’usage des professionnels en gériatrie, Gérontologie préventive, éléments de prévention du vieillissement pathologique (Elsevier-Masson).

1 Français sur 3 seulement pratique une activité physique suffisante

De fait, moins de 37 % des adultes et moins de 32 % des personnes âgées de plus de 65 ans sont suffisamment actifs, selon le constat dressé par l’Anses en février 2016. Ces comportements diminuent fortement l’espérance de vie, du fait des complications qu’ils entraînent. Ainsi, un adulte de 50 ans fumeur, hypertendu et qui a trop de cholestérol, a une espérance de vie réduite de 10 ans, selon une étude publiée en 2009 dans le British medical journal. S’il est en plus obèse et diabétique, il faudra retrancher 15 ans. Il y a donc des choix à faire si l’on veut rester en bonne santé.

Malgré tout, on peut noter qu’aujourd’hui, une personne de 75 ans a les mêmes caractéristiques en termes de santé, d’espérance de vie, d’activité et de présentation physique que quelqu’un de 60 ans dans les années 1950.

Le conseil le plus efficace, sans doute, concerne l’exercice physique. Tout le monde sait que rester trop longtemps assis est très mauvais pour la santé. L’exercice le plus simple est bien sûr la marche. L’objectif recommandé est de 10 000 pas par jour, soit 6 à 8 kilomètres, comme le montre l’étude réalisée par deux chercheurs américains. Si vous faites moins de 5 000 pas par jour, vous êtes considéré comme inactif. C’est le cas de… 75 % des français ! Donc habituez-vous à descendre une station avant votre destination ou à faire le tour du quartier, sans but précis, avant de rentrer chez vous. Évitez les ascenseurs. Au-delà de deux étages montés à pied par jour, chaque étage supplémentaire fait reculer vos problèmes de mémoire d’une demi-année, selon une étude publiée en 2016.

Lire 30 minutes par jour fait gagner 2 ans d’espérance de vie

kari shea/unsplash

Autre conseil, lisez ! Une étude publiée en 2016 a montré que lire au moins 30 minutes par jour (soit l’équivalent d’un chapitre dans un livre) fait gagner 2 ans d’espérance de vie et diminue la mortalité de 20 %. A l’inverse, ne pas lire multiplie par 3,7 le risque de maladie d’Alzheimer…

En ce qui concerne le sommeil, moins de 10 % de la population est capable de récupérer parfaitement… avec des nuits de moins de 6 heures, comme montré dans cette étude et dans celle-ci. Il est donc fort probable que vous fassiez partie des 90 % restants. Votre besoin en sommeil est, sans doute, de 6 à 8 heures par jour. Ceux qui ne dorment pas assez augmentent leur mortalité de 19 %, et ceux qui dorment trop de 37 %, selon une autre étude. Si vous manquez de sommeil, la sieste peut être une bonne solution. Elle doit durer entre 10 et 30 minutes et, idéalement, se situer entre 13 heures et 16 heures.

Pour l’alimentation, il est important de manger suffisamment de fruits et légumes – le slogan fameux des « 5 fruits et légumes par jour ». Ceci, associé au fait de faire de l’exercice, de ne pas fumer et d’avoir une consommation modérée d’alcool vous fait gagner 12 à 14 ans d’espérance de vie en bonne santé. Parmi toutes les formes d’alimentation, celle qui a été le plus étudiée et qui donne les meilleurs résultats est le régime méditerranéen, caractérisé par une forte consommation de légumes, fruits et céréales, d’acides gras insaturés (huile d’olive) associée à une faible consommation de graisses saturées ; une consommation modérée de poisson ; une consommation faible à modérée de produits laitiers ; une faible consommation de viande et volaille ; une consommation régulière et modérée de vin aux repas. Ce régime bien suivi peut réduire le risque de maladie d’Alzheimer de 40 %. Un point clé est constitué par les légumes à feuilles vertes (épinards, salades, choux, blettes…) qui sont excellents pour la mémoire.

