Message personnel à nos amis de FakeMed

Le collectif FakeMed a écrit un article dans l’Express le 12/08. Après s’être vanté d’avoir obtenu le déremboursement de l’homéopathie le collectif demande que cesse la complaisance de certaines mutuelles envers les thérapies alternatives. Je partage avec vous cette réponse qu’ils m’ont inspirée.

Chers amis de FakeMed, ne perdez pas votre temps et votre énergie à aller contre l’histoire et contre les aspirations profondes d’une société qui souhaite – dans tous les domaines et pas seulement celui de la santé – changer de paradigme.

Le mouvement est lancé, il est profond et vous ne l’arrêterez pas !

Nous voulons nous reconnecter à des valeurs plus humaines, plus « holistiques », qui respectent l’homme et son environnement. Nous sommes tous conscients que la rationalité est nécessaire, mais qu’elle devient limitante et peu épanouissante lorsqu’elle est excessive et bornée.

Vous préconisez une approche scientifique de la santé en justifiant vos actions par l’affirmation: « l’efficacité des médecines alternatives n’est pas prouvée ».

Alors il peut être utile de vous rappeler qu’à l’heure où j’écris ces mots des milliers de scientifiques de renom dans différentes disciplines et partout dans le monde dépensent des milliards (les milliards de vos impôts également 😉 ) pour tenter de mieux comprendre ou de « prouver » des phénomènes qui ont simplement été « supposés » ou dont nous avons simplement constaté les effets.

Pourquoi dès lors refuser aux médecines naturelles ce qui est plébiscité chez les physiciens fondamentaux, les astrophysiciens, les biologistes etc. ?

Car oui les effets bénéfiques des thérapies alternatives sont constatés chaque jour dans les cabinets de milliers de professionnels.

Vous préférez remettre en question la santé mentale, l’intelligence ou l’intégrité de milliers de thérapeutes et de millions de patients plutôt que de vous ouvrir avec curiosité à ces nouvelles disciplines pour mieux les comprendre et qu’elles vous aident à remplir plus efficacement votre mission: soigner vos patients !

Pourquoi selon vous les états et les citoyens acceptent de financer des recherches qui très souvent n’aboutissent pas à leur objectif initial ? Tout simplement parce qu’ils savent que ces recherches peuvent déboucher sur des découvertes non prévisibles et bénéfiques pour tous.

En vous ouvrant avec curiosité à nos pratiques, vous pourriez alors découvrir que la frontière entre les thérapies alternatives et la médecine allopathique n’est absolument pas étanche et que l’une et l’autre peuvent se nourrir mutuellement et évoluer ensemble.

Que dites-vous mes amis de FakeMed des interventions chirurgicales qui se font sous hypnose sans anesthésie générale ?

Que dites-vous de l’usage par la psychiatrie de la méditation et de thérapies comme l’ACT qui revendiquent leur filiation avec des pratiques de relaxation ancestrales et non « scientifiques » ?

Que faites-vous enfin de ces sourires de patients soulagés d’avoir retrouvé la santé en quelques séances de thérapie alternative alors qu’ils écumaient depuis des années les salles d’attentes de spécialistes dont les prescriptions étaient sans effet ?

Je suis conscient que ce ne sont pas des « preuves » que votre conditionnement académique ou culturel vous permettent d’accueillir pour le moment. Mais ce sont des constats factuels d’un effet bénéfique qu’il est absurde de nier et qui doit nous inciter à plus de curiosité.

Mais tout thérapeute sait que la peur n’incite pas à la curiosité et qu’elle pousse plutôt à l’enfermement et à l’agressivité …

Je suis convaincu que cette « concurrence » grandissante des thérapies alternatives sera bénéfique pour ce qui compte le plus: nos patients et leur santé ! Et je fais le pari qu’elle incitera aussi les médecins à améliorer leur « relation thérapeutique » avec les patients et à s’ouvrir à de nouveaux horizons comme nous le constatons déjà chez les jeunes praticiens.

Alors mes amis de FakeMed je comprends parfaitement que vous puissiez vous sentir menacés dans votre pré carré et vos certitudes.

Car le monde de la santé est en train d’être « disrupté ». Le mouvement qui est en cours est le même que celui que connaît l’industrie manufacturière ou alimentaire. Il trouve son origine dans les aspirations de la société à des pratiques potentiellement moins « productives » mais plus respectueuses de l’homme et de son environnement.

Je compatis et je comprends votre inquiétude car la menace pour vos pratiques arrive de plusieurs côtés:

– Les médecines naturelles qui s’imposent progressivement dans la société comme une alternative ou un complément efficace.

– La technologique à travers les objets connectés, le big data et l’IA qui permettent déjà et permettront de plus en plus un diagnostic, un suivi et une prise en charge plus efficaces selon vos références que les meilleurs experts

Mais je vais vous révéler un petit secret : nous autres thérapeutes alternatifs sommes très sereins.

Car ce qui est beau avec les médecines alternatives, c’est qu’elles ne sont pas menacées par ce progrès technologique. En effet elles ne se réduisent jamais à des chiffres, à de la productivité et de l’efficacité quantifiables et mesurables.

Elles s’intéressent plutôt et toujours à l’essentiel : le respect de l’individu dans sa globalité dans une démarche ouverte et sincère de contribuer humblement à l’amélioration de sa santé et de son bien-être.

Un processus qui passe par la relation profondément humaine entre le thérapeute et le patient. L’essentiel est là et sera toujours là quels que soient les progrès scientifiques.

Enfin je partage avec vous une petite citation qui m’a toujours inspirée : « Dans la vie nous n’avons finalement toujours que 2 choix : la Peur ou l’Amour ».

Je vous souhaite de choisir l’Amour plutôt que la Peur.

Julien.

Vous pouvez à tout moment :
– Rejoindre le groupe « Réussir Comme Thérapeute »: je rejoins le groupe

Vous trouverez des articles de contenu 100% dédiés thérapeutes, des invitations pour des ateliers gratuits, etc.

– vous abonner à la chaîne Youtube: je m’abonne à la chaîne

J’y poste (quand j’ai le temps) des vidéos sur des sujets très concrets en rapport avec votre activité de thérapeute. Vous y trouverez aussi par exemple les enregistrements de mes ateliers LIVE etc.

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Comment bien choisir un atelier de massage bébé

Ça y est vous venez d’accoucher, quelle activité pouvez-vous proposer et partager avec votre bébé.
Durant 9 mois, ce dernier était protégé en vous. Peut-être vous a-t-on proposé le peau à peau une méthode que l’on ne présente plus aujourd’hui tant elle a fait ses preuves. Le toucher, ce sens qui relie à notre environnement, pour bébé c’est l’un des sens les plus stimulé durant la vie intra utérine.
Ainsi le liquide amniotique au contact de la peau a créé de par ses mouvements un massage doux et délicat adapté à la peau de votre bébé.
A la naissance, dans ce milieu aérien totalement différent de ce monde aquatique, le massage que vous lui donnez au travers du bain en lui appliquant une huile ou en le portant tout simplement, tous ces gestes du quotidien lui rappellent ce premier massage que vous avez donnée à votre insu.

Alors pourquoi apprendre à masser ?

En tant que masseuse périnatale et animatrice d’atelier massage bébé, j’observe que de nombreux parents ne réalisent pas combien tous les gestes du quotidien sont une occasion merveilleuse de faire du bien à leur bébé. En venant aux ateliers ls y apprennent des gestes des astuces mais c’est surtout l’occasion de réaliser à quel point vos compétences parentales sont nombreuses. Un atelier massage bébé vous donne l’occasion en plus de tous ces gestes du quotidien, de faire du bien à votre
enfant et prendre conscience que vous lui en faites.

Mais comment choisir un atelier massage bébé ?

Tout d’abord sachez qu’avant le premier mois un atelier massage bébé n’est pas forcément un lieu adapté pour un nourrisson. En effet, c’est un lieu nouveau avec des présences nouvelles et du bruit.
Cependant, il est possible d’apprendre à masser à domicile en individuel. Je propose cela pour les bébés de moins d’un mois. Parfois à la maternité ce service est proposé n’hésitez à vous renseigner et certaines Protection Maternelle et Infantile peuvent aussi le proposer.
Un atelier massage dure 1 heure. Cependant un bébé ne peut-être massé une heure, sa capacité d’attention ne le lui permet pas. Un massage entier du corps d’un bébé selon les pratiques dure entre 15 et 30 minutes. L’atelier dure 1 heure car il vous ai transmis un protocole ponctuer de gestes et d’explications avant la mise en application. L’atelier généralement va s’étaler dans le temps en moyenne 3 à 4 séances une fois par semaine, pour permettre aux parents de s’exercer et surtout à
votre bébé durant cette heure d’atelier où son attention est sollicité, de recevoir ces nouveaux gestes avec plaisir.
Un atelier massage bébé selon la capacité de la salle peut accueillir entre 2 et 5 parents. La personne en charge de l’animation de cet atelier doit pour vous guider vous observer. Cette observation ne peut se faire dans de bonnes conditions si l’atelier accueille trop de parents et d’enfants. N’hésitez donc pas avant de vous inscrire à un atelier à demander quel est la capacité maximal de l’atelier.
Enfin sur un plan pratique choisissez un lieu proche de votre lieu d’habitation, afin que vous puissiez vous y rendre facilement et évitez à votre bébé, un trajet long et fatiguant qui nécessiterait que vous nourrissiez votre bébé juste avant l’atelier. Ce qui reporterai l’atelier, car il faut attendre que votre bébé ai digéré soit au moins une heure si vous l’allaitez au sein à deux heures si vous l’allaitez au biberon.
Quant au prix il est variable selon que l’animatrice le fasse pour le compte d’une association ou d’une institution. Ainsi vous pouvez vous rapprocher de la PMI ainsi que d’associations de soutien à la parentalité les plus proches de chez vous. Enfin vous pouvez contacter une animatrice en atelier massage bébé en passant par le site de l’Association Française de Massage Bébé. Enfin pour les professionnelles installés en libéral une recherche sur internet. Rendez vous sur leur site et vérifier si d’une part elles ont diplômes spécifiques dans le domaine et si elles ont de l’expérience. Et surtout n’hésitez pas à le contacter pour questionner.

Naïté masseuse
périnatale et animatrice d’atelier massage bébé.

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Le massage prénatal : bienfaits et précautions

Témoignage : Léopoldine Coupry, formatrice spécialisée en réflexologie pédiatrique

Devenir hypnothérapeute: ce qu’il faut savoir

Omyzen part à la découverte de vos passions. Aujourd’hui nous vous parlons de l’hypnose. Une discipline complexe qui recouvre plusieurs approches parfois très différentes.

hypnothérapeute pendant une séance

En quoi cela consiste ?