Des astuces tirées de mon expérience de gériatre et des études scientifiques

Tirés de mon expérience de gériatre et d’études scientifiques publiées, d’autres astuces peuvent être utilisées assez facilement pour se prémunir contre le vieillissement en général, et Alzheimer en particulier. Je les cite de manière exhaustive dans mon livre, publié chez Robert Laffont, 101 conseils pour être bien dans son âge et dans sa tête.

Votre code postal est plus important, pour bien vieillir, que votre code génétique… En effet il existe un lien important entre votre lieu d’habitation et votre espérance de vie. Un élément d’explication – mais ce n’est pas le seul – est bien sûr la pollution de l’air et la présence de particules fines. Ainsi, vous avez un risque de maladie d’Alzheimer augmenté de 7 % si vous habitez à moins de 50 mètres d’un grand axe routier, selon une étude publiée dans The Lancet l’an dernier.

S’entraîner à reconnaître les odeurs, c’est bon pour la mémoire. Il existe d’ailleurs aux États-Unis un test permettant de faire un diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer sur cette base. Baptisé « sniff test », il consiste à mesurer la distance à partir de laquelle une personne réussit à sentir l’odeur du beurre de cacahuète, aliment courant dans ce pays. L’odorat serait en effet atteint tôt, dans cette pathologie.

Jouer à la marelle, bon pour l’équilibre

Vous connaissez peut-être le jeu Pokémon Go ? Il s’agit de chercher dans le monde réel plus de 150 créatures virtuelles appelées Pokémon, dont le célèbre Pikachu. Cette quête vous amène à marcher sans avoir l’impression de faire un effort. Et jouer à la marelle – oui, comme les gamins dans la cour d’école – c’est bon pour l’équilibre.

Si le chocolat est bénéfique pour les neurones, attention aux calories qui, elles, menacent votre santé. Pour éliminer 4 carrés, il faut compter 10 minutes de course !

Gonfler des ballons, c’est excellent pour améliorer sa capacité pulmonaire. Portez-vous volontaire lors des fêtes et des anniversaires.

Il est moins dangereux de faire pipi dans des toilettes sales que de trop se retenir. Prendre la mauvaise habitude de se retenir d’uriner quand on en a envie entraîne à la longue une hypertonie du sphincter de la vessie. Celle-ci ne se vide plus totalement, ce qui finit par entraîner une incontinence urinaire.

La mémoire, au contraire des piles Wonder et de leur fameux slogan publicitaire, ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Si vous avez le choix, sachez que le bridge et les échecs sont plus efficaces pour la préserver que les mots croisés et le sodoku.

Mesurer sa vitesse de marche, reflet de la réserve musculaire

Il est important, aussi, de savoir dessiner une horloge et de s’entraîner au calcul mental. Ces épreuves sont d’ailleurs utilisées pour évaluer le risque de maladie d’Alzheimer. Il peut être utile, encore, de mesurer sa vitesse de marche. Celle-ci reflète la réserve musculaire et diminue avec l’âge. A 1 mètre par seconde et au-delà, c’est très bien. En dessous de 0,7 mètre par seconde, vous êtes considéré comme fragile et à risque de déclin cognitif, de perte d’autonomie et d’entrée en institution. Dans la maladie d’Alzheimer, la vitesse de marche diminue en moyenne 7 ans avant l’apparition des premiers troubles cognitifs.

Il est intéressant de danser le tango. Il s’agit d’une activité complexe, avec de nombreux avantages en termes de santé. Elle a même été développée sous forme de tango-thérapie pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson.

Jouer de la musique semble aussi être très intéressant, en particulier pour préserver la mémoire et l’audition. En écouter a une action bénéfique sur la douleur, le stress, l’anxiété, l’hypertension artérielle et la fréquence cardiaque. On peut recommander Mozart, le compositeur dont les morceaux ont été les plus utilisés dans les études qui montrent ces bienfaits.