L’hypnothérapeute est un professionnel de la relation d’aide. Il utilise l’hypnose comme outil principal pour aider les patients à aller mieux. L’hypnose n’est qu’un outil qui doit le plus souvent être complété par d’autres techniques: thérapie systémique, Gestalt Thérapie, PNL, EMDR…

Un des mouvements les plus développés est celui de l’hypnose Ericksonienne. Cette discipline a été fondée par Milton Erickson. Ce psychiatre de génie utilisait le langage pour induire des états modifiés de conscience. Il exploitait également le pouvoir associatif du cerveau à travers des métaphores suggérant subtilement le changement.

Aujourd’hui certains hôpitaux proposent d’utiliser l’hypnose en remplacement des anesthésiants . Elle peut même intégrée à des psychothérapies plus classiques pour générer des régressions en âge et ainsi aider le patient à revisiter des événements traumatiques passés.

D’où vient cette discipline ?

L’homme a pu constater depuis la nuit des temps que certains états modifiés de conscience ont des vertus thérapeutiques et favorisent le changement:

  • chamanes et leurs rituels thérapeutiques ou initiatiques
  • religieux qui psalmodient des prières et rentrent en transe (avec à la clé des guérisons “miraculeuses”)
  • derviches tourneurs
  • musiques rythmées et entêtantes de certains rituels

C’est au 18ième siècle que le “magnétisme animal” rencontre un grand succès dans la société. Le célèbre magnétiseur Messmer effectue des démonstrations spectaculaires. Mais progressivement les médecins et scientifiques remettent en question ce magnétisme animal. En effet ils démontrent que les effets du magnétisme animal sont principalement liés à l’imagination des patients.

Actuellement l’hypnose rencontre un succès grandissant qui s’appuie sur un mélange de fascination pour un phénomène qui semble “magique” et le constat de son efficacité qui lui a permise d’être introduite dans les hôpitaux du monde entier.

Enjeux déontologiques et polémiques

L’hypnose n’est pas règlementée et les diplômes d’hypnothérapeute ne sont pas reconnus officiellement. Sur le marché de la formation se côtoient des formations très sérieuses comme par exemple celles de l’Arche et de l’ECH. Malheureusement de nombreux cursus sont trop courts pour bien préparer les futurs praticiens en hypnose. Heureusement pour les patients ces thérapeutes mal formés se révèlent souvent plus inefficaces que dangereux.

L’hypnose est également questionnée sur son efficacité thérapeutique. Alors que ses effets anesthésiants sont difficilement contestables, l’absence d’études sérieuses probantes sur son efficacité thérapeutique maintiennent le doute. Les nombreux hypnothérapeutes mal formés alimentent aussi cette suspicion par leur inefficacité.

C’est pour vous si vous êtes …

  • passionnés par la relation d’aide
  • très à l’aise avec l’échange humain et le langage
  • curieux et êtes prêts à vous former en permanence pour ajouter des cordes à votre arc thérapeutique
  • équilibré et avez mené un travail sur vous-même sérieux avec un psychothérapeute
  • intéressé par le marketing et la communication pour faire connaître votre activité
  • connaissez omyzen 😉

Et l’auto-hypnose c’est quoi ?

Vous pouvez vous appliquer seul certaines techniques utilisées en hypnose. Vous pouvez ainsi vous mettre en état de transe hypnotique et vous auto-suggérer dans un état dissocié certains changements. L’autohypnose est un excellent outil pour les hypnothérapeutes qui souhaitent donner de l’autonomie à leurs patients.

Le marché des hypnothérapeutes

  • c’est une des disciplines les plus “tendances” au sein des médecines douces
  • Le niveau de concurrence est très important dans certaines villes
  • Le niveau de méfiance est important et l’hypnose fait plus peur que les autres disciplines. Il faut donc rassurer avec un bouche à oreille irréprochable et d’excellentes évaluations sur vos évènements Omyzen

Les formations en hypnose

Il existe de très nombreuses formations en hypnose. Nous vous conseillons d’éviter les raccourcis en voulant vous lancer avec une formation trop courte. Vous risquez de ne pas être efficace et de ne pas réussir à remplir votre cabinet ou vos évènements. Par vous risquez rapidement de vous ennuyer si l’éventail de techniques que vous maîtrisez est trop faible. Nous vous conseillons de suivre des cycles complets d’hypnose ainsi que des modules complémentaires en psychothérapie ou psychopathologie par exemple.

Pour en savoir plus ?

Le Nobel de Youyou Tu est-il une reconnaissance de la médecine traditionnelle chinoise ?

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Des végétaux séchés, ingrédients de base de la pharmacopée chinoise.
vivi14216/pixabay

Marta Hanson, Johns Hopkins University

Je suis sûre que je ne suis pas la seule surprise par l’annonce du prix Nobel 2015 de physiologie-médecine. La moitié de la récompense a été attribuée à une chercheuse qui a consacré sa carrière à étudier la médecine traditionnelle chinoise. Cette scientifique, Youyou Tu, et ses collègues, membres depuis 1965 de l’Académie chinoise de médecine traditionnelle chinoise à Pékin (aujourd’hui Académie de Chine des sciences médicales chinoises) pourraient être tout aussi abasourdis que je ne le suis aujourd’hui.

L’annonce du prix Nobel et la session questions-réponses.

Pour un chercheur, se voir attribuer le prix Lasker est souvent un bon indicateur d’un prochain prix Nobel. Tu l’avait reçu en 2011 pour sa découverte de l’artémisinine, une substance active utilisée comme alternative au traitement standard contre le paludisme, la chloroquine. Cette dernière molécule perdait rapidement du terrain depuis les années 1960 en raison du nombre de plus en plus important de parasites résistants. Pourtant, la recherche scientifique sur les propriétés pharmaceutiques des plantes médicinales traditionnelles chinoises n’a jamais été un domaine où l’on aurait pu prédire une telle reconnaissance internationale.

D’ailleurs, partout dans le monde, les connaissances médicales traditionnelles n’ont jamais été favorites pour l’attribution d’un Nobel. Jusqu’à maintenant, tout du moins. Alors, comment devons-nous interpréter ce changement, sans doute majeur, dans l’attention portée internationalement à la médecine traditionnelle chinoise ?

Une herbe connue depuis 1 700 ans

Après l’annonce du Prix, lors de la session questions-réponses à l’Institut Karolinska, qui décerne les prix Nobel, l’un des intervenants a salué non seulement la qualité de la recherche scientifique de Tu mais aussi la valeur de l’expérience empirique qui s’enracine dans le passé.

L’effet antifébrile de l’herbe chinoise Artemisia annua (qinghaosu 青蒿素), ou armoise, était en effet déjà connu il y a 1 700 ans, a-t-il expliqué. Tu a été la première à extraire la composante biologiquement active de la plante – appelée artémisinine – et à préciser comment elle agissait. Le résultat a représenté un véritable changement de paradigme dans le domaine médical : cela a permis à l’artémisinine d’être à la fois étudié en clinique et produit à grande échelle.

Tu a toujours insisté sur le fait qu’elle a trouvé son inspiration dans le précis d’un médecin chinois et alchimiste du IVe siècle du nom de Ge Hong 葛洪 (283-343).

Son livre Des formules d’urgence à garder à porter de main (Zhouhou beijifang 肘 後備 急 方) peut se comprendre comme un manuel pratique de formules de médicaments en cas d’urgences médicales. C’était un livre assez léger pour être gardé « derrière le coude » (zhouhou), c’est-à-dire en réalité dans la manche du vêtement, un endroit où les hommes chinois mettent parfois quelques affaires. Nous pouvons comprendre, à travers la description astucieuse des symptômes de ses patients que fait Ge, que les Chinois d’alors souffraient, non seulement du paludisme, mais aussi d’autres maladies mortelles comme la variole, la fièvre typhoïde et la dysenterie.

Au-delà de ses notations sur les qualités d’Artemisia annua pour combattre la fièvre, le médecin Ge a également écrit sur la façon dont l’éphédra, _Ephedra sinica _(mahuang, 麻黃), traitait les affections respiratoires et comment le sulfure d’arsenic (« l’arsenic rouge », en chinois xionghuang 雄黃) est utile pour certains problèmes dermatologiques.

Ingrédients traditionnels, médicaments modernes

Ce n’est pas parce qu’un composé a des racines naturelles et a longtemps été utilisé dans la médecine traditionnelle qu’il faut le prendre à la légère.

Vous vous souvenez peut-être qu’en 2004, la Food and Drug Administration américaine avait interdit des suppléments diététiques contenant de l’éphédra. Censés améliorer les performances, ils avaient été la cause, non seulement d’effets secondaires graves, mais aussi de plusieurs morts. L’interdiction reste toujours en vigueur aux États-Unis, malgré l’action en justice intentée par des fabricants. Cependant, l’éphédrine, médicament dont l’éphédra est la substance active, est très utilisé pour traiter la pression artérielle basse et reste un ingrédient courant des produits sans ordonnance contre l’asthme.

Pharmacie traditionnelle chinoise aux rayons et bocaux emplis d’herbes médicinales.
vkreay / flickr, CC BY-SA

Quant à l’arsenic rouge, sa toxicité est bien connue dans la Grèce antique et la Chine ancienne. Dans la pensée médicale chinoise, cependant, les toxines utilisées intelligemment peuvent être des antidotes puissants pour d’autres poisons. L’arsenic rouge continue ainsi d’être utilisé par les praticiens chinois comme antitoxique et pour tuer les parasites. Appliqué sur la peau, il traite la gale, la teigne et certaines éruptions ; avalé, il expulse les parasites intestinaux, notamment les ascaris.

Bien que le monde biomédical n’utilise pas actuellement l’arsenic rouge ou d’autres minéraux apparentés, les chercheurs chinois n’en ont pas moins étudié leurs propriétés anticancéreuses. En 2011, Jun Liu, chercheur chinois à l’Université Johns Hopkins aux États-Unis, et d’autres collègues ont a également découvert que la plante médicinale chinoise Tripterygium wilfordii Hook F (en chinois lei gong teng 雷公藤) a une efficacité contre le cancer, l’arthrite et le rejet de greffe de peau.

Le travail de pionnier de Tu sur l’artémisinine peut ainsi être considéré comme le sommet de l’iceberg quand l’on évoque les études scientifiques des plantes médicinales chinoises pharmacologiquement actives. Cet effort mondial a notamment permis de trouver une autre substance active contre le paludisme, Dichroa febrifuga (changshan 常山), une découverte qui provient de la nouvelle recherche scientifique sur les plantes médicinales chinoises lancée en Chine continentale dans les années 1940.

L’histoire retiendra que c’est la validation de ce médicament traditionnel comme antipaludique dans les années 1940, qui a été le fondement, vingt ans plus tard, d’une directive de Mao Tsé Toung sur la recherche d’un médicament contre le paludisme. Ainsi, on peut mieux comprendre le travail scientifique effectué par Tu si on prend en compte les complexités politiques du pays et l’histoire du soutien de la médecine chinoise par le gouvernement de la Chine continentale, pendant tout le XXe siècle, et pas seulement pendant la période maoïste.

Même en dehors de la Chine, de telles recherches ont donné des résultats. Dans les années 1970, par exemple, des chercheurs américains et japonais ont développé les statines utilisées pour abaisser le taux de cholestérol à partir de l’étude d’une mousse Monascus purpureus qui colore la levure de riz rouge … en rouge !

Des données empiriques montrent l’efficacité de telles substances. Elles sont consignées depuis des siècles dans les riches archives médicales chinoises. La recherche moderne s’en est inspirée.

Médicalement bilingue

Alors, ce prix Nobel attribué à Youyou Tu est-il un signal de changement d’approche de la part de la science occidentale vis-à-vis des médecines alternatives ? Peut-être, mais pas de façon très marquée.

L’un des intervenants de l’Institut Karolinska a reconnu qu’il y a beaucoup de sources à partir desquelles les scientifiques peuvent s’inspirer pour développer des médicaments. Parmi elles, nous ne devrions pas ignorer la longue histoire des expérimentations du temps passé. Comme il l’a précisé, ces données peuvent être source d’inspiration, mais ces anciens remèdes à base d’herbes ne peuvent être utilisés tels quels. Il s’agit de ne pas sous-estimer les méthodes sophistiquées utilisées par Tu pour extraire le composé actif à partir de l’artémisinine Artemesia annua, a insisté un autre intervenant.

Ce prix Nobel est non seulement une reconnaissance pour cette transformation complète d’une plante chinoise en un médicament puissamment efficace grâce à la science biomédicale moderne, mais il se veut aussi une récompense pour les millions de vies sauvées grâce à la diffusion réussie du médicament, en particulier dans le monde en développement.

Mais il y a autre chose qui fait que Tu est vraiment exceptionnelle à côté de ses deux co-lauréats du Nobel de médecine, William C. Campbell et Satoshi Omura, ainsi que par rapport à d’autres collègues pharmacologues, orientés plus vers la médecine occidentale. Tu incarne avec son histoire et sa recherche ce que j’appelle le bilinguisme médical. C’est-à-dire la capacité non seulement de lire dans les deux langues médicales différentes, mais aussi de comprendre leurs histoires, leurs différences conceptuelles, et, plus important encore concernant cette nouvelle inattendue, leur valeur potentielle pour établir une thérapeutique dans le temps présent.

Ce bilinguisme médical est une qualité que les chercheurs poursuivant le même chemin d’exploration entre la connaissance empirique des traditions médicales et le plus haut niveau de la science biomédicale moderne seraient bien heureux de partager avec le prix Nobel Youyou Tu.The Conversation

Marta Hanson, Associate Professor of the History of Medicine, Johns Hopkins University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Le yoga peut-il aider à faire face aux troubles psychiques ?

Le yoga peut-il aider à faire face aux troubles psychiques ?

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Brenkee/Pixabay

Holger Cramer, University of Duisburg-Essen

Si vous avez visité une grande ville dans le monde au cours des 10 ou 20 dernières années, vous avez peut-être remarqué l’incroyable poussée du yoga dans le domaine de la santé. Le yoga n’est plus perçu comme une activité seulement récréative, mais comme un moyen de renforcer et de maintenir la santé : environ 31 millions d’adultes américains (plus de 13 %) ont utilisé le yoga pour cette raison, et des données comparables sont disponibles pour l’Europe et l’Australie.

Des essais cliniques ont montré que le yoga soulage la douleur en étirant les muscles et en alignant la posture, abaisse la tension artérielle en rééquilibrant le système nerveux autonome et réduit l’inflammation en régulant le stress chronique. Ces derniers temps, le yoga est de plus en plus perçu non seulement comme un moyen de réduire le stress et d’améliorer la forme physique, mais aussi de surmonter la souffrance mentale.

Cela ne devrait pas vraiment être une surprise : il y a environ 2 000 ans, le sage indien Patanjali, le « grand-père » du yoga moderne, définissait le yoga comme « le contrôle des fluctuations de l’esprit ». Au-delà du spirituel, il existe des preuves scientifiques fiables et des mécanismes clairs par lesquels le yoga pourrait aider dans le cas des symptômes de troubles mentaux.

Stress post-traumatique

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est un problème majeur de santé publique affectant jusqu’à 6 % de la population mondiale. Le TSPT résulte d’expériences traumatisantes importantes rencontrées beaucoup plus fréquemment chez les anciens combattants, les survivants de guerres ou de catastrophes naturelles et les victimes de violence. Le trouble est caractérisé par la réexpérience, l’évitement et l’hyperréactivité. Le TSPT est associé à une structure cérébrale appelée amygdale qui relie la mémoire de certaines expériences aux émotions – dans le cas du TSPT, l’amygdale est suractivée et produit ainsi constamment les symptômes susmentionnés.

En augmentant l’activité parasympathique, le yoga réduit les effets du stress : c’est la réponse de relaxation qui pourrait également réduire directement l’activité de l’amygdale. Cela semble être le cas notamment avec les méthodes de respiration yogiques telles que la respiration alternée des narines. D’un point de vue psychologique, le TSPT est caractérisé par le paradoxe suivant : les patients se sentent anxieux quant à l’avenir, bien que l’événement traumatique soit passé. Ceci est principalement provoqué par une surgénéralisation des expériences passées et une évaluation négative des actions personnelles, de celles des autres, ainsi que des perspectives de vie.

Le yoga, comprenant des aspects de pleine conscience, c’est-à-dire une attention ouverte, y compris aux émotions ou aux souvenirs désagréables, est de nature à augmenter la régulation des émotions, bien mieux que l’évitement. La conscience consciente de la nature transitoire de son expérience physique, sensorielle, et émotionnelle momentanée au cours de la pratique du yoga est supposée conduire à un changement dans l’auto-évaluation de soi, réduisant ainsi les symptômes du TSPT.

Des études sur les deux Amériques et en Australie ont convié des vétérans ainsi que d’autres personnes ayant des expériences traumatisantes et les ont orientés au hasard soit vers des sessions de yoga réparties sur des périodes de plusieurs semaines à plusieurs mois, soit vers des groupes de contrôle pas traités du tout ou qui ont reçu de simples conseils de santé. Dans une méta-analyse de ces études, mes collègues et moi-même avons pu démontrer que les participants qui pratiquaient le yoga présentaient une réduction beaucoup plus forte et cliniquement significative de leurs symptômes – même si le style de yoga n’était pas spécifiquement conçu pour les participants atteints de TSPT.

Peur et anxiété

D’autres études ont ciblé les troubles anxieux. L’anxiété est une réponse normale à des situations ou des événements spécifiques. Sans anxiété, l’humanité n’aurait sûrement pas survécu. Cependant, une peur ou une anxiété excessive peut indiquer un trouble anxieux. Dans le trouble anxieux généralisé (TAG), par exemple, des niveaux élevés d’anxiété, associés à des problèmes de santé, de relations, de travail et de finances, entraînent une grande variété de symptômes physiques et de changements de comportement. On estime qu’à lui seul, le TAG touche 4 % de la population aux États-Unis.

L’anxiété excessive a également des conséquences sur la santé à long terme, les symptômes somatiques de l’anxiété comme les palpitations et les battements cardiaques irréguliers étant associés à un risque accru de maladie cardiovasculaire. Il est intéressant de constater que traiter l’anxiété est l’une des principales motivations que les gens mentionnent pour la pratique du yoga. Là encore, la vigilance semble jouer un rôle clé : les patients atteints de TAG sont moins « conscients » que la moyenne de la population générale, ce qui indique que le travail corporel, la respiration et la méditation peuvent aider en « contrôlant les fluctuations » de l’esprit.

Mais ce sont surtout les techniques de respiration yogiques qui sont les plus efficaces pour traiter les troubles mentaux, bien plus que les postures de yoga bien connues. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les troubles anxieux sont plus fréquents chez les patients souffrant de troubles respiratoires tels que l’asthme ou la broncho-pneumopathie chronique obstructive et que la rééducation respiratoire a été une partie essentielle de nombreuses approches de thérapie cognitivo-comportementale pour les troubles anxieux.

Thérapie avec yoga dans un hôpital militaire américain.
US Navy/Juan Pinalez

Notre équipe a aussi analysé dans une autre méta-analyse les effets du yoga sur les troubles anxieux, y compris le TAG ou la phobie. Les résultats sont souvent positifs, toutefois la plupart des études sont assez anciennes et ne répondent pas aux exigences de la science moderne, de sorte qu’il est urgent de les reproduire. Reste que le soulagement des symptômes d’anxiété chez les personnes en bonne santé est globalement avéré, aussi bien pour la peur quotidienne diffuse que pour l’anxiété liée à un examen ou à la performance chez les musiciens.

Ainsi, il est clair que le yoga peut aider à soulager les symptômes liés au traumatisme et l’anxiété, et que les exercices de respiration représentent le mécanisme principal par lequel il opère. Pour l’anxiété quotidienne mineure, les techniques de respiration yogiques simples valent la peine d’être essayées comme stratégie personnelle de soin. En revanche les patients atteints de troubles mentaux ne devraient pas pratiquer le yoga par eux-mêmes, avant d’avoir consulté leur psychiatre et leur psychothérapeute.


Holger Cramer interviendra toute la journée avec d’autres intervenants au « Symposium Yoga et Santé » le 18 mai 2018 à la Cité des Sciences de Paris.The Conversation

Holger Cramer, Directeur de recherches, médecine interne et intégrative, University of Duisburg-Essen

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Les cosmétiques biologiques, est-ce vraiment mieux pour la santé ?

Les cosmétiques biologiques, est-ce vraiment mieux pour la santé ?

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Benjah-bmm27/Wikimedia

Céline Couteau, Université de Nantes et Laurence Coiffard, Université de Nantes

Pendant longtemps, l’homme a utilisé ce qu’il avait à sa disposition pour réaliser des cosmétiques, plus ou moins efficaces, plus ou moins dangereux. Les différents sels de plomb utilisés pour blanchir la peau ou bien maquiller les pommettes ou les yeux de l’Antiquité jusqu’au début de l’ère industrielle en sont un exemple emblématique. Les ingrédients puisés dans la nature, contrairement à ce que l’on voudrait bien nous faire croire, ne sont pas tous bons pour la santé ! A contrario, les ingrédients de synthèse ne sont pas non plus tous aussi épouvantables pour la santé humaine qu’un certain marketing le laisse supposer !

Les produits biologiques, un concept qui évolue

Des années 1950 aux années 1970, parler de produits biologiques revient à évoquer des ingrédients d’origine humaine (placenta, liquide amniotique) ou animale (sérum, hormones…). On est bien loin de l’agriculture biologique mise à l’honneur dans les cosmétiques bio (bio pour biologique) de nos jours. La crème régénératrice Amnioderm du Dr Payot est un bon exemple. Formulée à base de liquide amniotique, « produit biologique naturel sélectionné et prélevé de manière aseptique selon une technique spéciale », aux dires de la marque, cette crème est présentée dans les années 1970 comme le produit « parfait ».