En matière de prévention, il n’est jamais, ni trop tôt, ni trop tard !The Conversation

Christophe Trivalle, Médecin gériatre, coordonnateur du diplôme inter-universitaire Maladies cardiovasculaires du sujet âgé, Université Paris Sud – Université Paris-Saclay

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Cannabis à usage médical : la France engage officiellement la réflexion

Cannabis à usage médical : la France engage officiellement la réflexion

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Les médecins français prescriront peut-être un jour le cannabis comme d’autres antidouleurs. Reste à savoir sous quelle forme.
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Nicolas Authier, Université Clermont Auvergne

Lundi 10 septembre, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a annoncé, à la demande de la ministre de la Santé, la création d’un comité scientifique spécialisé sur « l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ».

Après de nombreux autres pays européens, comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, la France va donc s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels.

Tenir compte des avis de toutes les parties prenantes

Le comité mis en place par l’ANSM est créé pour une durée d’un an. Il sera chargé de rendre un avis sur l’intérêt thérapeutique du cannabis pour le traitement de certaines pathologies et sur les modalités de mise à disposition du cannabis dans le cadre de cette utilisation.

Les membres de ce premier groupe de travail institutionnel seront choisis pour leurs compétences notamment dans les domaines de la pharmacologie, de la thérapeutique, de la neurologie, de la cancérologie, du traitement de la douleur et des sciences humaines. Des représentants d’associations d’usagers du système de santé participeront également à cette réflexion. Ce comité prévoit aussi de conduire des auditions pendant lesquelles les associations d’usagers de cannabis à visée thérapeutique pourront partager leur expérience et leurs attentes.

L’organisation de ces débats au sein de l’agence du médicament permettra de bien prendre en compte les risques potentiels d’un tel usage, par exemple la dépendance, les troubles cognitifs ou les complications cardio-vasculaires.

Changer la loi pour prescrire du cannabis

Ce comité devra se détacher des questions économiques et politiques relatives à cet usage, lesquelles seront arbitrées par les pouvoirs exécutif et législatif. Un changement de la loi sera probablement nécessaire, pour autoriser la dispensation de préparations magistrales de cannabis à usage médical, sans statut de médicament.

Le cannabis, bientôt un antidouleur comme un autre ?

Une première adaptation de la loi en 2013 avait permis de délivrer une autorisation de mise sur le marché à un premier médicament à base de cannabis, le Sativex, qui n’est toujours pas commercialisé en France. Un deuxième médicament, l’Epidiolex, à base de cannabidiol naturel, extrait du cannabis, vient d’obtenir aux États-Unis une autorisation dans une indication restreinte aux épilépsies réfractaires de l’enfant.

Un débat sociétal et politique autant que médical

Depuis les premières auditions à l’Assemblée nationale, le 12 avril 2018, à l’initiative du député socialiste Olivier Veran, le débat sur l’autorisation en France d’un usage du cannabis à visée thérapeutique ne cesse de s’étoffer.

Une enquête IFOP pour Terra Nova publiée le 11 juin 2018 a révélé que 62 % des Français considèrent que le cannabis médical doit être enfin accessible sous toutes ses formes voire remboursable par la Sécurité sociale. Et dans l’éventualité d’un marché régulé et encadré, ils sont 61 % à être favorables à une dispensation « dans les pharmacies ».

Agnès Buzyn, ministre de la santé, fréquemment interrogée par les médias sur ce thème, a d’ailleurs laissé la porte ouverte à la réflexion sur le sujet en déclarant sur l’antenne de RMC le 10 juillet avoir « annoncé au Parlement attendre des notes de ses services pour savoir si nous devons aller plus loin ». Et de préciser : « je n’ai absolument pas de doctrine arrêtée sur le sujet. Si c’est utile et nous le ferons ».

En mai, déjà, Agnès Buzyn envisageait la possibilité d’un usage thérapeutique du cannabis.

Dernièrement, une tribune d’élus et de médecins publiée dans Le Parisien interpellait la ministre de la Santé sur la nécessité tant économique que médicale de s’engager dans la voie de l’usage thérapeutique du cannabis.