En 1995, une autre marque, Dr Pierre Ricaud, nous vante son Stimulateur biologique, un cosmétique renfermant trois acides de fruits « qui préparent le terrain aux autres soins ». Les années 2000 voient se multiplier les sociétés misant sur le côté naturel des produits formulés. Il faut dire que les ingrédients de synthèse sont assez malmenés : conservateurs antimicrobiens, filtres UV, autant de matières premières présentées comme de « dangereux perturbateurs endocriniens ». De nouvelles mentions apparaissent sur les emballages cosmétiques.

Désormais, le label « bio » ou « eco » peut être apposé sur les emballages à condition que le cosmétique renferme un pourcentage suffisant d’ingrédients naturels issus de l’agriculture biologique. Ce label est décerné par des associations type Cosmebio ; celle-ci date de 2002. Un organisme certificateur comme Ecocert entérine la véracité de l’assertion, vérifiant que le cahier des charges est bien respecté. Un certain nombre d’ingrédients sont ainsi mis à l’index.

Du produit naturel au produit biologique

De nombreux créateurs de laboratoires cosmétiques ont été inspirés par la nature et sont les précurseurs de nos sociétés de cosmétiques biologiques actuelles. Quelques dates-clés sont à retenir. En 1921, l’association de 3 personnalités, un chimiste, Oskar Schmiedel, un médecin, Ita Wegman et un philosophe, Rudolph Steiner, aboutit à la création de la société Weleda. En 1962, Rudolf Hauschka étend son activité au domaine cosmétique après avoir créé tout d’abord une société pharmaceutique spécialisée en phytothérapie (Wala) en 1935. 1972, la société Phyt’s naît de la rencontre de Jean-Paul Llopart, naturopathe et de Rosanne Verlé, esthéticienne. En 1992, Gérard Wolf réalise des élixirs floraux selon la théorie du Dr Bach et les incorpore dans « ses cosmétiques » sous la marque « Les fleurs de Bach ». Et en 1993, Charles Kloboukoff propose « une alternative naturelle aux produits agrochimiques de santé, d’alimentation, de beauté, d’hygiène » avec sa société Lea Nature.

L’image du naturel est un bon argument commercial.
saponifier/Pixabay

De nombreuses marques verront ainsi le jour : Floressance, Les premiers soins bio, So’Bio’Etic, Lift Argan, Natessance… En 2002, Caroline Wachsmuth, ex-mannequin, ex-journaliste et adepte de l’aromathérapie lance la marque « Doux me », première marque certifiée bio par Ecocert. À partir de cette date, les sociétés spécialisées dans le biologique se multiplient, chaque créateur d’entreprise apportant sa touche personnelle. On pourra noter que tous ces laboratoires développent un lien fort ou un attrait particulier pour le domaine médical. Certains sont médecins, d’autres pharmaciens, d’autres encore adeptes de telle ou telle branche de la pharmacie (phytothérapie, aromathérapie, homéopathie…).

Le produit biologique, un produit « sans… sans… »

Le cosmétique biologique se définit en premier lieu par l’absence de certains ingrédients pointés du doigt avec insistance. Sont ainsi mis au pilori les dérivés du pétrole. Paraffine et vaseline sont exclues péremptoirement des formules. C’est grand dommage ! Rappelons, pour mémoire, que c’est Karl Ludwig von Reichenbach (1788-1869), un chimiste allemand, qui découvre, au début du XIXe siècle, la paraffine, obtenue par distillation de produits organiques (goudron de hêtre, de charbon). Il choisit ce nom, composé à partir du latin pour qualifier l’inertie chimique de l’ingrédient découvert. Ce caractère est commun à tous les ingrédients de cette famille et présente un intérêt non négligeable en formulation.

Inertes, qui ne rancissent pas, non susceptibles de pénétrer au travers de la peau, ces ingrédients présentent de nombreux avantages. Dénuées de toute toxicité, ces matières premières forment un film à la surface de la peau, permettant ainsi de lutter contre le phénomène de déshydratation. Ces dérivés pétrochimiques très appréciés – à juste titre – de l’industrie pharmaceutique (on en retrouve dans la célèbre crème Biafine et dans de nombreuses préparations topiques) et de l’industrie des cosmétiques conventionnels (la crème Nivea en est le meilleur exemple) sont présentés comme des ingrédients indésirables.

Les parabènes (conservateurs injustement accusés d’être cancérigènes), les filtres UV (actifs nécessaires pour la réalisation de produits de protection solaire à hauts indices, présentés comme des perturbateurs endocriniens), les PEG (des molécules utilisées pour éviter la dessiccation du cosmétique), la plupart des tensioactifs (molécules indispensables pour la réalisation des émulsions), l’EDTA (un séquestrant entrant entre autres dans la composition des produits d’hygiène afin d’éviter le dépôt de calcaire sur la peau ou les cheveux)… autant d’ingrédients accusés à tort d’être dangereux pour la santé.

L’accent est mis sur l’aspect naturel des ingrédients incorporés. Il faut, toutefois, faire attention à ne pas faire l’amalgame entre produit naturel et totale innocuité. Des concentrations importantes en métaux lourds retrouvées dans une argile (ô combien naturelle !) sont la preuve que la nature n’est pas toujours aussi douce qu’on veut bien nous le faire croire.

Le naturel est présenté comme un argument de vente, c’est pourquoi l’on vous précisera que la glycérine utilisée est végétale. La glycérine est de la glycérine, quel que soit son mode d’obtention ! Précisons que la glycérine retrouvée dans les cosmétiques conventionnels est également d’origine végétale et que cette glycérine est un sous-produit de la savonnerie.

La glycérine, un ingrédient de base du savon.
Chrysti/Flickr, CC BY-NC

Pour ceux que le terme « réaction chimique » affole, il est bon de relativiser les choses. La glycérine végétale est le fruit d’une réaction chimique, la réaction de saponification réalisée en traitant des corps gras (huiles végétales ou suif) par une base forte (soude ou potasse). En ce qui concerne l’alcool, largement utilisé comme conservateur et solvant dans les cosmétiques biologiques, sa présence est, à notre sens, une aberration. L’astérisque précisant qu’il provient de « culture biologique » ne constitue en rien un argument. Cet ingrédient cytotoxique et exhausteur de pénétration devrait être utilisé avec parcimonie par l’industrie cosmétique.

Attention aux huiles essentielles

Enfin, nous souhaitons mettre en lumière le cas de l’utilisation des huiles essentielles. Celles-ci sont les ingrédients phares d’un grand nombre de cosmétiques biologiques. Il convient de les regarder avec circonspection. En effet, ces huiles essentielles sont bien souvent source d’allergènes (le fait de préciser sur les emballages cosmétiques que les allergènes cités dans la liste des ingrédients sont « naturellement présents dans les huiles essentielles » ne diminue en rien leur caractère allergisant). Certaines huiles essentielles sont, par ailleurs, contre-indiquées chez la femme enceinte (tératogénicité, caractère abortif) ou l’enfant (effet pouvant provoquer des convulsions). Certaines sont photo-sensibilisantes, d’autres incompatibles avec certains traitements médicamenteux (c’est le cas de l’huile essentielle de gaulthérie, très à la mode actuellement). Ces huiles essentielles, loin d’être simples à manipuler, ne conviennent pas à tous les produits, ni à tous les publics. Il convient donc d’être prudent quant à leur utilisation comme ingrédient cosmétique.

Aucun cosmétique n’est testé sur l’animal

L’apposition sur les emballages des cosmétiques biologiques d’un logo particulier, type « leaping bunny » et/ou de l’expression « non testé sur animaux » laisse à penser que ceci constitue une spécificité caractéristique de ce type de produit. Il convient de rétablir la vérité en rappelant que les tests sur animaux sont interdits depuis 1998 ! Aucun cosmétique (qu’il soit conventionnel ou biologique) n’ayant plus recours à ce type de tests, il n’est pas éthique de se servir de ce levier pour capter l’attention de consommateurs trop crédules.

Pour conclure, il apparaît que l’argumentaire marketing des cosmétiques biologiques présente des failles qu’il serait bon de combler. L’abandon de termes discriminatoires vis-à-vis d’ingrédients autorisés par la réglementation européenne traduisant le retour à une « positive attitude » serait la bienvenue. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le cosmétique biologique n’est pas meilleur pour la santé qu’un cosmétique conventionnel. Il est donc nécessaire de détailler les listes d’ingrédients utilisés sans se prendre dans les fils tendus par des services marketing performants !The Conversation

Céline Couteau, Maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie, Université de Nantes et Laurence Coiffard, Professeur en galénique et cosmétologie, Université de Nantes

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Hypnose : que se passe-t-il dans le cerveau ?

Hypnose : que se passe-t-il dans le cerveau ?

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Richard Bergh (1858-1919), séance d’hypnose.
National Museum, Stockholm/ Wikimedia, CC BY-SA

Claude Touzet, Aix-Marseille Université (AMU)

L’état d’hypnose est induit plus ou moins rapidement en fonction du contexte et du sujet. Cela peut prendre quelques secondes (par la méthode dite de « rupture de pattern »), quelques dizaines de secondes (lorsqu’on recourt à la confusion mentale), voire quelques minutes (en cas de suggestion).

En pratique, nous sommes tous hypnotisables, et il est possible de nous faire faire absolument n’importe quoi. Bien évidemment, il y a des différences d’une personne à l’autre qui obligent l’hypnotiseur à adapter sa technique, mais ce n’est qu’une question de temps et de compétences. Les démonstrations réalisées sur ce thème par Derren Brown, célèbre hypnotiseur et homme de spectacle anglais, sont édifiantes et sans appel. Les seuls sujets non hypnotisables sont les jeunes enfants et les patients souffrant d’une maladie mentale impactant leur capacité d’inhibition (démence fronto-temporale, Alzheimer).

Jouer sur le répertoire de l’inhibition

L’inhibition, c’est la capacité d’empêcher, de réprimer, ou de suspendre une réponse « automatique ». Le test le plus classique pour évaluer cette fonction est vraisemblablement le « Stroop ». Il s’agit de lire une série de noms (de couleur) sans tenir compte de la couleur de l’encre, ou à l’inverse d’énoncer la couleur de l’encre sans tenir compte des noms – tâche qui implique d’inhiber la lecture (automatique).

Test de Stroop.
Illustration fournie par l’auteur

Compétence apprise, l’inhibition est le résultat de l’éducation. Elle s’acquiert au fil de nos expériences, à chaque instant : quand nous nous concentrons sur la voix de notre interlocuteur et filtrons le bruit ambiant, quand nous conduisons notre véhicule et sommes attentifs uniquement à la route. In fine, nos capacités d’inhibition sont si bien développées que nous pouvons inhiber à peu près tout : sensations, souvenirs, réponses automatiques, etc. L’hypnotiseur joue de ce répertoire d’inhibitions, que ce soit dans le cadre d’un spectacle ou dans un but thérapeutique.

Bien sûr, le « Dormez je le veux ! » est très théâtral. Mais il est aussi très fonctionnel puisqu’en général celui qui se prête à cette injonction semble s’endormir instantanément, et montre de nombreux signes du sommeil : les yeux clos, une conscience diminuée, des muscles relâchés, etc. Que l’endormissement se fasse sur demande de l’hypnotiseur pose question. Comment ses mots peuvent-ils avoir un tel pouvoir ? Pour le comprendre, il faut faire un retour sur le fonctionnement du système nerveux central, et du cortex en particulier.

Le cortex, mémoire du vécu

Représentant 80 % de la masse du cerveau, mais seulement 20 % des neurones (16 milliards), le cortex est organisé en cartes corticales. On en dénombre au total 380, chacune dédiée à une dimension précise de la réalité. Certaines traitent les formes, d’autres les couleurs, les odeurs, les lettres, les objets que l’on peut saisir, ou des choses plus élaborées comme l’orthographe des mots, ou des concepts. Au sein de ces cartes, les neurones sont organisés en ensembles fonctionnels d’environ 100 000 neurones : les colonnes corticales.

Santiago Ramon y Cajal, 1899/Wikimedia

Une telle organisation impose qu’à chaque instant, seul un petit nombre de colonnes corticales sont actives. On appelle « état d’activation global » l’ensemble des colonnes activées à un instant donné. Les propriétés d’apprentissage inhérentes au fonctionnement des neurones garantissent que cet état global est mémorisé, comme le sera aussi le suivant, puis celui d’après, et ainsi de suite. Le cortex contient ainsi la mémoire des situations vécues par une personne tout au long de sa vie.

Cette mémoire fonctionne de manière associative : quelques colonnes activées suffisent pour retrouver l’état global auquel elles appartiennent, et « rallumer » toutes les cartes concernées. Chaque fois qu’une nouvelle situation est traitée par le cortex, la dynamique corticale se modifie pour la « retrouver » dans le vécu. Si elle n’a pas été mémorisée, autrement dit si elle n’a pas été vécue, alors elle est traitée de façon plus extensive par des cartes corticales de haut niveau d’abstraction – celles qui sont impliquées dans le langage, et donc dans la conscience. C’est à ce niveau précisément qu’intervient l’hypnose, en empêchant par inhibition certaines cartes (ou parties de cartes) d’intervenir dans le traitement de la situation courante. Mais comment l’hypnose peut-elle se mettre en place ?

Trois méthodes pour un même but : dormez !

La « rupture de pattern » consiste à introduire dans une séquence habituelle quelque chose d’incohérent. Par exemple, un mouvement très automatique (comme se serrer la main pour dire « bonjour ») est interrompu en pleine exécution, et remplacé par une action inattendue (comme de porter la main du sujet à son front). Cela sème le désordre (au niveau de l’activation des colonnes corticales), et c’est l’instant idéal pour un « Dormez ! » salvateur qui devient le nouvel état d’activation global.

Pour la confusion mentale, il suffit de noyer le sujet sous un flot d’informations jusqu’à ce que son état d’activation global devienne complètement inconnu. La première chose compréhensible qui se présente (« Dormez ! ») débloque le système et devient de fait le nouvel état d’activation global.

Quant à la suggestion, troisième méthode utilisée, elle s’appuie sur des mouvements normaux mais inconnus de la personne hypnotisée. L’hypnotiseur travaille à démontrer qu’il sait ce qui va se passer : « Malgré tous vos efforts, vos yeux se ferment… » Il oblige ainsi la personne hypnotisée à inhiber ses propres réponses, au profit des siennes. Sa voix et sa parole gagnent en importance, ses suggestions sont de plus en plus écoutées et efficaces, et permettent à terme l’induction finale.

À la merci des suggestions

Le sommeil, on le sait, se caractérise au niveau du cortex par l’apparition sur l’enregistrement d’électroencéphalographie d’ondes lentes. Elles témoignent d’aller-retour importants entre le cortex et le thalamus. La convergence vers des états d’activation globaux n’est plus réalisable. Dès lors il devient impossible de mettre en évidence la nature incohérente (avec la réalité) des suggestions de l’hypnotiseur, et donc de les contester. Le sujet se retrouve à la merci des suggestions faites.

S’il s’agit d’hypnose thérapeutique, l’objectif est de parvenir à certains changements désirables, et désirés : l’arrêt du tabac, moins de stress et d’émotions pendant les examens, etc. On y parvient par le biais de suggestions pendant l’hypnose telle que : « Lors du prochain examen de physique, vous serez plus calme, votre respiration sera ample et tranquille… » Ces suggestions sont très bien mémorisées, car la personne est particulièrement réceptive, ayant très peu de colonnes corticales actives. Leur « durée de vie » est en général de quelques semaines, ce qui permet d’installer de nouvelles (et meilleures) habitudes : moins de cigarettes, moins de stress, etc. À défaut, il faut retourner voir son hypnothérapeute.

Pour conclure, ajoutons que le ressenti d’une personne pendant et après la transe de l’hypnose est un sentiment de grande tranquillité : pas d’inquiétude, pas de stress. Pourquoi ? Simplement parce que la voix de l’hypnotiseur détermine la réalité et que tout le reste est inhibé. Seuls sont représentés les états suggérés par l’hypnotiseur. Il n’y a aucune incohérence, aucune prédiction non exacte. L’état d’activation global est minimal ce qui est le gage d’une mémorisation facilitée et d’un état qualifié de « plaisir ».The Conversation

Claude Touzet, Maître de Conférences en Sciences Cognitives, UMR CNRS 7260, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !)

Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !)

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La sérotonine contribue à la régulation des émotions, ce qui lui vaut d’être parfois qualifiée un peu rapidement par certains d’« hormone du bonheur »,
Kinga Cichewicz/Unsplash

Antoine Pelissolo, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

« Docteur, je dois manquer de sérotonine ! »

J’ai entendu cette phrase des dizaines de fois au cours de mes consultations de psychiatre, et la sortie du dernier livre de Michel Houellebecq, intitulé « Sérotonine » risque fort d’amplifier le phénomène. Le narrateur y dompte en effet son mal de vivre à grands coups de « Captorix », un antidépresseur imaginaire qui stimule la sécrétion de… sérotonine, évidemment.

Suffirait-il donc d’ingérer la bonne dose de ce neurotransmetteur, parfois aussi appelé « hormone du bonheur », pour être heureux et reléguer mal-être ou dépression au rayon des mauvais souvenirs ? Les choses ne sont pas si simples.

Les limites des analogies

Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »).




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Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment.

Et souvent, nous finissons par sortir l’argument-massue : l’analogie avec d’autres maladies mieux connues, aux traitements mieux acceptés. « Quand on est diabétique, on prend de l’insuline puisqu’on en manque, et tout le monde trouve ça normal ». Sous-entendu : si vous êtes déprimé ou anxieux, c’est que vous manquez de sérotonine, donc il suffit d’en prendre un peu pour aller mieux.

La dépression serait juste liée à un problème de quantité de cette hormone du bien-être, rien à voir donc avec une quelconque fragilité psychologique, passez au garage pour remettre à niveau et circulez ! C’est un professeur de médecine qui vous le dit. « Finalement, ce qui compte, c’est que le patient le prenne, ce fichu antidépresseur. Quand il sera guéri de sa dépression, il sera content et peu importe que mes arguments soient simplistes voire abusifs ! ».

À cet instant, mon surmoi de psychiatre biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) sort le carton jaune anti- #FakeMed. Et menace d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique qui a appris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience.

En éthique médicale, on appelle ce déchirement intérieur un « conflit de valeur », lequel peut vite déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique. Car, s’il fallait être vraiment honnête (et, rassurez-vous, je le suis le plus souvent…), nous dirions avant tout à nos patients que le mécanisme d’action de nos médicaments reste aujourd’hui très mystérieux, que les causes réelles de la dépression sont encore largement inconnues, en tout cas très multiples et complexes, et que la sérotonine n’est sûrement pas l’hormone du bonheur.

Mais quand on sait qu’au moins la moitié de l’effet d’un traitement vient du pouvoir de conviction du médecin qui vous le prescrit, ce qui concourt grandement à l’effet placebo, ce type de déclaration d’ignorance risque de ne pas être très productif…

Et la sérotonine dans tout ça ?

En l’état actuel de la science, voici ce que l’on peut affirmer avec certitude sur la sérotonine :

1. Il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique.

Les officines qui le prétendent, et facturent très cher des dosages complètement inutiles, se livrent à de réelles pratiques frauduleuses. La grande majorité de cette substance se trouve dans le tube digestif et le sang, sans aucune influence sur les neurones. Si on voulait vraiment connaître le « niveau » de votre sérotonine cérébrale, il faudrait en doser certains dérivés dans le liquide céphalo-rachidien, c’est-à-dire vous faire une ponction lombaire… Par ailleurs, ce taux ne renseigne quasiment en rien sur l’activité réelle de la sérotonine dans vos neurones, ce qui nous amène au point suivant.

2. L’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau.

La sérotonine peut produire des effets quasiment inverses selon la zone cérébrale où elle se trouve, car elle module l’activité de multiples systèmes et pour cela se fixe sur des récepteurs très nombreux (il en existe au moins 13 identifiés à ce jour) et très différents dans leurs réactivités et leurs rôles). Surtout, la sérotonine est produite en permanence par des neurones spécialisés. C’est plus sa vitesse de production et de recyclage qui compte que sa quantité totale à un temps T.

3. Les effets de la sérotonine dépendent de nombreux paramètres.

À ce premier niveau de complexité se superpose un second, car les effets de la sérotonine dépendent aussi de l’état d’une multitude d’autres systèmes, et notamment de l’état des autres neurotransmetteurs, en particulier la dopamine, qu’elle vient en général freiner. Un taux de sérotonine à un moment donné ne veut rien dire si on ne connaît pas cet état général, lequel se modifie en permanence, générant une complexité d’interactions infinies.

4. La sérotonine ne régule pas uniquement les émotions.

L’effet de la sérotonine sur les émotions est indiscutable. Il s’explique par la présence de ses récepteurs dans des structures clés comme le système limbique (le cerveau émotionnel) et l’amygdale en particulier, des structures cérébrales très impliquées dans les réactions de peur et d’anxiété notamment. La sérotonine a aussi de très nombreux autres effets : sur la régulation de la température, du sommeil, de la sexualité, de l’alimentation, etc. Agir sur cette molécule peut donc modifier un grand nombre de fonctions de l’organisme, pour le meilleur (dans la dépression, plusieurs de ces systèmes sont effectivement altérés) mais aussi pour le pire (effets secondaires).

5. La sérotonine intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

Bien que souvent indirects (car provenant de travaux menés chez l’animal ou d’études très partielles chez l’être humain), de nombreux indices confirment aujourd’hui l’implication des systèmes sérotoninergiques dans les dépressions ainsi que dans beaucoup d’autres troubles psychiques, comme les troubles anxieux ou certains troubles de la personnalité. Plusieurs gènes contrôlant le recyclage de la sérotonine semblent conférer une vulnérabilité à différents troubles émotionnels ou comportementaux. Cet impact est toutefois faible et difficile à interpréter. Mais, surtout, les effets thérapeutiques des antidépresseurs favorisant l’action de la sérotonine, connus depuis plus de 50 ans, plaident fortement en faveur de l’implication de cette molécule dans les mécanismes de la dépression et de l’anxiété.