La douleur chronique réfractaire, première indication potentielle

Selon le Pr Serge Perrot, président de la Société française d’étude et de traitement de la douleur :

« Le cannabis soulage certains patients aux douleurs complexes, et qui ne répondent pas aux antalgiques classiques. Mais son effet sur la douleur est très modeste. Par contre, il réduit également l’anxiété et les troubles du sommeil chez ces sujets, ce qui améliore globalement leur état. » (Le Figaro, 5 aout 2018)

Comme le souligne également dans le même article le Pr Didier Bouhassira :

« Une utilisation bien encadrée réduit le risque d’effets indésirables et surtout d’addiction. L’absence d’encadrement est donc cause d’une perte de chance pour les patients. Le pays se prive d’une option thérapeutique supplémentaire pour soulager certains patients. »

Ces prescriptions de cannabis pourraient être proposées après échec d’un essai du dronabinol (Marinol), une version synthétique de la principale substance active du cannabis, déjà disponible en France depuis 2004, en autorisation temporaire d’utilisation pour les douleurs rebelles neuropathiques. Seuls 377 patients auraient déjà bénéficié de ce médicament cannabinoïde en France, majoritairement des personnes souffrant de ce type de douleurs et de sclérose en plaques.

La fédération européenne de la douleur (EFIC) a récemment publié l’avis d’un groupe d’experts sur le sujet. Elle positionne l’usage du cannabis médical préférentiellement dans les douleurs neuropathiques, après échec ou mauvaise tolérance des thérapeutiques de 1re et 2e intention (antiépileptiques, antidépresseurs et tramadol), dans le cadre d’une prise en charge globale.

Comme nous l’évoquions déjà dans un précédent article, une réflexion devra aussi être engagée sur la manière de bien évaluer le rapport bénéfice-risque de cet usage du cannabis, en envisageant de nouveaux critères d’évaluation plus centrés sur des symptômes satellites de l’intensité de la douleur, comme le sommeil, l’anxiété, l’appétit, la mobilité ou la reprise d’une activité professionnelle.

Une vigilance particulière devra néanmoins être portée aux demandes de cannabis à usage médical pour une symptomatologie douloureuse. En effet le caractère ubiquitaire et fréquent de la douleur, difficile à objectiver, ne devra pas être la caution d’un élargissement de cet usage médical, ni une voie d’accès à un usage récréatif comme ce fût le cas dans certains États américains.

En Suisse, une loi de 2011 a ouvert la porte à l’utilisation médicale du cannabis.

L’accès au cannabis médical est aussi une question d’éthique

Cet usage du cannabis se trouve à l’interface entre la recommandation primum non nocere (« d’abord ne pas nuire »), enseignée aux professionnels de santé, et les principes de la charte européenne d’éthique médicale, selon laquelle le médecin doit soulager la souffrance dans le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine. Il s’engage de ce fait à donner la priorité aux intérêts de santé du malade en fournissant les soins indispensables les plus appropriés.

Dans ce contexte, les conclusions de la saisine du comité Éthique et Cancer sont très attendues. Il avait été interrogé par une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un cadre thérapeutique, notamment au regard du principe de non-malfaisance, comparant cette interdiction à « un refus de soins » de la part des autorités. Le comité précise que son analyse portera sur l’intérêt de l’utilisation du cannabis pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie.

Le sujet de l’autorisation de l’usage du cannabis à visée thérapeutique reste un débat trop souvent passionné et confiné à une opposition des pro- et des anti-cannabis. Des considérations d’éthique médicale devront être prises en compte dans ce débat sur l’usage médical du cannabis, afin d’assurer une science avec conscience, au carrefour de la déontologie, de la morale et de la connaissance scientifique. Avec pour objectif d’assurer la garantie de la qualité des soins prodigués et la liberté du malade.The Conversation

Nicolas Authier, Médecin psychiatre, professeur, Université Clermont Auvergne

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Vitamine C, zinc, probiotiques : quels remèdes contre le rhume ?

Vitamine C, zinc, probiotiques : quels remèdes contre le rhume ?

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Une fois le rhume déclaré, la vitamine C n’aide pas…
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Clare Collins, University of Newcastle

La semaine dernière, j’ai attrapé un méchant rhume. Nez bouché, gorge douloureuse, état misérable… Je me suis souvenue des innombrables vitamines et suppléments vendus avec la promesse d’atténuer les symptômes du rhume, d’améliorer la vitesse de récupération, et de limiter le risque d’en attraper un autre.

Toutefois, lorsqu’il s’agit d’un banal rhume (également appelé infection des voies respiratoires supérieures) il n’existe pas de remède miracle (j’aimerais, pourtant), même si certains compléments peuvent procurer des améliorations très mineures. Voici ce que permettent de conclure les recherches les plus récentes.




Pour en savoir plus :
Médicaments du rhume : mieux vaut s’abstenir


Vitamine C

Pour l’individu moyen, prendre de la vitamine C ne permet pas de réduire le nombre de rhumes attrapés, ou d’en atténuer la sévérité.

En ce qui concerne leur durée, certaines études se sont intéressées aux gens prenant de la vitamine C quotidiennement, tandis que d’autres se sont focalisées sur les personnes qui ont commencé le traitement après avoir attrapé le rhume.

Dans 30 études qui ont comparé la durée des rhumes chez des individus prenant régulièrement au moins 200 mg de vitamine C chaque jour, une réduction significative de la durée des symptômes a été mise en évidence.

Néanmoins, l’effet était faible. Il équivalait à une demi-journée en moins chez les adultes, et d’une demi-journée à un jour entier de moins chez les enfants. Ce type d’étude a également révélé une réduction très mineure de la durée des arrêts de travail ou d’école.

Parmi les études s’intéressant aux prises de vitamine C démarrées une fois que le rhume s’était développé, aucune différence n’a pu être démontrée dans la durée ou la sévérité de la maladie.

La prise de suppléments à base de vitamine C n’est pas sans danger. Ils peuvent augmenter le risque de calculs rénaux chez les hommes, et ne devraient pas être pris par les personnes atteintes d’hémochromatose, une maladie génétique qui provoque une hyperabsorption intestinale du fer. La vitamine C augmente en effet également son absorption.

Exceptions

Bien que dans la population générale, la vitamine C n’a pas d’impact sur le nombre de rhumes attrapés, il existe une exception. Chez les gens exerçant une importante activité physique – tels que les marathoniens, les skieurs ou les soldats en exercice dans des conditions de froid intense – la vitamine C a diminué de moitié le risque de contracter l’infection.

De nombreuses personnes prennent de la vitamine C dans l’espoir de soigner leur rhume.
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Un petit nombre d’études a également identifié quelques bénéfices à la prise quotidienne de compléments à la vitamine C (dosée au moins à 200 mg) afin de prévenir le rhume chez les individus atteints de pneumonie.

Attention toutefois, prendre des compléments à base de vitamine E en même temps que d’importantes quantités de vitamine C augmentent notablement le risque de pneumonie.

Zinc

Une revue de littérature des études ayant testé les effets des compléments à base de zinc a mis en évidence une diminution de la durée du rhume pouvant atteindre deux jours, ou un tiers de la durée normale, chez des adultes en bonne santé qui ont commencé un traitement quotidien d’au moins 75 mg dans les 24 heures ayant suivi le déclenchement de la maladie. La prise de zinc n’a pas eu d’effet sur la sévérité du rhume.

On observe une certaine variabilité dans les résultats des différents essais, et les preuves de l’efficacité de ces compléments pour prévenir le rhume sont insuffisantes. Des chercheurs ont suggéré que, chez certaines personnes, les effets indésirables des pastilles de zinc, tels que nausée ou mauvais goût persistant, dépassent leurs bénéfices.

Prenez garde à bien arrêter la prise de ces compléments dès que votre rhume est passé, car absorber trop de zinc peut entraîner des carences en cuivre et mener à une anémie, une diminution du nombre de globules blancs, et des problèmes de mémoire.