Il faut toutefois se souvenir que les systèmes neurobiologiques mis en cause sont complexes : les effets de la sérotonine entrent forcément en interaction avec les multiples autres facteurs en cause dans la souffrance psychique (personnalité, événements de vie, stress quotidien, représentation de soi et du monde, etc.).

Au-delà de ces faits avérés, des hypothèses, crédibles mais encore théoriques à ce jour, peuvent expliquer les effets des antidépresseurs.

Restaurer les capacités d’auto-réparation

L’un des rôles principaux de la sérotonine est de stabiliser et de protéger l’organisme contre le désordre intérieur et les comportements à risque. De manière imagée, elle favorise le calme et la stabilité, pour contrebalancer les effets d’autres systèmes qui visent à se défendre contre les dangers extérieurs (réactions de peur et pulsions impulsives ou agressives) et à se motiver pour agir pour notre survie (système de la dopamine qui favorise l’action coûte que coûte…).

La sérotonine atténue les émotions défensives les plus douloureuses que sont notamment la peur et la tristesse. Sans toutefois les faire disparaître complètement, ces réglages étant toujours subtils et autorégulés en permanence.

En phase dépressive ou en cas d’anxiété pathologique comme dans le trouble panique ou les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), l’organisme est en mode d’hypersensibilité émotionnelle et de détection des problèmes, de manière exagérée et surtout constante car échappant aux régulations normales. Ceci peut entraîner une cascade de réactions inappropriées, comme le repli sur soi, des pensées négatives, le dérèglement des systèmes du sommeil ou de l’appétit, etc.




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La plupart des antidépresseurs renforcent les effets de la sérotonine, en stabilisant sa production, et surtout en limitant sa destruction (il serait inutile d’administrer directement de la sérotonine, qui n’accéderait pas au cerveau). En renforçant les effets naturels de ce neurotransmetteur apaisant, on rétablit probablement la balance des émotions et des modes de pensée vers une polarité moins négative, ce qui réduit la douleur morale et ses effets secondaires. L’organisme et l’esprit retrouvent ainsi sans doute plus de sérénité et de clairvoyance, restaurant les capacités d’auto-réparation qui existent chez les êtres humains.

Ce renforcement n’est pas immédiat : il prend au moins quinze jours, car de nombreuses réactions et contre-réactions d’adaptation des récepteurs se mettent en place au début du traitement. Cela peut expliquer que les antidépresseurs n’améliorent pas immédiatement les symptômes, et que certains effets secondaires présents dans les premiers jours d’un traitement disparaissent ensuite.

La sérotonine, une ressource pour retrouver l’équilibre intérieur

Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère.

Il ne consiste toutefois pas à « rendre heureux » par un dopage artificiel, mais seulement à réduire le déséquilibre émotionnel anormal lié à la pathologie. Un antidépresseur bien prescrit ne rend pas euphorique, et n’a aucun intérêt chez une personne non déprimée. Il rétablit juste un équilibre naturel, et redonne ainsi au patient plus de liberté de penser et d’agir sereinement selon sa propre volonté.

La sérotonine est l’une des ressources mobilisables pour retrouver cet équilibre intérieur. Ce n’est pas l’hormone du bonheur, et c’est très bien comme cela !


Pour aller plus loin : Antoine Pelissolo (2017), « Vous êtes votre meilleur psy ! », Flammarion.The Conversation

Antoine Pelissolo, Professeur de psychiatrie, Inserm, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Le Shiatsu, l’art d’un massage thérapeutique

Le shiatsu se pratique au sol, sur un futon, le receveur reste habillé.

Le shiatsu est un art manuel thérapeutique qui consiste à effectuer des pressions sur des points précis du corps afin de rétablir un bon équilibre énergétique. En japonais, Shiatsu signifie : « pression des doigts », mais d’autres parties du corps peuvent être utilisées, comme les coudes ou les avant-bras.

Pratiqué en Asie depuis plus de 2000 ans, le shiatsu se base sur les principes fondamentaux de la Médecine Traditionnelle Chinoise. Il s’agit d’une approche holistique, la problématique de la personne étant considérée dans sa globalité, corps, âme et esprit.

Le shiatsu, comment ça fonctionne ?

Le shiatsu se pratique au sol, sur un futon. Le receveur reste habillé pendant toute la séance. En suivant un rythme calme et régulier, le praticien va effectuer des pressions sur des points précis du corps, qui correspondent à des points d’acupuncture (carrefours d’énergie) ou à des trajets de méridiens (chemins d’énergie).

Les pressions peuvent être plus ou moins appuyées en fonction de l’état de la personne et de l’effet recherché. Elles se réalisent avec les paumes, les doigts, les avant-bras, les coudes ou encore les genoux. D’autres gestes peuvent être pratiqués : des étirements et des mobilisations articulaires.

Toutes ces interventions sur le corps visent à libérer les tensions musculaires, à assouplir les articulations et à lever les blocages énergétiques.

Les différents styles de Shiatsu

Il existe de nombreux courants différents de shiatsu. Des grands maîtres japonais mais aussi occidentaux, ont développé leur propre vision et pratique du shiatsu qui sont enseignées dans leurs écoles respectives. Certains shiatsu sont plus spécifiquement emprunts des fondamentaux de la médecine chinoise, d’autres influencés par la chiropraxie, d’autres encore par une approche psycho-somatique des troubles et douleurs.

Nous pouvons distinguer trois grands types de Shiatsu :

Les Shiatsu énergétique :

Il est principalement axé sur la circulation du Qi (énergie vitale) dans les méridiens, la circulation harmonieuse entrainant un bon état de santé. Au sein de même de ce Shiatsu des méridiens, nous retrouvons différentes approches, certains praticiens se basant sur les méridiens tels qu’ils sont décrits dans les textes traditionnels de médecine chinoise et d’autres sur les tracés de méridiens propres au maître Masunaga senseï.

Shiatsu Structurel :

C’est une approche centrée sur l’anatomie, qui se base sur l’observation de la posture et des mouvements du corps. On y retrouve des mobilisations proches de la chiropraxie.

Le Shiatsu thérapeutique :

S’inscrivant vraiment dans le cadre de la médecine Traditionnelle Chinoise, ce type de Shiatsu a vraiment pour objectif de déceler les déséquilibres à l’origine des troubles et maladies et d’intervenir pour rétablir un état équilibré de santé.

Le praticien peut être amené à effectuer des manipulations issues de la chiropraxie.

Quels sont les bienfaits du Shiatsu ?

Le shiatsu s’inscrit dans les techniques de soin préventives et complémentaires. Il contribue à :

  • Rétablir l’équilibre énergétique du corps et favoriser une bonne circulation
  • Renforcer les capacités d’auto-régulation de l’organisme
  • Diminuer le stress et les tensions psychiques
  • Détendre les muscles
  • Assouplir les articulations

D’où vient le Shiatsu ?

Avec le Tuina, le massage thaï ou ayurvédique, le Shiatsu s’inscrit dans les pratiques manuelles de santé trouvant leurs racines profondes dans l’Inde ancienne et s’étant développées en Chine au cours des derniers millénaires. Mais la technique précise du Shiatsu a été décrite et circonscrite plus récemment au Japon.

Les japonais ont adopté la médecine chinoise dans les années 700, ils utilisaient donc déjà le Tuina, la technique de massage issue de la médecine chinoise. Au fur et à mesure, ils ont développé une approche spécifique se focalisant sur les pressions de points d’acupuncture.

Les premiers protocoles de pressions, encore utilisés dans le Shiatsu actuel, ont été compilés en 1827 dans le livre de Shinsaï Ota, intitulé « Ampuku Zukai ». Un siècle plus tard, en 1939, c’est Tenpeki Tamai qui à travers son livre « Shiatsu Ryoho » proposa pour la première fois le mot Shiatsu pour décrire cette technique particulière.

Puis Tokujiro Namikoshi œuvra à son institutionnalisation, amenant le premier protocole de Shiatsu en clinique en 1925 puis montant la première école de formation en 1940.

Au Japon, une médecine reconnue

Au Japon, le Shiatsu est très largement utilisé à des fins thérapeutiques, Il est enseigné à la Faculté de médecine (3000 heures de formation) et il est perçu comme la « seconde médecine ». Les soins sont prodigués dans les cliniques et dans les centres de bains.

En 1955, le Ministère de la santé du japon, a reconnu le shiatsu comme médecine à part entière. Il le définit comme :

« Une forme de manipulation qui utilise les pouces et les paumes des mains, sans aucun instrument mécanique ou autre, qui applique une pression sur la peau humaine, pour corriger le mauvais fonctionnement interne, favoriser et maintenir la santé et traiter les maladies spécifiques ».

En Europe, une pratique qui se développe

En Occident, de plus en plus de personnes font appel au Shiatsu comme moyen de se détendre, de relâcher les stress et de soulager des douleurs. La pratique est répandue dans toute l’Europe, notamment en Allemagne, Autriche, Grande-Bretagne, Espagne, France et Italie. Dans une enquête de Michel Odoul datant de 2006, le nombre de praticiens en Europe était estimé à 6000.

Bien que le shiatsu ne soit pas encore reconnu, une résolution du Parlement Européen votée le 29 mai 1997 le caractérisait comme une » médecine non conventionnelle digne d’intérêt « .

L’auteur Michel Odoul a contribué à la reconnaissance du shiatsu à travers l’écriture d’ouvrages de référence et la création de l’IFS (l’Institut Français de Shiatsu).

En mars 2018, a eu lieu la troisième édition de la Journée Nationale du Shiatsu et du Do-In. Des praticiens, enseignants et élèves ont organisé des centaines d’évènements dans toute la France.

Le praticien va effectuer des pressions sur les trajets des méridiens.

A qui cette discipline s’adresse-t-elle ?

Tout le monde peut recevoir un soin en shiatsu, des bébés aux séniors. Le shiatsu s’adresse à toute personne soucieuse d’optimiser un état de bonne santé physique, mentale et émotionnelle.

Concernant les contre-indications, un entretien préalable permet au praticien en shiatsu de déterminer quels gestes il va faire et ceux qu’ils ne doit pas faire étant donné l’état du patient. Si vous souffrez d’une pathologie grave, il est donc nécessaire d’en informer votre praticien.

Comment se déroule une séance ?

La séance dure une heure à une heure et demie, pour un tarif de 50 euros en moyenne. Pour les enfants la séance dure 45 minutes maximum.

Elle se pratique habillée, généralement au sol, sur un futon (matelas fin et ferme) mais parfois aussi sur une chaise de massage, pour les interventions en entreprise par exemple. Elle comprend un temps d’échange verbal.

Quelques conseils avant d’aller recevoir un soin en shiatsu :

  • Venir à jeun ou en ayant mangé léger
  • Porter des vêtements souples et confortables, si possible en fibre naturelle.

Le shiatsu : aussi pour nos amis à 4 pattes !