Ail

Une seule étude a testé l’impact de l’ail sur le rhume. Les chercheurs ont demandé à 146 personnes de prendre des compléments à base d’ail ou un placebo, quotidiennement, pendant 12 semaines. Ils ont ensuite relevé le nombre et la durée de leurs rhumes.

Les membres du groupe qui avait pris de l’ail ont rapporté avoir contracté moins de rhumes que ceux du groupe qui avait reçu le placebo. La durée des rhumes était la même dans les deux groupes, mais certaines personnes ont développé une réaction à l’ail (un rash), ou ont trouvé son odeur déplaisante.

Étant donné qu’il n’y a eu qu’un essai rapporté dans la littérature scientifique, il est indispensable de demeurer prudent quant à l’efficacité de la prise d’ail pour prévenir ou traiter les rhumes. Il faut également être précautionneux en ce qui concerne l’interprétation des résultats, car la méthodologie impliquait que les participants consignent eux-mêmes leurs rhumes, ce qui a pu introduire des biais.




Pour en savoir plus :
Science or Snake Oil: will horseradish and garlic really ease a cold?


Probiotiques

Une revue de littérature portant sur 13 essais de compléments alimentaires à base de probiotiques auxquels ont participé plus de 3 700 enfants, adultes et seniors, révèle que les personnes prenant des probiotiques se sont avérés moins susceptibles d’attraper un rhume.

Leurs rhumes étaient également plus courts, et moins sévères (en termes de nombre de jours d’absences scolaires).

Il existerait des preuves que les probiotiques, qui sont présents dans les yaourts, pourraient réduire l’incidence des rhumes.
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La plupart des compléments utilisés étaient des produits à base de lait, tels que des yaourts. Seules trois études ont utilisé des probiotiques sous forme de poudres, et deux, sous forme de gélules.

Néanmoins, la qualité scientifique de toutes les études sur les probiotiques était très faible. Elles contenaient notamment des biais et des limitations, ce qui signifie que ces résultats doivent être interprétés avec précaution.

Echinacée

Les échinacées constituent un groupe de plantes à fleurs commun en Amérique du Nord. Dans le commerce, il est possible d’acheter des produits à base d’échinacée sous forme de gélules, cachets ou de gouttes.

Une revue de ces produits a révélé qu’ils ne sont d’aucun bénéfice dans le traitement du rhume. Toutefois, les auteurs indiquent que certains d’entre eux pourraient peut-être avoir malgré tout un faible intérêt, et que des recherches plus approfondies sont nécessaires.

Le bouillon de poulet

Oui, j’ai gardé le meilleur pour la fin.

Dans une expérience menée en 1978 sur quinze adultes en bonne santé, des chercheurs ont mesuré la vélocité du flux de mucus nasal des participants – qui traduit notre capacité à fluidifier et évacuer le mucus afin de mieux respirer. Concrètement, ils ont comparé à quel point le nez des participants coulait après avoir siroté de l’eau chaude, du bouillon de poulet ou de l’eau froide (ou les avoir absorbés à travers une paille).

Siroter de l’eau chaude ou du bouillon de poulet a fait davantage couler les nez des participants que l’eau froide, avec un avantage au bouillon de poulet. Selon les chercheurs, celui-ci stimule les récepteurs de l’odorat et/ou du goût, ce qui en retour augmente le flux de mucus nasal.

Une autre étude menée sur le bouillon de poulet a démontré qu’il pouvait aider à mieux récupérer des infections des voies respiratoires, et à mieux combattre le rhume. Par ailleurs, d’autres travaux ont montré que les nourritures qui nous réconfortent, comme le bouillon de poulet, pouvaient nous aider à nous sentir mieuxThe Conversation

Clare Collins, Professor in Nutrition and Dietetics, University of Newcastle

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Les 12 commandements européens pour diminuer son risque de cancer

Les 12 commandements européens pour diminuer son risque de cancer

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Henri Pujol, Université de Montpellier

Il est moins connu que le programme Erasmus, grâce auquel des étudiants circulent partout en Europe. Mais il a sauvé des milliers de vies et mérite au moins autant l’attention: il s’agit du programme « L’Europe contre le cancer ». Une initiative ambitieuse qui poursuit encore aujourd’hui son œuvre de prévention à travers ses 12 commandements, le « Code européen contre le cancer ».

« Ne fumez pas », dit le premier commandement, dans la dernière édition du Code, réactualisé en 2014. Et ainsi de suite jusqu’au douzième.

  1. Ne fumez pas.
  2. Faites de votre domicile et de votre voiture un environnement sans tabac.
  3. Limitez votre consommation d’alcool.
  4. Adoptez une alimentation saine riche en fruits et légumes et en céréales complète. Limitez la viande rouge, les aliments riches en matières grasses, en sel, ou en sucre, et évitez la charcuterie.
  5. Gardez un poids de forme.
  6. Soyez physiquement actif dans votre vie quotidienne.
  7. Évitez les expositions excessives au soleil, surtout chez les enfants. Utilisez une protection solaire. N’utilisez pas d’appareil de bronzage.
  8. Prenez les mesures adéquates pour réduire votre risque d’exposition éventuelle au radon chez vous.
  9. Respectez les consignes de sécurité sur votre lieu de travail, pour vous protéger des substances cancérigènes.
  10. Pour les femmes : Si possible, allaitez vos enfants. Limitez les traitements hormonaux de la ménopause.
  11. Faites vacciner vos enfants contre l’hépatite B (nouveau-nés) et les papillomavirus (jeunes filles).
  12. Participez aux programmes de dépistage du cancer colorectal (hommes et femmes), du cancer du sein et du cancer du col de l’utérus (femmes).

En France, 18 300 vies sauvées durant l’an 2000

Aujourd’hui, des travaux de recherche permettent d’estimer le nombre de vies sauvées grâce au Code. À comportements inchangés des citoyens et des pouvoirs publics, et compte tenu du vieillissement de la population, le nombre de décès annuel par cancer dans l’Europe des Douze entre 1985 et l’an 2000 aurait dû augmenter, passant de 850 000 à un peu plus de 1 000 000. Une étude d’impact effectuée en 2003 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) montre que la réduction du nombre de décès (en valeur corrigée des données démographiques) a été de 9.2 % sur cette période, un peu inférieure aux 15 % visés initialement. Ainsi, le Code a évité 92 500 décès par cancer en l’an 2000 dans l’Europe des Douze, dont 18 300 en France.

La force de ce programme de santé publique, très innovant à l’époque de son lancement, est symbolisée par sa tutelle. La Commission européenne, alors présidée par Jacques Delors, l’avait placé sous l’autorité du vice-président Manuel Marin en charge des Affaires sociales, et non pas sous l’égide du Commissaire à la recherche comme attendu pour un programme à forte dimension médicale. Ce fut un vrai changement de paradigme, impulsé par le président du Comité des experts cancérologues européens, le professeur Maurice Tubiana – décédé en 2013.

Pour la première fois, on informait solennellement tous les citoyens de l’Europe des Douze qu’ils pouvaient eux-mêmes, par un comportement volontariste, réduire leur risque de cancer – et la mortalité liée à cette maladie – avec une puissance d’impact comparable à celle des progrès dans les soins et la recherche en biologie. L’objectif visé était de modifier les attitudes dans la population, tandis que les pouvoirs publics adopteraient en parallèle les mesures adéquates pour prévenir les cancers et les détecter suffisamment tôt.

Des recommandations toujours pertinentes, 30 ans plus tard

Il est remarquable que, 30 ans après, les douze recommandations aient gardé toute leur pertinence et demeurent le socle, non seulement de la lutte contre le cancer, mais aussi de la lutte contre les maladies chroniques et dégénératives qui représentent environ les deux tiers des dépenses de soins dans notre pays.