La discipline s’applique aussi aux animaux, avec notamment une pratique répandue du Shiatsu canin et équin.

Comment trouver son thérapeute ?

Retrouvez une liste de praticiens en shiatsu, shiatsu animalier et formateurs sur le site de la Fédération Française de Shiatsu Traditionnel sur le site du FFST et de Shiatsu France.

Ces carnets d’adresses répertorient des praticiens sérieux qui ont suivi une formation pratique et théorique en énergétique orientale pendant 3 ans, sont détenteurs de l’Attestation de Formation aux Premiers Secours (AFPS) et signataires d’un code de déontologie strict.

Alors, que ce soit pour entretenir votre bien-être ou pour réguler un déséquilibre plus profond, n’hésitez pas à faire appel aux mains expertes d’un praticien en Shiatsu.

A lire aussi :

La médecine chinoise, un art millénaire au service des défis d’aujourd’hui

Témoignage : Stéphane Braye, praticien en shiatsu, reiki, et médecine chinoise

L’Art-thérapie pour les personnes âgées

Jean-Michel Pichery est Fondateur de l’ARTEC, centre de formation professionnelle et continue en Massage, Relation d’aide, Sophrologie et Art-thérapie. Il présente ici aux lecteurs d’Omyzen les grands principes de fonctionnement de l’Art-thérapie, ainsi que son intérêt auprès des personnes âgées pour favoriser la créativité et le bien-être.

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« L’Art-thérapie permet de s’émerveiller encore et à nouveau en devenant des êtres créatifs. »

Une pratique d’Art-Thérapie chez « A.R.T.E.C.-Formation »

… assortie de quelques détails signifiants et d’observations sur son adaptabilité aux personnes âgées.

Nombre d’ouvrages avertis renseignent d’une façon plus avantageuse sur l’art-thérapie et sur son application avec les personnes âgées. Voici ici, un simple regard, issu d’une expérience professionnelle (objectif-contenu-exploitation), sans théorisation et conceptualisation, d’une méthode pédagogique basique utilisée par l’« ARTEC », facilement adaptable aux personnes âgées.

1. Un objectif : évoluer vers un mieux-être

Rappelons que le but de l’art-thérapie ne se situe pas apriori dans une pure recherche artistique car il ne poursuit pas un objectif techniquement esthétique ; ce qui n’empêche en rien la réalisation d’œuvres surprenantes et remarquables. Le but n’est point aussi une thérapie au sens médical ; ce qui n’empêche pas, pour les seuls praticiens qui en ont développé les compétences et professent en conformité avec la législation, d’utiliser l’art-thérapie en tant qu’outils thérapeutiques au sens médical, analytique et psychothérapeutique. Basé sur une démarche phénoménologique, le but fixé se centrera plus sur une simple et profonde recherche d’évolution ou de progression de la personne plutôt que sur ce qui n’en est qu’un résultat, à savoir une transformation : faut-il d’abord évoluer pour prétendre se transformer. Souvent, vouloir « se transformer », tout comme les bonnes résolutions qui ne durent que le temps de les prendre, risque de n’être qu’un mirage. On peut en effet « changer de forme » sans évoluer ; et l’on peut même à ce titre régresser !

Au préalable : se mettre dans un état propice à la créativité

La pratique de l’art-thérapie puisse ses sources en premier lieu aux techniques de la relaxation, notamment dynamique. Il n’y a pas d’art-thérapie, de moindre acte de créativité, sans une moindre modification d’état de conscience » et cela grâce à la relaxation ou la sophrologie. Il s’agit d’induire un « lâcher-prise » pour « oser créer » et faire émerger un espace à dimension art-thérapeutique :

Un espace Artistique :

La relaxation réveille l’imaginaire, fonction vitale de tout être humain et en déclenche une puissance créative. De ce fait un état de relaxation dynamique devient lui-même médiateur art-thérapeutique. De plus cet état de relaxation se perpétuera à longueur de séance ou d’atelier.

La dimension Thérapeutique :

Dans son sens originel : « prendre soin de soi, se respecter » : donc dans une optique de recherche d’un bien-être. Ce « bien-être », dont la notion est si galvaudée et souvent réduite par la publicité à une marque d’une lotion, en tant qu’objectif à atteindre grâce à l’art-thérapie, devient le plus important programme d’évolution que l’on puisse se fixer. C’est une aventure de vie parfois difficile, exigeant le deuil d’infinis blocages comportementaux. Mais elle engage sur une voie royale celle de l’«égologie » ou construction de son soi, combien joyeuse puisqu’il s’agit au final de retrouver une confiance en soi pour « devenir existant », pour enfin « être ». L’art-thérapie est en elle-même cette aventure pour qui l’expérimente, quel que soit son âge : elle réveille les forces vives de créativité en réveillant en même temps les énergies vitales de l’enfance (et non celles d’un infantilisme) et la riche force d’une maturité adulte.

personnes âgées
« Ce « bien-être » devient le plus important programme d’évolution que l’on puisse se fixer. »

Pour les personnes âgées : attiser l’émerveillement et la créativité

L’art-thérapie se révèle des plus utiles pour réveiller « leur imaginaire » car lui, il ne vieillit point ; il se bonifie même au cours des années ! Elle contribue à ce que leur vieillesse ne soit pas vécue comme une régression. Cela les aide aussi à éviter de sombrer dans l’infantilisme ou gâtisme, à retrouver « leur âme d’enfant ». Enfin l’art-thérapie réduit le risque d’un repli sur soi, remédie du moins partiellement à une perte d’autonomie, contribue à conserver la mémoire et son identité…… Bref, elle permet de s’émerveiller encore et à nouveau en devenant des êtres créatifs. Car un être qui ne crée pas est déjà un mort-vivant en ayant détruit la potentialité de son vital imaginaire.

2. Une pratique…

La pratique de l’art-thérapie exige de respecter scrupuleusement toutes les prescriptions protocolaires nécessaires à la construction d’une séance individuelle ou d’un atelier : accueil, installation, matériel (ne pas oublier la boîte de Kleenex pour sécher parfois quelques larmes!), lieu dédié, durée, …… ; ainsi que les règles éthiques et déontologiques : bonne distance, attitude, limites, moralité, discrétion,……, bref, tout ce qui fait l’objet du contenu de toute formation sérieuse.

Spécificités à prendre en compte

Avec les personnes âgées, faut-il faire preuve tout simplement de « bon sens » : il ne s’agit pas de les perturber mais d’aller cependant dans l’accomplissement du procédé au maximum des limites possibles mais respectueuses. De ce fait il convient d’adapter la pratique et de poser de telles limites en fonction des objectifs fixés et de degré d’autonomie des participants : leurs états physiques, psychiques, handicaps ou degrés d’Alzheimer ; et aussi par rapport aux conditions et situations liées au lieu d’accueil : EHPAD, Hôpital, Maison pour Tous ou de Vacances, Foyer, Résidence, Béguinage…

Mener une séance, ou un atelier, pour ne rappeler que quelques points, nécessite :

a- Une indispensable mise en situation et condition préalable

Cette mise en condition ne s’effectue durant quelques minutes que par l’utilisation d’une technique adaptée de relaxation verbale ou manuelle. Pour les personnes âgées, on privilégie une induction corporelle (massage des mains, des bras, du dos, du front), ou une musique, ou encore tout autre moyen pour réveiller une sensation et peut-être déjà une vitale émotion…. S’il n’y a pas une telle préparation, il ne se produira pas de véritable éveil de l’imaginaire et de créativité, de dimension art-thérapeutique ». La séance risque de se transformer en simple activité occupationnelle, qui ne manque pas pour autant d’intérêt.

b- La sélection d’un médiateur

  • Peinture-forme-couleur :

    semble être le médiateur à favoriser pour les personnes âgées. Notons que l’usage de fusains, encres, pastels…. risque de les induire à vouloir « bien faire » en les renvoyant à d’anciens réflexes de technicité de leur vie antérieure professionnelle et/ou scolaire (d’où preuve, ici encore, de la nécessité d’une mise en condition par la relaxation). Sinon, il convient de commencer l’atelier par des médiateurs plus instinctifs qui se rapportent à la couleur : mandala (à partir de « son propre » cercle magique), peinture à doigts, graphisme, collage, maquillage (de soi, de l’autre ou d’objets représentatifs telles que des marionnettes que l’on aura confectionnées par exemple ….).

  • le Collage :

atelier passionnant qui permet de construire des posters avec des images anonymes mais sélectionnées, ou avec des images personnelles et chères chargées d’émotions (souvenirs, photographies, dessins …). N’oublions-pas, pour éveiller d’agréables et constructives régressions, de mettre si possible à disposition les petits pots de colle parfum amande « Cléopâtre » (on y plonge les doigts) et des petits ciseaux (heureusement irritant) comme à l’Ecole!

  • l’Ecriture :

atelier génial bien que plus délicat car plus « intellectuel » ; mais mille astuces pour « oser » restent à inventer pour en plus contribuer à faire « travailler » la mémoire des participants.

  • l’Argile:

c’est le plus archaïque des médiateurs qui de ce fait peut ressusciter de fortes réactions émotionnelles ; il reste donc à utiliser avec prudence avec un public âgé. Le médiateur peut être substitué selon les cas par toute autre pâte maniable particulière : à modeler, à bois, à sel, à papier.

  • Les ateliers « Sensorialité »

bâtis sur l’exploration des cinq sens, très enclin pour renforcer l’imaginaire et la créativité, semblent à privilégier pour nos « ainés » ; ils servent en outre de moyens de stimulation et de rééducation sensorielle.

  • la Danse :

véritable « rituel miraculeux » ! Nous ne pouvons, pour justifier une telle expression imagée, recommander ce jour l’ouvrage « Faites danser votre cerveau » aux éditions Odile Jacob, paru en septembre 2018, de Madame Lucy Vincent, neurologue, qui démontre l’influence -et la nécessité- du mouvement sur le cerveau pour entrainer une restauration des capacités notamment créatives. Citons aussi «Danser à corps joie »aux Editions Dangles, paru en octobre 2018, rédigé par notre formatrice ARTEC en Danse-Thérapie, Madame Dominique Hautreux.

  • Rythme et Musique

est un médiateur facilement lié à l’expression corporelle et à la danse. Notons ici l’importance d’accompagner la réalisation de la plupart des ateliers par un fond musical. Il est souhaitable d’ éviter les musiques dites de relaxation souvent sirupeuses, pour privilégier celles archétypales et rythmées, du monde, primitives ou modernes, ou celles qui répondent à des souvenirs particuliers pour les participants

  • Chant, Clown-praticien, Masque, Sand Play ou bac à sable, Conte et Jeu théâtral, SophrologieLudique :

il s’agit d’autres médiateurs (au programme de l’ARTEC) qui s’appliquent à merveille avec un réel bonheur en tout milieu, avec un tout public et particulièrement avec les personnes âgées.