Reprenons une par une les causes de cancer, à commencer par le tabac, première cause de décès évitable par cancer. Il était responsable de 47 000 (31.3 %) des 150 000 décès par cancers enregistrés en France en 2015, selon l’Institut national du cancer (Inca). Il n’est jamais trop tard pour s’arrêter de fumer, et d’enfumer les autres. Le tabagisme passif serait en effet responsable de 1 000 décès par cancer chaque année en France.

L’alcool, ensuite, représente la deuxième cause évitable de mortalité par cancer. Il cause 15 000 (10 %) décès par cancer. En cas de consommation de boissons alcoolisées, il faut en réduire la fréquence à quelques jours par semaine et limiter la quantité consommée à un maximum de 2 verres par jour pour les hommes et 1 verre par jour pour les femmes – certaines recommandations sont plus strictes encore.

L’alimentation, également. 20 à 25 % des cancers seraient dus à nos comportements alimentaires. Certains aliments constituent des facteurs de risque avérés, s’ils sont consommés en excès : viande rouge, charcuterie, sel, aliments très caloriques. En revanche, d’autres aliments réduisent les risques de cancer. Ainsi, il est conseillé de consommer chaque jour cinq fruits et légumes, et d’autres aliments riches en fibres comme les céréales complètes (pain, pâtes, riz complets) et les légumes secs (lentilles, haricots secs).

Trente minutes de marche rapide, cinq jours par semaine

Le surpoids et l’obésité sont des facteurs reconnus de risque, alors qu’une activité physique régulière diminue le risque de cancer. On recommande l’équivalent de 30 minutes de marche rapide, 5 à 7 jours par semaine.

Les expositions abusives aux UV, avec le soleil ou en cabine de bronzage, étaient à l’origine, en 2015, de 15 000 mélanomes ayant entraînés 1 800 décès. Il faut donc se protéger du soleil et se passer d’appareils de bronzage.

Le radon est le deuxième facteur de risque dans le cancer du poumon. Ce gaz radioactif naturel, présent dans le sol de certaines régions, peut se diffuser dans les habitations. En se renseignant auprès de son Agence régionale de santé, on peut savoir comment mesurer la teneur en radon de son domicile. Pour diminuer la concentration de ce gaz, une meilleure isolation du sol et une meilleure ventilation s’imposent.

Les cancers professionnels seraient à l’origine de 4 à 10 % des décès par cancer. Le respect des consignes de manipulation et la vigilance de la médecine du travail sont importants pour leur prévention.

Des traitements hormonaux de la ménopause à limiter

L’allaitement maternel réduit le risque de cancer du sein. En revanche, les traitements hormonaux de la ménopause l’augmentent et ne doivent être prescrits qu’en cas de troubles entraînant une altération de la qualité de vie et seulement sur de courtes périodes, avec un suivi médical régulier.

Enfin, consulter son médecin permet de savoir comment participer aux programmes de vaccination et de dépistage proposés par les autorités sanitaires.

Depuis 1988, les Ligues européennes contre le cancer se mobilisent pour mieux faire connaître ces mesures individuelles de prévention des cancers.

Aujourd’hui encore, l’Inca estime à 40 % la proportion de cancers qui pourraient être évités si tous les citoyens modifiaient en conséquence leur mode de vie. Le Circ, lui, évalue même ce taux à 50 % – la différence s’explique par le fait que les causes de la maladie ne sont pas encore toutes maîtrisées.

Dans l’Union, 24 pays ont lancé leur Plan cancer depuis l’an 2000. La France s’est dotée du sien en 2003. La lutte européenne contre le cancer se poursuit au sein du programme Santé de l’Union couvrant la période 2014-2020, doté de 450 millions d’euros. Son objectif : « Réduire de 15 %, à l’horizon 2020, le nombre de nouveaux cancers dans l’Union ». Là encore, la diffusion la plus large du Code est l’une des conditions pour que ce nouvel objectif soit atteint.



The Conversation

Michel Richonnier, économiste, ex-enseignant à Sciences Po et au Collège d’Europe à Bruges (Belgique), a participé à la rédaction de cet article.

Henri Pujol, Professeur honoraire de médecine à l’Université de Montpellier, Université de Montpellier

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.