Au vu de cette liste quel est donc le médiateur qui ne mérite point d’être privilégié ! De plus ils s’imbriquent tous les uns les autres dans un déroulement constructif et unificateur de séance artistico-thérapeutique, baignée de relaxation et de musique…. et surtout de plaisir :

graphisme=collage=écrit=argile=masque=maquillage=conte=chant-théâtre=danse= …. ou l’inverse !

gériatrie
« L’art-thérapie se révèle des plus utiles pour réveiller « leur imaginaire » car lui, il ne vieillit point ; il se bonifie même au cours des années ! »

  • Quelques observations complémentaires :

Rappelons que, le plus souvent possible et selon les situations, le praticien ne fournit quelesmatières premières (pinceaux, rouleaux-mousse, argile, feutres, encres, papiers divers, tissus etc. …..) indispensables pour fabriquer l’objet constitutif du thème de la séance, sauf dans le cas où les pratiquants doivent eux-mêmes apporter un tel objet. C’est souvent cette fabrication qui se transforme elle-même en médiateur de construction , qui se révèlera comme la plus riche et la plus intéressante expérience vécue par le sujet en concevant son masque, son jeu de carte, son conte, sa marionnette, son déguisement….

  • Certains ateliers, selon le médiateur et toujours en fonction du public, ne se réalisent non pas uniquement en solo ou en groupe (de douze personnes au maximum), mais encore en duo, trio, quatuor, sextuor. De même les apports n’en seront que plus décuplés si certains exercices se déroulent parfois les yeux bandés : les personnes rentrent alors dans une intériorité non parasitée par la vue et les interprétations et réserves qu’elle induit si souvent.
  • Tout comme un fond de musique et le maintien d’un état de relaxation accompagnent chacune des pratiques tout au long de leurs réalisations, il en sera de même dans la mesure du possible et selon les circonstances :

1. d’un « écrit post-création » :

Au terme de l’exercice, le participant « se précipite » sur une feuille de papier assortie de crayons, feutres ou pinceaux… (stationnant à proximité) pour se dépêcher d’exprimer par un écrit, un graphisme, une représentation, un mini-conte…… ce qu’il a envie de partager « avec lui-même » sur ses émotions premières, celles qui l’envahissent encore ; et c’est cette précipitation qui donnera une vérité radioscopique de son état émotionnel pour un travail sur soi plus sincère. Tout comme l’on procède en notant ses rêves pour les exploiter : dès son semi-réveil ou son semi-endormissement ; sinon, nous l’expérimentons sans cesse, ils s’estompent rapidement, notamment, avec dommages, les détails les plus significatifs et révélateurs.

2. de la vidéo /caméscope:

Pour filmer avec grande prudence les étapes de l’exercice, mais surtout le participant lui-même en train d’agir. L’exploitation de l’image dans ses moindres détails, lors du feed-back, sera des plus révélatrices pour qu’il se surprenne de son propre comportement et de son mode de fonctionnement. « Se voir à cru » réveille d’utiles prises de conscience, combien utiles pour s’engager alors dans une démarche d’évolution « auto-art-thérapeutique ».

  • Une mise en garde s’impose parfois lors de la pratique de l’art-thérapie pour les professionnels confirmés dans une spécialité artistique : d’une manière caricaturale nous dirions, pour nous faire comprendre et à titre d’exemple, que le danseur confirmé peut se révéler piètre danseur art-thérapeute, ou un artiste-peintre averti un très médiocre peintre-thérapeute, etc…. si l’un comme l’autre n’additionnent pas leurs compétences développées dans le cadre de leur métier initial à celles développées pour une pratique en art-danse-thérapie. Les compétences ne peuvent s’opposer car les registres ne doivent pas se confondre. Une telle remarque concerne en fait chaque praticien ou animateur d’atelier pour l’inviter à se défaire de ses ancrages, de ses certitudes sur un simple savoir-faire au détriment d’un capital savoir-faire du savoir-être.

c – La sélection d’un thème :

L’atelier en art-thérapie se déroule en fonction d’un thème choisi qui se doit d’être ludique, donc agrémenté de plaisir. En principe c’est le participant lui-même qui le choisit, peut-être certes sous l’induction habile du praticien si c’est nécessaire. Ce thème émergera de son imaginaire (et non de son imagination qui n’en est qu’un honorable sous-produit), lequel a été mis, ne l’oublions pas, en effervescence dès le début de la séance par une induction de relaxation.

Le répertoire des thèmes est incommensurable, et de la part des personnes âgées encore plus surprenant. Ci une petite palette panachée de thèmes improvisée : animaux, ciel et étoiles, couleurs,aliments, habits et linge, chapeaux, souvenirs, famille, enfants, religion, conte-légende-histoire-mythologie, fleurs et végétation, maison (plan, chemin, décoration), pierre et tous minéraux, mer, montagne, pluie, tout ce qui résulte d’une association d’idées, tout objet (celui qui « vous représente », fétiche, médaille, celui qui se touche et qui touche, se voie, se goûte, s’entend, serenifle… ), et encore tout ce qui se révèle à partir de l’environnement (établissement, personnel, visites, soins, seringue, blouse blanche …etc…), et puisque nous abordons le temps de l’Avent et de Noël, travaillons donc sur le calendrier de Noël, la carte postale, la carte de vœux, le cadeau….

La recherche d’un thème peut constituer en elle-même le thème de l’atelier !

3.Une exploitation :

C’est l’étape fondamentale et indispensable qui grâce à une verbalisation, feedback et entretien, va ancrer les apports de l’expérience vécue par le participant comme moteurs d’évolution. Ainsi :

  • Le pratiquant, toujours selon son désir et son choix, présente d’abord son « œuvre » (graphisme,dessin, caricature, masque, statue, conte, maquillage, danse, odeur, bruit, ……..). Puis il exprime « son vécu », à savoir tout ce qui lui est passé et tout ce qui s’est passé dans sa tête et dans son corps :sensations, perceptions, émotions, sentiments, images, souvenirs, réactions, visions, pensées, idées, observations, couleurs, vibrations, …. chair de poule ! ….. Ensuite il partage son écrit à chaud « post-création » qui éclaire parfois avec des différences et contradictions ses premières verbalisations. Une telle verbalisation individuelle est déjà thérapeutique en soi (même si la verbalisation demeure « silencieuse » !) ; elle peut constituer en elle-même la seule exploitation suffisante de l’atelier.

hôpitaux
« Ces «retours des autres » que reçoit le participant se révèlent encore plus riche que sa propre découverte qui s’en trouve revalorisée. »

  • Mais si l’on travaille en groupe, il convient, toujours selon les situations, de mettre en synergieinteractionnelle la richesse des vécus de chacun selon une méthode d’«effet miroir » ou de « ping-pong ». Lorsqu’ un pratiquant a fait part de son vécu à partir de son œuvre, de son expression et de son écrit « post-création », les autres membres du groupe vont à leur tour verbaliser, avant que vienne le temps de leur passage, sur ce qu’ils viennent de vivre grâce à ce premier participant. Et ainsi de suite. En fonction de la durée de l’atelier que l’on s’accorde, et pour qu’il se révèle encore plus intense, l’échange peut se dérouler en trois temps, c’est-à-dire entre chacune des étapes : présentation de l’œuvre, expression et écrit « post-création ».

Ces «retours des autres » que reçoit le participant :

Ils se révèlent encore plus riche que sa propre découverte qui s’en trouve revalorisée. Ils l’ouvrent sur une dimension sociale et relationnelle, mais plus encore ils vont l’éclairer sur les messages et la symbolique cachés dans son œuvre en lui « ouvrant les yeux » sur son comportement, son expérience et sa propre histoire de vie.

  • En fonction de l’objectif fixé du travail à poursuivre (personnel/collectif ; bien-être/ thérapeutique) voici, de toutes ces verbalisations, un « panier bien rempli » de matières premières qu’il reste à explorer et exploiter entre le participant et le praticien. Celui-ci utilisera la méthode verbale et/ounon verbale d’écoute emphatique, d’accompagnement et de relation d’aide qu’il aura acquise et dont il en aura développé de solides compétences à la suite d’une formation reconnue ainsi qu’une solide expérimentation assortie d’une supervision.
  • Après cette exploitation, après s’être assuré que tous les participants sont « bien réveillées », c’est-à-dire sortis d’un état modifié de conscience – il existe de nombreuses recettes – comme on le pratique après toute séance de massage ou de relaxation, après un éventuel rangement rapide du matériel et de la salle, on procède au rituel de salutations, de remerciements mutuels et d’au-revoir.

  • Selon les protocoles fixés, le praticien établit ensuite tout/toute compte-rendu, observation simple ou clinique, synthèse, grille d’évaluation, bilan…..… utiles pour les besoins d’une poursuite des séances futures et à partager/analyser éventuellement avec l’équipe médicale, paramédicale, éducative, d’accompagnement de l’établissement pour contribuer au suivi thérapeutique.

En conclusion…

La pratique ludique des médiateurs métamorphose la Parole en Verbe qui se fait cher (au sens précieux du terme), et la Créativité en Œuvre art-thérapeutique. A condition que le praticien soit vigilant à ce que la verbalisation ne tombe dans un débordement de bavardages corrosifs bien que certains torrents de paroles puissent se transformer en médiateur et en tremplin pour redécouvrir la tonalité du silence! Qu’il soit surtout vigilant à ce que personne dans le groupe ne coupe la parole à celui qui s’exprime et qu’il ne soit proféré de l’un vis-à-vis de l’autre le ou la moindre jugement, interprétation, généralité, comparaison ; chacun ne parle que de lui, de lui seul et de son propre univers s’il le veut bien. C’est un principe de base de la pratique de l’«égosophie » si chère à notre organisme ARTEC-FORMATION.

Jean-Michel Pichery – Fondateur de l’ARTEC –

Retrouvez tout les programmes de Formation sur : www.artec-formation.fr

P.S. : Dernière observation avec un avis aux apprentis-sorciers :

On ne peut se former à la pratique de l’art-thérapie qu’en groupe, qu’en situation réelle, et qu’en vivant dans ses tripes les mécanismes des ateliers ainsi que les expériences et les émotions qui en jaillissent. Une telle formation est très difficile, voire impossible, à se dérouler en milieu universitaire trop administratif -et nous en parlons en connaissance de cause ! Une formation, et plus encore avec supervision, « à distance » ou par correspondance ou avec des D.V.D., non seulement n’est pas sérieuse mais n’en est tout simplement point une; elle peut même présenter des risques. Relatons un « fait divers » à titre d’exemple, sur une formation en « massage des bébés » : « Un pèrecondamné (le 7 novembre dernier à 3 ans de prison ferme) pour avoir brisé les os de sa fille en effectuant des massages » d’une extrême violence ( in Les Dernières nouvelles d’Alsace et Paris Match-Faits divers). Résultat : une dizaine de fractures aux bras, aux côtes, à la clavicule ! Il s’était formé aux techniques de massage sur un site INTERNET. Si ce fût une vidéo de formation en art-thérapie, cet homme aurait fracturé combien de neurones cervicaux de son pauvre cobaye d’enfant!

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